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13/04/2016 04h:04 CET | Actualisé 13/04/2016 04h:06 CET

Ce que l'art de vivre algérien doit à l'Andalousie

cordoue

Une vue de Cordoue

L'arrivée des exilés andalous en Algérie ne s'est pas faite sans provoquer des bouleversements profonds sur le plan socioculturel. Alger, et pratiquement toutes les villes du nord du pays, particulièrement celles à grande concentration de population andalouse, se sont mises à la mode aragonaise, castillane, valencienne, cordouane, sévillane ou grenadine...

Et ce n'est pas exagéré d'affirmer que des villes comme Alger, Tlemcen, Bejaia, Constantine et Annaba, à titre d'exemple, ont pris une identité quasi andalouse à tous les niveaux. Identité reflétant toute la mosaïque de communautés venues de cette Espagne meurtrie par le fanatisme catholique des Torquemada, Cisneros ou Ximénies...

On y retrouve même ce qui restait des rebelles des montagnes de Al-Pujjaras (Al- Bacharatte au temps des arabes (البشرات) expulsés vers Castille par les autorités espagnoles suite au soulèvement de 1501 mené par un héros local très célèbre connu de Mohamed Ben Oumayya (محمد بن أُمَيّة) ou Abenhumeya des Espagnols tout court...

Nous oublions, que l'on soit andalous d'origine ou non, que beaucoup d'ingrédients de notre art culinaire d'aujourd'hui nous sont parvenus dans les effets personnels et les bagages de ces exilés qui ont commencé à affluer vers l'Algérie bien avant la chute de Grenade en 1492 ou même des Baléares en 1391, de Cordoue en 1236, de Valence en 1238 ou de Séville en 1248...

Nous n'avons presque rien inventé depuis.

Et El-Qaddid (القَدّيد) ou El-khliî (الخْليعْ), dont nous raffolons durant les "Moussem" (occasions et fêtes religieuses), et même en dehors des "Moussem " avec le Berkoukesse (بركوكس) ou El-Tchakhtchoukha (التشختشوخة) et bien d'autres mets... faisaient partie de la table dans le Cordoue d'Ibn Roshd, la Ronda du poète Abou Al-Baqa' El-Rrondi (أبو البقاء الرُّنْدِي) ou la Grenade de Boabdil.

C'était aussi les mêmes moyens de subsistance et produits de ravitaillement de Rais Hammidou, le grand et le plus prestigieux amiral de la flotte algérienne du début du 19ème siècle, et son équipage pendant ses grandes épopées maritimes en Méditerranée occidentale ou en Atlantique...

Sans oublier El-Mirqass, nom qui a subi au cours des siècles et de ses séjours entre les deux rives de la méditerranée, un processus de déformation/évolution pour devenir le Merguez d'aujourd'hui.

ghribiya

Idem pour El-Zalabiyya qui aurait été retouchée, voire relooké par Ziryab et de nombreux gâteaux succulents fourrés ou garnis d'amandes et de noix, ceux-là même qui, depuis des siècles, résistent fièrement à tous les concurrents ! Et continuent de régner souverainement dans nos cuisines à l'instar des fameuses K3ik3ettes (الكْعِيكْعات), des indetronables Ghribiyya (الغْرِيبِيَّة) et des losanges très prisés dits Makroud (المَقْرُوضْ)...

À propos d'El-khliî (الخْليعْ), Ibrahim Harkette, historien marocain auteur de (Pouvoir et société durant le règne des Saadiyinnes (االسلطة والمجتمع في العصر السعدي) , n'hésite pas à lui donner formellement une origine andalouse.

"El-Khliâ, dit-il, est parvenu au Maroc de l'Andalousie, raison pour laquelle on ne le retrouve que dans les ville ayant subi l'influence du mode de vie andalou."

Le Hayek M'ramma blanc et le Serwal El-Chchalqa de nos mères et grands-mères ou leur Foutat Essnanig (فوطة الصّْنانِيجْ), disparue déjà depuis plusieurs décennies, ne sont que les vestiges ou des générations tardives plus ou moins adaptées aux temps modernes des Hayeks ou Serwal des femmes grenadines ou favorites sévillanes et même des princesses cordouanes... Des tableaux de prestigieux peintres espagnols au cours des derniers siècles en témoignent.

Et c'est encore d'Andalousie que les modes des Ghlila (الغليلة), El-Frimla (الفريملة) ou El-SSarma sont parvenues aux Casbahs d'Alger, de Constantine, de Bejaia, de Dellys ou de Tlemcen...

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