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21/04/2016 05h:49 CET | Actualisé 21/04/2017 06h:12 CET

Tunisie: L'Empire tue la commune

Jadis, les jeunes turcs avaient amorcé la chute de l'empire Ottaman en marginalisant les communes lointaines de l'Empire les poussant à la révolte. Les "vieux" tunisiens, dénient la commune lointaine où des jeunes croulent devant le manque de reconnaissance et le dénigrement à coup de formatages et de "C'était mieux avant".

Le Dalaï-lama conseille de visiter un endroit qu'on a jamais visité auparavant, chaque année. Certains dépourvus, diront que la poésie d'Ouled Ahmed ou les contes de Douagi feraient l'affaire pour des escapades sans passage au rayons X et par des douaniers à la vigilance variable.

Un voyage périlleux mais ô combien instructif et qui se présente toujours au même moment de l'année. La période où on aimerait être en terrasse en après-midi et d'enlacer un air marin, où les questions régaliennes sont méditerranéennes sur le Farniente qu'on voudrait caler entre les jours de labeur. Un moment où les directives européennes conseillent vivement de ne pas se découvrir d'un fil.

On dit que l'Empire s'arrête là où commence la citoyenneté et en Avril, où le mercure fait un saut à la perche comme si les Jeux Olympiques étaient dans quelques jours. Nous n'irons pas à Rio, certes, la faute à Dario Moreno, mais dans les terrains d'athlétisme où sprintent, sautent et jettent des lycéens dans la dernière ligne droite de leur cursus.

Ce voyage est trempé de sueur et d'efforts de jeunes voulant la meilleure perf' et ponctué par des rituels quasi folkloriques mais hautement respectés. On dit que l'Empire s'arrête là où commence la citoyenneté et notre voyage le démontre.

L'Empire promet une réévaluation des conditions de vie et une meilleure intégration de cette commune de sportifs juvéniles dans ce mastodonte composé de castes bercées par la voix exceptionnelle du journal arabophone occidental annonçant de bonnes nouvelles ou un semblant de nouvelles. Mais oui,la radio a horreur du blanc. Cette province attend son heure mais ce n'est jamais l'heure.

Cette commune de futur bacheliers n'est pas parisienne, mais elle est avide de présence sur la scène révolutionnaire de Kant et en Avril la mise en scène est amère mais très révélatrice de l'état de la commune. La commune ne jouit d'aucune forme de reconnaissance et bien qu'elle soit peuplée de célibataires inexpérimentés faute de contraintes sociales, elle demeure le parent pauvre de l'Empire.

D'Emmanuel Kant à Jürgen Habermas, il n'y a qu'un pas, car outre-Rhin, le modernisme et l'espace public font bon ménage entre eux. Le périple dans ce territoire et son folklore printanier est dépaysant mais très instructif dans la compréhension de la déchéance de l'Empire vieillissant.

Un dépaysement suite à une réaction épidermique quant au temps de parole limité dans les arcanes du pouvoir. De paysage en paysage, voyage en terre faussement connue.

La population est comme abandonnée à son sort, en manque de référentiels. Des référentiels cartésiens parfois ou ceux d'Hérodote parfois ou encore de Tahar Haddad.

La commune oublie le massacre des Kurdes par Saddam Hussein, en y jetant entre ses bras le petit Aylan emblème de la crise des migrants et du bourbier proche oriental. Un assemblage marquant l'adoption des symboles de l'Empire et un intérêt brouillon à l'espace public global.

La commune, brandit une nouvelle vision du drapeau du Reich, une croix gammée façonnée par un mécanicien paumé voulant instaurer la dictature des clés à pipe. Comment ne pas être scandalisé quand l'antisémitisme est affiché par négligence là ou à quelques ruelles cohabitent plusieurs religions.

Les occupants du territoire ne renient pas leur appartenance à l'Empire et expriment la volonté de le défendre. "Défendre comme des hommes sous peine de pleurer comme des femmes" lors de sa prise par les forces obscurantistes. Amalgame ostentatoire marquant un constat de la plupart des sujets de l'Empire, misogyne et sexiste pour ne citer que ces deux qualificatifs et cette aquarelle est ponctuée par des habitantes de la commune ravies par le jeu de mot douteux.

Robespierre constatera l'absence d'esprit dans les lois.

Dépaysement, quand une selfie de deux soldats inexpérimentés avec des corps inanimés est exhibé en trophée. Les référentiels volent en éclat et l'adoption des modus operandi des assaillants extrémistes prend le dessus, elle, qui a été plébiscitée par le ministre de l'Empire chargé de la commune des bacheliers.

Le Dalaï-Lama se serait offert une cure de jouvence en visitant cet endroit du monde, intellectuellement et socialement à la rue. Jadis, les jeunes turcs avaient amorcé la chute de l'empire Ottaman en marginalisant les communes lointaines de l'Empire les poussant à la révolte. Les "vieux" tunisiens, dénient la commune lointaine où des jeunes croulent devant le manque de reconnaissance et le dénigrement à coup de formatages et de "C'était mieux avant".

La scène révolutionnaire a expulsé la commune juvénile vers les fins fonds de l'Empire par la confiscation du pouvoir d'une caste non représentative des forces vives du pays.

Le dépaysement est scandaleux et inexcusable quand on est à quelques pâtés de chez soi mais force est de constater que c'est une des rares formes d'expression pour des personnes auxquels on a crée une carte dont la possession est aussi compliquée que la résolution d'un rubik's cube pour un manchot en guise de politique.

Une population sans perspectives, ni culture, ni débouchés et bloquée dans l'ascenseur social par une partition orchestrale de l'Empire.

Ulysse n'aurait pas été heureux de faire ce long voyage.

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