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01/07/2015 12h:40 CET | Actualisé 01/07/2016 06h:12 CET

A mes amis du monde

TUNISIE - Au lendemain d'un des drames les plus sanglants que notre pays ait vécu de son histoire, où certains d'entre vous ont perdu un être cher, sachez que votre douleur est mienne, et que votre deuil est notre.

ASSOCIATED PRESS

Au lendemain d'un des drames les plus sanglants que notre pays ait vécu de son histoire, où certains d'entre vous ont perdu un être cher, sachez que votre douleur est mienne, et que votre deuil est notre.

Je sais que beaucoup d'entre vous ne comprennent toujours pas comment tout ce sang a pu couler sur les belles plages de sable fin que nous aimons tant. Je ne vais pas vous mentir, je ne vais pas vous dire que nous ne savions rien, que nous avons été surpris, que cela arrive partout, non rien de tout ca. Je vais juste vous présenter mes excuses, en tant que citoyen tunisien, parce que celui qui ne voit pas la responsabilité collective se voile la face.

Je m'excuse pour ceux qui n'ont pas su vous protéger, ceux qui n'ont pas tiré les leçons d'une attaque au mode opératoire artisanal dans le musée le plus fréquenté du pays; ceux qui n'ont pas su mettre en place un service de renseignements suffisamment efficace pour pouvoir obtenir les informations qui auraient permis d'arrêter ce carnage. 

Je m'excuse pour tous ceux qui au lieu de regarder en face une partie de notre jeunesse prendre la voie de la violence extrême, de la terreur, pour pouvoir comprendre les raisons sociales profondes de ce dysfonctionnement, ont détourné le regard, préférant regarder au-delà de nos frontières. 

Je m'excuse pour le mal que causent ces jeunes que notre système politico-légal asphyxie, opprime; qui brise leurs rêves et jette en prison pour un bout de shit perdu dans leurs poches où un flirt sur une plage. Je m'excuse pour toute cette corruption qui gangrène le système et en fait un ennemi à abattre pour une poignée de désœuvré se sentant spoliée, humiliée. 

Je m'excuse pour tous ceux qui perdent leurs repères dans une société qui a depuis longtemps décidé de vivre sans, ballotée entre un désir d'émancipation moderniste et un réflexe conservateur parfois violent. 

Je m'excuse pour cette partie de la classe politique qui pour des raisons populistes et électorales refuse d'ouvrir les débats qui font mal, ceux qui traitent de tous ces sujets qui mettent le modèle patriarcal mal à l'aise: racisme, homophobie, liberté de conscience, sexualité, alourdissant encore plus la chape de plomb sociale sur une jeunesse cherchant désespérément une bouffée d'oxygène. 

Je m'excuse pour cette partie des médias, de la société civile, de la prétendue intelligentsia qui au lieu de jouer son rôle d'élévateur de conscience, de faisceau de lumière éclairant s'est laissée avaler par les sables mouvants de la médiocrité ambiante et le nivellement par le bas. Je m'excuse pour tous ceux qui par manque de courage refusent d'affronter les épreuves de la démocratie et préfèrent se réfugier dans l'idée faussement rassurante d'un retour à la dictature, à l'oppression et à l'Etat de non droit. 

Je m'excuse pour tous ceux qui se refusent à mettre la religion au centre d'un véritable débat d'idées où les tabous et les peurs tomberaient, où les réflexions et les idées de penseurs réformateurs pourraient bourgeonner. Je m'excuse pour tous ceux qui vous ont vu comme une liasse d'Euros, un aller simple pour l'Europe ou un ennemi à descendre pour se voir ouvrir les portes du paradis. Comprenez que personne n'a su leur montrer l'autre richesse que vous apportiez, celle des idées, de la culture, de l'humain.

Enfin sachez mes amis que ce pays restera malgré tout le votre et que son patrimoine, son histoire, la richesse culturelle de son peuple, son sens de l'hospitalité et ce qui reste de sa douceur de vivre sont des biens communs à l'humanité qu'il convient à vous aussi de préserver.

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