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07/02/2018 08h:51 CET | Actualisé 07/02/2018 08h:54 CET

Gratuité de l'enseignement au Maroc, un débat tronqué

Encore une fois, la probable fin de la gratuité de l'enseignement au Maroc fait l'objet d'un débat chaud, très chaud. Encore une fois, le débat sur la sacralité de cette gratuité est tronqué par une mauvaise foi politique et par une levée ferme de boucliers syndicaux et associatifs.

IF Maroc

Encore une fois, la probable fin de la gratuité de l'enseignement au Maroc fait l'objet d'un débat chaud, très chaud. Cette fois-ci, son instigateur est le Conseil Supérieur de l'Education, de la Formation et de la Recherche scientifique.

Encore une fois, le débat sur la sacralité de cette gratuité est tronqué par une mauvaise foi politique et par une levée ferme de boucliers syndicaux et associatifs. Dans ce contexte, le gouvernement a commencé par démentir cette fin pour ensuite l'admettre à demi-mots au niveau de l'enseignement supérieur et dire que seules la classe moyenne et la classe aisée auront à payer des droits d'inscription.

Mais là, il s'est trouvé à buter sur une question métaphysique: où commence la pauvreté et où finit-elle, car chacun sait que cette notion est flexible. En effet, est-ce que quelqu'un qui a un toit sur la tête et de quoi manger peut être considéré comme faisant partie de la classe moyenne ou mieux encore, peut-on s'aventurer sur son appartenance à la classe aisée?

Autre vérité importante à prendre en considération, les classes moyenne et aisée n'envoient que rarement leurs progénitures dans les institutions publiques, quitte à se saigner. La raison en est toute simple: la formation qu'elles prodiguent n'est plus adaptée aux exigences du monde actif et produit principalement des chômeurs.

Et en admettant que les étudiants des universités publiques souhaitent poursuivre leurs investigations sur le plan théorique, l'inscription en doctorat est une rude épreuve. Car ils se trouvent face à une école doctorale "entièrement souveraine" qui fait de l'inscription une fin en soi et place au second rang l'aptitude à mener à bien une recherche scientifique. L'organisation de cette école doctorale est une véritable entrave au développement de la recherche dans notre pays.

Le débat qui a donc lieu actuellement ne focalise que sur la fin de la gratuité de l'enseignement supérieur, laissant de côté la réalité des Marocains pour qui, au quotidien, l'enseignement, en général, n'est plus gratuit et ce depuis au moins une quarantaine d'années!

En effet, les parents, toutes classes confondues, commencent à payer pour l'éducation de leurs enfants dès le préscolaire qui n'est plus un luxe de nos jours en raison de la nucléarisation de la famille et du travail des femmes à l'extérieur du foyer. Ce changement sociétal n'est pas pris en considération. L'État n'investit pas dans le préscolaire et le laisse entre les mains du secteur privé qui, comme chacun sait, ne fait pas dans le bénévolat!

Quant à l'enseignement obligatoire et gratuit de l'âge de 6 ans jusqu'à 15 ans, il est, à son tour, déserté par les parents fatigués de voir leur progéniture traitée comme des cobayes et faisant les frais des réformes plus démagogiques que pédagogiques. Donc ils optent, encore une fois, toutes classes confondues, pour un enseignement privé qui n'est pas forcément meilleur, faute de contrôle sérieux.

Hormis dans les campagnes, même les plus démunis paient l'école primaire et le collège de leurs enfants et se saignent pour cela. Peut-on encore parler de gratuité de l'enseignement obligatoire?

Seuls les lycées publics demeurent le refuge des parents qui n'ont pas les moyens de payer l'onéreuse facture de la scolarité du secteur privé. Ils sont aussi le dernier recours des parents qui n'ont pas pu franchir les citadelles que sont les missions étrangères, au pied desquelles ils étaient prêts à laisser piétiner leur dignité. Ces parents se trouvent, alors, confrontés à l'absentéisme des enseignants et à la dictature des cours particuliers.

Les parents savent donc que l'éducation de leurs enfants n'a de gratuité que le nom! Ainsi, à quoi servirait-il de perdre son temps à vouloir leur démontrer le contraire? En faisant de la gratuité une fin en soi, les débatteurs tronquent un débat qui est vital pour le pays. Il est donc grand temps de respecter l'intelligence des Marocains et ne pas tomber dans un populisme primaire. On ne répétera jamais assez que les frais de scolarité existent déjà et sont imposés aux parents depuis les garderies.

Le véritable débat devrait s'axer sur la recherche d'une stratégie intelligente dont la finalité est de rendre à l'enseignement public la qualité qui était la sienne et dont ont bénéficié des générations, tout en l'adaptant aux exigences de la modernité et ne pas se contenter d'imposer des frais de scolarité.

Il est fort possible que ces derniers aideraient à construire de nouveaux locaux ou à entretenir les anciens mais certainement pas à améliorer la qualité de l'enseignement.

Ne peuvent le faire qu'une sérieuse évaluation des enseignants, l'encouragement, la valorisation et la promotion des méritants ainsi que la pénalisation de ceux qui ne respectent pas leur contrat sans pour autant négliger une formation continue et obligatoire. Par ce biais, la qualité, le civisme et la discipline reprendront leur droit de cité dans les établissements scolaires et universitaires.

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