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18/09/2015 12h:37 CET | Actualisé 18/09/2016 06h:12 CET

Da3ouni a3ich ... Laissez-moi vivre !

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Je connais beaucoup de veuves pas trop âgées et encore très désireuses de ...VIVRE ! Leurs tristesses sourdes m'attristent !

Je me suis toujours demandé si on aurait senti un cœur, une âme sous l'enveloppe de glace de ce Phileas Fogg si Aouda n'était pas une jeune et belle princesse ...

L'aurait-il sauvée du bûcher un peu plus âgée et moins attirante ? S'est-il indigné du sacrifice inutile d'une femme pour un mari déjà mort et irrémédiablement mort ou du gâchis d'une beauté... d'une jeunesse ?

Chez nous, mais aussi en Espagne, chez les gitans, en Grèce et ailleurs me rappelle un ami, les veuves ne sont pas conduites aux bûchers ! On ne les brûle pas Vives...NON !

On leur "impose" cependant une "absurde fidélité post-mortem"! Ce sont leurs désirs et envies sexuels, déjà tabous du vivant même de leurs partenaires légitimes qu'on leur demande de brûler et d'enterrer elles-mêmes avec leurs dépouilles !

Au lendemain de l'indépendance de notre pays, pour ne pas remonter plus loin dans le temps, beaucoup de veuves de Chahids se sont inscrites elles-mêmes et de leur "plein gré" dans la continuité du sacrifice de leurs défunts maris.

Elles se sont vouées à leurs enfants, à leur éducation, à la survie de leurs familles après le départ définitif de pères qui continuaient et continuent encore d'honorer de leurs mémoires leurs familles et la société toute entière !

Je pense personnellement que ce genre de "nobles sacrifices" à l'Andromaque a instauré au sein des familles et dans l'esprit collectif un déni du droit hallal, légal et légitime des veuves de "refaire leurs vies".

Encore... Lorsqu'elles sont jeunes, comme la Aouda, c'est-à-dire encore "désirables", on peut le leur "accorder" avec beaucoup de gêne qu'on arrive facilement à leur transmettre !

Que lui reste-t-il à espérer ?

Si elles sont un peu plus âgées, elles sont condamnées au veuvage éternel ! "Wach bqal'ha tetzawedj ?" (Que lui reste-t-il à espérer d'un mariage ?). Mais que peut-on espérer du mariage dans une société où il demeure le seul moyen légal et conventionnellement appréciable de vivre sa sexualité ?

Lorsqu'un homme perd sa femme, quel que soit son âge, on se met de suite à lui en chercher et à lui en proposer une ! "Il lui faut absolument une femme !" dit-on, ."Chkoun elli terfdou?" ( Qui l'entretiendrait lorsqu'il serait infirme ?")

A peine il en enterre une, qu'il se met à espérer une autre et de la santé pour pouvoir vivre quelque chose avec elle avant de ... gîter au fond d'un pieu !

Je caricature peut-être un peu trop le mariage et le réduit à un exercice légal de la libido. Je le sais ! Je suis trop bien placée pour savoir que c'est aussi une cohabitation, une entraide, une complicité, un partage, une vie et des rêves communs, un foyer, des enfants, une famille...et beaucoup d'autres bonnes choses encore!

Je le sais mais ne vous le dis pas...vous qui devez aussi le savoir...vous à qui on a tellement dû vous le répéter... L'équilibre sexuel des mariés et celui de la femme mariée surtout, on le passe sous silence ! L'omission verbale anéantit la chose ... sans effort !

Les sociétés, leurs lois, leurs usages et coutumes, leurs mœurs, leurs valeurs sont faits par et pour les hommes !

Reconnaître et admettre le DROIT des femmes à jouir d'une sexualité épanouie serait reconnaître aussi l'impuissance physique et affective de beaucoup d'hommes à les satisfaire !

Mieux vaut alors mentir par omission et faire de l'épouse une génitrice, une éducatrice, une bonne, une infirmière ou...une VEUVE ! Faire d'elle une FEMME serait une atteinte à la VIRILITÉ des Messieurs !

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