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04/07/2015 09h:25 CET | Actualisé 04/07/2016 06h:12 CET

Tunisie, Une Semaine Post-Attaque

ASSOCIATED PRESS

Une semaine s'est écoulée depuis le drame de Sousse et le pays essaye tant bien que mal de digérer l'excès d'angoisse dont il a été gavé. Si dans ce genre de situation les attentes légitimes sont d'abord le recueillement, la dignité face à la mort et l'unité nationale comme rempart à la récupération politique, le spectacle auquel nous avons droit depuis ce "vendredi noir" s'inscrit dans la lignée désormais habituelle des postures et autres sorties comico-pathétique.

C'est le président de la République qui a dégainé le premier. Il enchaine les déclarations pour fustiger les grévistes, les défenseurs de la polémique "winou el pétrole", puis la population qui, ne soutient pas suffisamment à son gout le gouvernement, dans sa lutte contre le terrorisme. Il terminera son ballet médiatique par déclarer sur les ondes d'Europe 1 que le plan sécuritaire spécial avait pour date de mise en place le 01 juillet, rejoignant Ali Larayadh au Panthéon des déclarations ubuesque.

Son prédécesseur à Carthage lui, a subitement eu une envie de croisière. Alors que le pays fait face à la crise la plus aigue des cinquante dernières années, Moncef Marzouki embarque sur la flottille humanitaire suédoise à destination de Gaza.

Loin de vouloir éclipser les convictions droits de l'hommiste profondes de notre ex-président, il convient de s'interroger sur le message politique envoyé par le timing de cette escapade. La défense des causes humanitaires mondiales, plus particulièrement palestinienne, aussi légitime soient elles, sont elles au dessus des combats intérieurs pour un dignitaire politique Tunisien? Ancien chef suprême des armées qui plus est. La réponse du président Marzouki est toute trouvée.

Les autres sorties remarquables nous viennent de Habib Khedher, député de l'autre grand parti au pouvoir, rapporteur de la constitution 2.0, qui identifie la pratique du break-dance et la consommation de cannabis comme principales raisons derrière le carnage de Rezgui.

Evidemment, tout cela combiné à un déficit de pratique et d'enseignement religieux au sein de la société. Toujours dans le même registre, l'ancien locataire de la Kasbah Hamadi Jebali déclare sous son habituel sourire carnassier que tout autant que le terrorisme, le combat du "religieux" est un danger mortel pour la Tunisie. L'abondance religieuse comme réponse à l'extrémisme, rhétorique implacable du "fratriarcat".

De son coté, la police étale jour après jour l'étendue de son savoir faire. Après avoir mis plus de trente minutes pour débarquer sur la plage de l'Impérial Marhaba, en envoyant des agents qui, visiblement terrorisés, n'ont pas pu dégainer leurs armes, c'est en déguisement de vendeur de beignets, arme en bandoulière qu'ils sécurisent les plages des hôtels. Mais ca c'est quand ils sont présents. Ce ne fut en tout cas pas le cas lors de la descente nocturne improvisée du ministre de l'intérieur, qui découvre médusé ce dans quoi le service d'ordre national baigne depuis longtemps : le laisser aller.

C'est des populations que viennent les minces filets d'espoirs en un avenir meilleur. Les témoignages des rescapés malheureusement recueillis principalement par les médias étrangers, nous racontent le courage du staff de l'Imperial Marhabe et de l'hôtel mitoyen, qui a protégé, au péril de tous, la vie des touristes. Sur les plages encore tachées de sang le recueillement et la compassion entremêlés des habitants et des touristes nous rappellent que le cœur des hommes est encore capable de battre au rythme de l'humain et de la vie. En Angleterre, c'est toute la nation qui s'est tue pendant une minute en hommage aux victimes. Les élans de solidarité se multiplient avec comme arme le crowd funding au profit de ceux que l'attentat risque de plonger dans la misère. La tragédie de Sousse a eu le mérite de clairement mettre à nue le fossé qui se creuse entre des politiques sans idées, embourbés dans un paradigme idéologique archaïque et une frange grandissante de la population qui perd son illusion d'un renouveau politique et sociétal.

Galerie photoDes images de Sousse après l'attentat Voyez les images

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