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16/01/2016 06h:52 CET | Actualisé 16/01/2016 06h:52 CET

Nass El-Bahdja, qui êtes-vous...? Une mosaïque humaine

alger al bahdja

Le cœur d'El Bahdja de Beni Mezghenna était vaste et accueillant. Il s'ouvrait largement aux hommes de toutes les religions et ethnies. A l'origine ne vivaient à Beni Mezghenna que les fils de Mezeghna, issus d'une tribu amazighe qui a connu des brassages avec d'autres tribus établies dans la région.

Quand ce noyau urbain historique de la capitale algérienne a commencé à s'élargir et à prendre de l'importance dans le bassin méditerranéen, il s'est ouvert pour accueillir ceux qui seront ses nouveaux enfants et participeront à sa nouvelle destinée.

La conquête musulmane, en raison du nombre limité des nouveaux arrivants arabes, n'a pas trop altéré l'identité amazighe de ce petit comptoir commercial appelé Icosium par les romains et icosis par les grecs.

Des afflux successifs et variés

Ensuite est venue, la migration collective de Hillaliens dont l'une des branches s'était établie dans la plaine de la Mitidja pour s'étendre peu à peu sur la terre des Beni Mezghenna. Cette branche arabe des Banou Hillal est celle des Thaâliba dont est issu le leader spirituel Sidi Abderrahmane Al-Thaâlibi.

Cheikh Salem Al-Toumi, fut le dernier gouverneur thaâlibi hilalien, il a été évincé au début du 16ème siècle par les frères Arroudj et Kheirredine Barberousse.

Durant la période ottomane, l'arrivée des andalous, des morisques et un certain nombre de turcs, de grecs, de bosniaques, d'albanais, de siciliens, de vénitiens, de corses et même de quelques français, anglais, irlandais et hollandais, va contribuer à l'essor de la ville.

Ces gens y sont venus comme émigrants, réfugiés ou aventuriers à la recherche de la sécurité, de la prospérité et de la réussite sociale ; ou bien comme des prisonniers de guerre qui, en raison des circonstances, y sont restés après être devenus musulmans.

Le nom amazighe Beni Mezghenna commença peu à peu à laisser place à des dénominations plus marquées par la religion comme "Al Mahroussa Bi-Allah" ou "Dar Al-Djihad". Des marocains et des tunisiens sont venus s'y établir comme le démontre la dénomination de certains quartiers...

Des noms et des histoires

On a ainsi Houmatte El-Djraba en référence à l'île tunisienne de Djerba, ou "Houmatte Esslaoui" pour désigner ceux qui sont venus de Salé au Maroc... Certains noms en vogue durant la période ottomane évoquent la présence de gens du Machrek dans tous les quartiers d'Alger, comme El Baghdadi ou Baghadali (en turc), Chami ou Abou Chami, al-Hadhrami (Yémen - Hadhramout)...

Dans la Régence d'Alger, des évolutions démographiques et de mouvements migratoires expliquent l'origine de certains patronymes non seulement à Alger mais dans toute l'Algérie.

On a les Zmirli (Izmir en Turquie), les Roumili (Bulgarie - Roumélie ou Rumeli qui signifie en turc « terre des Romains »), Stambouli (Istanbul), Borsali (Bursa en Turquie), Mansali (Manisa, Turquie). D'autres dénominations font référence à des métiers en turc comme Boustandji (jardinier), Damerji, Dawadji, Kahwaji... Les noms n'étaient pas seulement turcs.

On trouve encore de nos jours les patronymes de Kriti (crétois), Roudoussi (Rhodes), Malti (Malte), Bouchnak ou Al-Bouchnaki (Bosniaque), Viniziano (Vénitien), Corso ou Al-Corso (Corse), Al-Gharnaout (Albanais en langue turque)...

LIRE AUSSI : Ce que fut l'Alger ottoman avant que la France coloniale n'en détruise les deux-tiers

Sans oublier al-Ouajdi (Oujda), Al-Fassi (Fès)... La zaouïa de sidi Ali Al-Fassi, se trouvait près de la maison de "Dar Al-Hamra" dans le quartier de Zouj 3youn. On a également le nom de Trabelsi (Tripoli, plutôt la libyenne que la libanaise) et d'autres aux origines diverses.

Ouled lebled

Ceux qui de l'intérieur de l'Algérie ou d'Afrique subsaharienne sont venus s'établir dans la ville Sidi Abderrahmane Ethaâlibu étaient les plus nombreux. Ils étaient également les plus importants au plan social, économique et culturel même s'ils n'étaient pas le plus fortunés.

Ils sont issus des tribus Zwawa de Djurdjura qu'on appelle "kabyles" depuis la colonisation. Il y a aussi des tribus brassées andalou-turco-maroco-amazigh (Ketama) de Jijel, des tribus Chaamba du Sahara, des Mozabites de Oued M'zab, des gens des oasis de Biskra, de Ouargla, de Laghouat... Sans oublier aussi des arrivants du Mali, du Niger, du Sénégal...

Les anciens habitants d'Alger, les "Ouled Lebled" comme on dit aujourd'hui sont en réalité le produit de mosaïque humaine internationale établie au fil du temps dans une ville qui, contrairement aux idées reçues, était très ouverte.

(A suivre)

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