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22/12/2017 07h:48 CET | Actualisé 22/12/2017 08h:26 CET

Autonomisation des jeunes et des femmes: la clé du développement

Flickr/mhobl CC

Si dans les discours, la question du renforcement du leadership féminin et jeune relève de l'évidence et accuse un consensus, il n'en est pas de même des mécanismes mis en place pour assoir ce leadership. Jusque-là, la discrimination positive en faveur de ces deux catégories a été un outil important d'intégration et de développement du leadership politique, leur permettant une meilleure participation à la prise de décision, et cela s'en ressent, ne serait-ce qu'en Tunisie, où on vient tout juste de promulguer une loi faisant barrage aux violences contre les femmes, grâce à un lobbying féminin fort au sein de l'Assemblée des Représentants du Peuple.

Si ce mécanisme connait un développement sans précédent en faveur des femmes, il n'est pas aussi affirmé pour les jeunes, qui restent pour le moins que l'on puisse dire marginalisés, avec des taux de représentation assez faibles, sûrement à cause d'un manque d'organisation dû aux caractéristiques même de cette population. En ce sens et dans le cadre de la coopération régionale, le travail effectué par l'Union pour la Méditerranée à travers des plateformes régionales de dialogue est primordial à la réalisation de l'autonomisation des femmes Méditerranéennes. La 4e réunion ministérielle de l'UpM sur le Renforcement du rôle des femmes dans la société, a été une rencontre nécessaire afin de renforcer les efforts régionaux déjà entrepris mais elle est surtout l'occasion de faire progresser, grâce à des approches concrètes, la place des femmes tant aux niveaux politiques qu'économiques.

Néanmoins, un grand défi reste à relever en ce qui concerne l'autonomisation économique des femmes car au-delà du domaine politique très peu de mécanismes ont été introduits pour affirmer ce leadership. Une autonomisation d'abord financière, clé de l'émancipation, en encourageant les femmes et les jeunes à se prendre en charge très tôt dans leur parcours afin de se donner la plus grande marge de choix possible. En leur permettant d'être au plus près de leurs capacités et ambitions, dans un environnement propice à cela, à savoir des lois adaptées à l'insertion professionnelle, un système financier en phase avec leurs besoins et une administration réactive et à l'écoute. L'autonomisation financière devra s'accompagner nécessairement par des mécanismes d'accès égalitaire à l'information, palliant ainsi au manque d'intégration sociale de cette population et permettant une meilleure mise en évidence des opportunités économiques existantes, tant sur le plan local que national ou régional.

Il reste nécessaire de souligner l'impact de la mobilité sur l'autonomisation et le développement du leadership. Les multiples restrictions existantes entre les pays du Nord et du Sud, relatives à la mobilité et principalement celle des jeunes, basées exclusivement sur des arguments sécuritaires, représentent un handicap majeur. On met souvent en évidence les arguments relatifs aux volets sécuritaires et économiques en faveur de ces restrictions, or jamais une réelle analyse de leur impact social n'a été engagée. Dans un monde ou la technologie offre une ouverture sans précédent, il est nécessaire de revoir les mécanismes d'échange et de mobilité des êtres humains entre pays.

Le plaidoyer reste aussi à revoir. Jusque-là, la démarche entreprise par les progressistes, pour plaider en faveur d'une meilleure inclusion des femmes et des jeunes dans le processus économique et politique, s'est basée principalement sur des arguments liés aux principes d'égalité et des droits humains. Or ceux qui sont issus de pays où la pensée conservatrice domine, principalement les pays du sud, savent très bien que ces arguments n'ont pas l'impact nécessaire pour insuffler un changement au rythme que nous espérons. C'est pour cela d'ailleurs qu'à chaque nouvel épisode sur la question, qu'il s'agisse d'une nouvelle loi, d'une nouvelle mesure ou d'un nouveau programme, nous sentons la difficulté d'imposer une certaine rationalité au débat, pour tomber rapidement dans les guerres idéologiques qui font perdre aux initiatives entreprises leur consistance et par conséquent leur impact.

Il est primordial aujourd'hui d'adapter nos arguments au contexte et de se concentrer directement sur ce qui pourrait influencer le choix des citoyens, à savoir l'impact économique du conservatisme ou le manque à gagner dû à l'exclusion politique et économique des jeunes et des femmes. De ce fait, il est nécessaire de mettre en évidence les effets du développement social sur les politiques économiques: sans une évolution sociale, le développement économique des nations ne peut se produire. D'ailleurs, si je pars de l'expérience tunisienne, le constat est clair: les régions les plus développées sont les régions ayant un meilleur taux d'intégration des femmes et des jeunes. A contrario, les régions conservatrices, bien que souvent détentrices de richesses naturelles importantes, ont du mal à décoller économiquement. Maximiser les chances de réussite d'une population implique inévitablement le développement de toutes ses compétences, surtout pour des populations majoritairement jeunes, où la femme est de plus en plus instruite et représente une force de travail importante. Si l'esprit d'entrepreneuriat et d'innovation est connu aux jeunes, l'empathie, la bienveillance et l'éthique sont reconnues comme des qualités féminines. Une société dont le leadership est innovant, énergique, empathique et bienveillant ne pourrait que se développer dans le bon sens.

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