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15/01/2018 11h:19 CET | Actualisé 15/01/2018 11h:19 CET

Fichu plafond de verre, casser les fausses représentations sur la femme en entreprise!

Meriel Jane Waissman

Il existe en France tout comme en Tunisie, des sphères dans lesquels les femmes ne peuvent pas pénétrer. Elles ne sont pas intégrées, voire d'office elles sont exclues. Discrimination fondée ou pas, tabou, persistance de certaines représentations sur les femmes et le monde du travail, tout ceci a une réelle résonance personnelle. Les filles réussissent mieux à l'école, elles sont sérieuses, elles font plus facilement de longues études après, mais elles ont plus de mal à trouver du boulot et ce, du Nord au Sud!

Une résonance personnelle encore une fois, qui confirme encore et toujours ce parcours de combattant par lequel je continue de passer. Pour avoir connu, de Tunis à Paris, les affres de l'intégration dans le monde du travail et avoir eu sans cesse à me réinventer et à me surpasser, je ne sais que trop ici, qu'il ne s'agit pas de simple rhétorique ou de victimisation déplacée. Pour avoir vécu aussi le côté pervers de l'harcèlement sexuel à la faculté et dans le fonctionnariat public à Tunis, mais aussi l'harcèlement moral au travail de Tunis à Paris (c'est dur de vouloir cultiver son féminin quand la testostérone est partout), je parle donc en tout état de cause et en toute légitimé, pour dire aux femmes qu'il faut qu'elles deviennent des Pitt Bull du monde de l'entreprise, qu'elles cultivent plus leur masculinité tout en gardant leur féminin, qu'elles investissent dans la qualité et la méritocratie certes, mais qu'elles ne doivent jamais pour autant oublier, qu'elles vont évoluer dans un monde de "mâles dominants".

Alors mesdames nourrissez votre part masculine et s'il le faut: networkez, réseautez, apprenez à vous mettre en avant avec intelligence, interrompez la discussion ou coupez la parole s'il le faut, mais surtout, N'ATTENDEZ PAS VOTRE TOUR: il ne viendra pas!

Mais faut-il rappeler encore qu'en vertu du droit international en général et des Pactes internationaux relatifs aux droits civils et politiques, et aux droits socioéconomiques et culturels, les droits de la femme et l'égalité des sexes relèvent des droits de l'Homme qui sont enchâssés dans les différents traités internationaux et contraignants, tels que la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW). La grande majorité des États signataires de cette Convention ont également ratifié la Convention (C-100) de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) relative à l'égalité de rémunération, entre la main-d'œuvre masculine et féminine pour un travail de valeur égale.

Si dans les pays développés, les conditions de base essentielles à l'affirmation de l'égalité des droits, notamment en ce qui concerne le droit d'accès à l'éducation, à la formation et à un travail décent, l'accès aux soins de santé adéquats et au choix relatif à la santé reproductive est acquis, le plafond de verre en France notamment, reste une cruelle et paradoxale réalité.

Paradoxe oui, car dans les pays du Nord la voie de l'affirmation des droits civils et politiques, socioéconomiques et culturels des femmes est toute tracée; et leurs droits de participer à la prise de décisions démocratiques dans tous les domaines: politique, économique, social et culturel... n'est plus à prouver, c'est même dans la norme.

Dans le Sud par contre, les femmes des pays en développement notamment, ont un tout autre traitement, et leur statut voire leur condition de femme est bien souvent en contradiction évidente avec des engagements internationaux souscrits par leurs propres États.

Mais je n'aborderai pas l'épineuse question des droits des femmes du Sud, qui mérite un autre article à venir à l'occasion de la journée de la femme, mais j'aborderai aujourd'hui, la problématique réelle des freins sociétaux, qui empêchent les femmes, de briser ce fichu plafond de verre. Pourquoi avons-nous tant de peine à nous faire une place, à partager ce gâteau, alors que notre méritocratie n'est plus à prouver. Pourquoi dans certains secteurs le masculin est trop fort, empêchant l'autre sexe de passer?

Car indépendamment des difficultés d'ordre économique que cela pose aux pays en développement de réaliser les droits socioéconomiques et culturels de leurs populations en général et des femmes en particulier, il y a également un manque de volonté politique en Tunisie et des lenteurs dramatiques en France qui freinent le processus. Alors quelle recette, pour faire évoluer concrètement le statut et la condition de la femme dans le monde du travail?

Bon nombre de revendications féministes des années 70 se sont transformées en lois: loi sur l'égalité des salaires, lois sur la violence domestique et sur le viol conjugal, dépénalisation de l'avortement dans beaucoup de pays, loi sur la parité, etc.. Donc il y a une certaine sensibilisation à la question du genre. Mais alors c'est quoi ces lenteurs?

En Tunisie, nous avons récemment hérité d'une nouvelle Constitution qui montre des signes positifs en termes de défense des droits des femmes. Les articles 21 et 46 consacrent l'égalité des sexes, sans aucune discrimination et dispose que l'État s'engage à garantir les droits acquis des femmes et œuvre à les développer et à garantir l'égalité des chances entre l'homme et la femme pour assumer les différentes responsabilités et dans tous les domaines. Mais l'égalité face à la loi, n'assure pas pour autant une égalité de fait, et même si la Constitution vise à davantage protéger les femmes, la route est encore longue pour vivre cela en réalité. La Femme tunisienne continue à faire du surplace, sur le plan économique quand on songe que la participation des femmes au marché de l'emploi, n'est pas allée de pair avec les progrès enregistrés, notamment en matière d'éducation des filles (plus 62% des diplômés de l'enseignement du supérieur sont des femmes). Le taux d'activité des femmes reste relativement faible (26%); le chômage est plus sévère chez les femmes que chez les hommes et seulement 6,5% de la totalité des chefs d'entreprises, sont des femmes. Pourtant 50% de la société est "femme"!

Les inégalités sociales et professionnelles entre femmes et hommes, sont un combat douloureux et au long cours. Les Tunisiennes non plus, peinent à casser le "plafond de verre" et l'après printemps arabe, les a considérablement fragilisées, mais il y a une autre réalité objective, et j'en suis fière, la Tunisie reste le contre-exemple en terme d'émancipation et de progrès en terme de droits pour la femme dans tout le monde arabe et l'Afrique et pourrait donner pas mal de leçons à sa sœur européenne (dans divers domaines)!

Elles sont compétentes et l'on ne peut plus passer à côté. Les entreprises qui ont un management mixte sont plus performantes et sielles veulent un avenir durable, faudra s'y souscrire!

Des discriminations qui ont la peau dure

Il faut croire, les clichés perdurent et la société est ainsi formatée, certains diront, mais pour nous les femmes cela reste toujours compliqué car à un moment ont est trop jeunes puis ensuite on a la mauvaise idée de faire des enfants et ensuite, on est "trop vieilles".

Et boom c'est la double peine, femme et senior!

En France, le plafond de verre est coriace mais contrairement à la Tunisie (autre paradoxe) le vrai sujet reste l'égalité salariale. De 30% d'inégalités on est passé aujourd'hui à 15%. C'est un vrai sujet et pas des moindres, qui prouve qu'il y a des blocages culturels profonds dans la société française et que cela reste essentiellement une affaire de mentalités.

Mais pourquoi rame-t-on?

En toute réalité objective, il y a plusieurs causes au menu des discriminations et ce du Nord au Sud: les mentalités, les stéréotypes, mais aussi les femmes par rapport à elles-mêmes. Leur perception d'elles même à vrai dire. Mal à l'aise avec les questions d'argent "nous ne savons pas nous vendre" en Tunisie, c'est culturel, et semblerait-il aussi en France!

Arrêtons l'autocensure de nous-mêmes!

Beaucoup de femmes restent indécises, incapables de se projeter aussi du fait de leurs obligations familiales, incapables de parler d'elles même pour se vendre, de résauter, de networker, de parfois "flatter et complimenter" l'ego de l'employeur. Et sur le marché du travail, les femmes restent prisonnières de leurs fortes représentations dans les statuts précaires (temps partiels subis) et les emplois non qualifiés, ce qui créent en effet pour elles une énorme fragilité. Et les acteurs du marché quant à eux ajoutent une couche, tout cela finit par faire miroir. La femme "n'est pas fiable, trop fragile"!

Pour ma part, j'en ai fait les frais, et me suis mise en danger maintes fois, par trop de pudeur, de réserve, de manque de confiance de projection (mais c'est du passé). Oui la méritocratie c'est important mais elle ne suffit pas ladies (ça se saurait depuis le temps...) dans un monde régit par le népotisme et le machisme, va falloir avoir l'estomac bien accroché!

J'espère aujourd'hui que la nouvelle génération et les nouvelles startups en l'occurrence seront plus dans la mixité et que l'on finira un jour par accéder à ce qu'on appelle "le management responsable" et faire de la mixité au sein de l'entreprise, un prérequis. On est en train de créer en France des "Chief Happiness Officer" dans certaines boites, alors faut croire que l'on va aussi finir un jour par croire en la qualité de vie au travail (on peut toujours rêver).

Cultivons déjà la mixité chez nous!

La mixité commence dans l'intimité. On ne peut envisager une mixité dans la vie économique sans revoir le partage des tâches dans la vie privée. C'est pourquoi toutes les mesures législatives allant dans le sens de la mise en place d'un congé parental avec une meilleure répartition du temps accordé entre les deux parents, sont essentielles et bénéfiques. Après tout, certains pays scandinaves l'ont fait, pourquoi pas nous?

On peut déjà commencer en France, pays européen, car pour ce qui est de la Tunisie, j'ai encore quelques réserves... mais déjà en Tunisie et dans le Maghreb et au berceau les mamans doivent arrêter le culte ou l'éducation de l'enfant roi simplement parce que c'est un mâle!

Pour revenir au monde du travail et à mon expérience personnelle, j'ai vécu les quelques années de ma carrière de diplomate en Tunisie, les grandes questions existentielles de celle qui se projette un jour "Ambassadeur au féminin" mais je savais qu'en tant que femme, je n'aurais pas eu droit à "la totale" (famille et carrière). À l'époque major de ma promotion en tant que conseiller des Affaires étrangères, je me voyais promise à une belle carrière. Mais j'avais très vite déchanté, j'avais vu ma mère suivre mon père Ambassadeur et renoncer à sa carrière, j'avais toujours admiré son courage, sa dévotion, le fait qu'elle se soit sacrifiée pour protéger sa famille. Mais ma génération à moi, éprise de liberté absolue, n'avait pas la même aspiration. J'ai quitté la diplomatie à grand fracas, ayant écrit un vrai réquisitoire à mon ministre des Affaires étrangères et à ma Secrétaire d'État de l'époque (il y a plus de 15 ans) sur le traitement qui m'avait été infligé et les difficultés que pouvait rencontrer la femme fonctionnaire et je m'en rappelle encore aujourd'hui: ce fût douloureux!

Mais ma trajectoire était ailleurs...

Mais qu'en est-il aujourd'hui?

Le vrai problème ne réside pas dans la disponibilité ou non des femmes, leur qualification, mais dans les mentalités de ceux qui les recrutent. Une femme n'est pas, encore aujourd'hui, légitime dans la sphère du travail. Et plus elle évolue dans sa carrière professionnelle, moins elle est légitime. Les femmes sont trop rares à la tête des établissements d'enseignement supérieur, dans les universités, les hôpitaux, dans les sphères littéraires, dans le milieu de l'industrie, en politique dans l'informatique la haute technologie, la littérature etc

Et cerise sur le gâteau, même les femmes sans enfants connaissent aussi des freins quand il s'agit de passer à des postes de direction. Que penser alors?

Tous ces éléments ne sont pas encourageants, d'autant qu'on ne cessera pas de faire pression sur les mamans qui travaillent, rendant donc leur évolution encore plus incompatible avec les attentes et les réalités du monde de l'emploi. Alors que faut-il faire ? arrêter de se marier ou de se mettre en couple, de faire des enfants pour travailler?

La mixité c'est le progrès d'une entreprise

Humour à part, il faut se bouger et se motiver, se dire qu'il y a des progrès faits, lents mais c'est en devenir et il y a du positif du Nord au Sud (en France et en Tunisie particulièrement).

La mixité est donc inscrite dans l'agenda, mais beaucoup reste encore à faire.

La Tunisie le pays le plus avancé du Maghreb et du monde arabe en matière de droits des femmes, a aussi du pain sur la planche. En 2016 l'actuel gouvernement avait décidé de s'attaquer au plafond de verre qui touche particulièrement le domaine publique.

En 2016, sur les 630.000 fonctionnaires que comptait le pays, 37% étaient des femmes, mais lorsqu'il s'agit de postes à responsabilités le taux tombait à 25%. Grand paradoxe si l'on apprend que parmi les diplômés de l'Ecole nationale d'administration tunisienne,en 2016, 64% d'entre eux étaient des femmes.

Pourtant jusqu'à aujourd'hui, à part le discours, aucune stratégie et la promesse reste floue, la ministre de la Femme a parlé de "plusieurs plans" pour parvenir à la parité d'ici 2020, sans donner plus de détails. En attendant ce n'est pas le gouvernement qui pourra donner l'exemple: sur 43 ministres et secrétaires d'État, six femmes sont ministres.

Booster la confiance et la performance des femmes en entreprise

Quand on sait les difficultés pour une femme de s'affirmer dans le monde du Travail, pas toujours très hospitalier, les médecines douces et en l'occurrence la Sophrologie peuvent aider. Si toutefois les DRH sont open et comprennent enfin qu'un employé en "bon état" sera performant.

Animer des séances de Sophrologie dans le cadre de l'entreprise, est une première approche qui pourrait sensibiliser les DRH quant à la qualité de vie au travail. Car il est important de garantir aux employés des espaces de détente et de lâcher prise pour mieux gérer le stress et les situations conflictuelles. Tous ces facteurs amenant la baisse de productivité et le manque de performance. Les RSE en Europe s'y intéressent depuis quelques années. Apprendre à lâcher prise peut être utile pour gérer le stress, prendre du recul, se ressourcer, etc. Les méthodes de relaxation, de la sophrologie et de méditation peuvent nous aider à augmenter notre capacité à lâcher prise.

Un travail sur la confiance en soi est tout aussi important, La confiance en soi est la conviction ou la croyance que nous avons la capacité de réussir. Selon le Dr Jim Taylor, la confiance en soi influe directement sur la performance, sur la motivation, l'activation, la concentration, et les émotions.

Ya plus qu'à...

Retrouvez les conseils de Fériel Berraies Thérapeute : www.feriel-berraies-therapeute.com

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