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05/02/2017 08h:23 CET | Actualisé 06/02/2018 06h:12 CET

"Voyage au bout de l'Amérique de l'an 2008" (Deuxième partie)

Souvenirs d'un voyage dans une Amérique qui s'apprêtait à élire un certain Barack Obama. Tout y était différent.

Je prends l'avion de San Diego vers la Nouvelle Orléans via Dallas. Je vais aller voir mes amis d'Alger de vingt ans, Khadidja et Chérif qui habitent maintenant la Nouvelle Orléans.

Trois ans après l'ouragan Katrina, ma visite à La Nouvelle Orléans

Dans l'avion vers Dallas, ma voisine est une jeune étudiante texane qui fait des études de fashion designer (styliste de mode), et qui a vraiment le physique de l'emploi, elle le look d'un mannequin de mode. Elle lit la version américaine du journal féminin français "Elle".

Elle me parle de son dernier voyage à Paris, je lui parle de la mode traditionnelle algérienne et je lui dis que je la verrais bien dans une robe berbère et couverte de bijoux d'Ath Yenni ! Elle trouve l'idée géniale. Elle est surtout fascinée par mon béret noir, d'une célèbre marque de sport et que je porte à l'envers. Nous survolons la ville de Dallas de nuit, à voir l'éclairage nocturne, on se fait une idée sur la richesse de cette ville pétrolière.

Nous atterrissons dans l'aéroport de Dallas-Fort Worth, un des meilleurs aéroports au monde. C'est un aéroport d'une grande fonctionnalité et où le voyageur possède un grand confort. Je dis au revoir à ma nouvelle amie texane et je cours pour prendre mon vol pour la Nouvelle Orléans. Le décalage étant de 2 heures avec la Californie, j'arrive à 11h du soir à l'aéroport international Louis Armstrong de la Nouvelle Orléans. Khadidja et Chérif m'accueillent avec une grande joie, en lançant le légendaire salut algérien "Saha Farid !".

Je constate tout de suite un reste de l'histoire de la France en Louisiane, on trouve des inscriptions en langue française à l'aéroport et en ville. Le lendemain, je visite la ville, les nouvelles digues; et surtout le fameux quartier 9 qui a été dévasté par l'ouragan Katrina, à la fin du mois d'août 2005. Il faut rappeler que l'ouragan Katrina est l'une des plus grandes catastrophes naturelles de l'histoire des Etats-Unis, et la plus coûteuse, sans parler du terrible choc infligé au sentiment de sécurité de la nation américaine.

La tempête Katrina a dévasté la région du delta du Mississippi sur la côte du golfe du Mexique et a presque entièrement détruit la Nouvelle-Orléans. Son passage a fait au moins 1 836 victimes et détruits 273 000 maisons. Selon une estimation, les dégâts s'élèveraient à 150 milliards de dollars.

Mais l'ouragan Katrina a été beaucoup plus qu'une simple catastrophe naturelle ; l'homme a une responsabilité dans les dégâts et dans les répercussions également désastreuses de la tempête. Cette tempête a mis en évidence les profondes défaillances institutionnelles dans les plans d'intervention d'urgence du pays, théoriquement améliorés après le 11 septembre 2001.

L'ouragan Katrina (c'est vrai, il faut le rappeler, il était de force 5 !) a facilement submergé le système fédéral de digues, construit par le Corps des ingénieurs de l'armée américaine, qui protégeait la Nouvelle-Orléans et les banlieues voisines. Des enquêtes ont montré par la suite que le système était beaucoup plus faible que ne l'avait affirmé le génie militaire, et que de graves erreurs de conception avaient été commises durant sa construction.

Katrina a également infligé un sérieux camouflet à l'administration. Bush, qui avait été incapable de mettre en place et en urgence un plan d'intervention musclé et efficace en réponse à la tempête.

C'est vrai que le plan d'évacuation de la Nouvelle Orléans au moment de Katrina a été un succès, 80% de la population de la région a été évacuée, mais 100000 personnes sont restées.

On trouve parmi ces 100'000 personnes : les pauvres, les personnes âgées et les afro-américains qui n'avaient aucun moyen de transport pour sortir de la Nouvelle-Orléans. Leur faire quitter la ville n'était pas seulement un problème logistique, mais une question de politique sociale : certaines des personnes en question n'avaient que rarement, ou même parfois jamais quitté la Nouvelle-Orléans, et il n'était pas facile de les persuader de partir.

Les répercussions socioéconomiques de Katrina sont importantes et visibles à l'œil nu. La tempête a déclenché une gigantesque diaspora forcée et a remodelé le profil économique et social de la région de la Nouvelle-Orléans et de toute la côte du golfe.

Selon une étude menée par le bureau du recensement américain, la Nouvelle-Orléans avait perdu presque 40 % de sa population quatre mois après la tempête ; parmi ceux qui étaient revenus, on comptait proportionnellement plus de blancs avec des revenus plus élevés, par rapport au profil de la ville avant la tempête. Il faut signaler que la masse des travailleurs hispaniques, arrivés par milliers pour participer à la reconstruction de la Nouvelle Orléans, n'a pas été prise en compte dans cette étude ; il est certain qu'un certain nombre d'entre eux s'installera définitivement dans la région.

D'ailleurs en visitant le quartier 9, on remarque toute suite qu'une majorité de maisons n'est toujours pas reconstruite. La population afro-américaine de ce quartier ne pourra plus revenir car elle ne possède pas les moyens pour reconstruire ses maisons détruites par l'ouragan Katrina.

La vie est plus forte que tout. Ma visite à l'université de Tulane (c'est la première université privée de Louisiane) pour assister à la crayfish party (fête annuelle de l'écrevisse) m'a montré que la population de la Nouvelle Orléans est entrain de dépasser le profond traumatisme provoqué par l'ouragan Katrina. Le président de l'université Tulane invite chaque année la population de la Nouvelle Orléans à la crayfish party, pour manger gratuitement des écrevisses bouillies dans une sauce piquante, et servis avec des pommes de terre bouillies.

Lors de ma visite à la fameuse Bourbon Street, j'ai constaté que les touristes américains et étrangers sont revenus en force, il a aussi la reprise du festival international de Jazz de la Nouvelle Orléans. Ceux sont des indicateurs très forts d'une reprise de la vie économique et culturelle dans cette magnifique ville, ou on s'attend toujours à voir sortir Scarlett O'hara l'héroïne de "Gone with the wind" de l'une des fameuses villas sudistes, située dans la rue St Charles, qui est la rue huppée de la Nouvelle Orléans. Une ville insolite où on peut rencontrer le capitaine Jack Sparrow et sa joyeuse bande de pirates défiler dans Bourbon Street, et écouter de la musique jazz autour du minuit, jouée par des jeunes musiciens qui seront un jour plus célèbres que Whyton Marsalis.

Sous le soleil de Floride

Khadidja et Chérif m'emmènent faire un tour en Floride pour visiter Pensacola et sa fameuse plage. La ville est à 4h de route de la Nouvelle Orléans. Elle est située dans le comté d'Escambia dont elle est le siège, en Floride. Nous prenons la route un dimanche matin en empruntant la fameuse highway 10 (route Inter Etats 10) qui relie la Floride à la Californie. Je comprends aujourd'hui pourquoi l'immensité de l'Amérique et ses highways ont donné naissance à un genre particulier dans le cinéma américain : le road movie. Je repense au mythique film de Dennis Hopper "Easy Rider" sorti en 1969, ou les deux personnages principaux du film, Wyatt (joué par Peter Fonda) et Billy (joué par Dennis Hopper) traversent l'Amérique des années 60, et font le voyage vers la Nouvelle Orléans pour assister à la fête du Mardi gras.

Nous traversons les Etats du Mississipi, Alabama, la Géorgie et nous arrivons enfin en Floride. Pensacola c'est aussi un port maritime qui est reliée au golfe du Mexique. Dans sa banlieue sud-ouest se trouve la plus grande base de la marine américaine. Pensacola a un surnom c'est "la ville aux cinq drapeaux" parce qu'elle changea comme le reste de l'Etat de Floride, plusieurs fois de souveraineté au cours de son histoire : espagnole, française, britannique et en 1821 elle devient américaine quand le traité Adams-Onis cède la Floride au gouvernement américain.

Pensacola est divisée en trois secteurs : downtown, Old Pensacola et Pensacola Beach. Pensacola Beach est une langue de sable blanc exposée au vent, très bien entretenue, rattachée par un pont à péage à la presqu'île de Gulf Breeze, elle-même rattachée au continent par un long pont. Aujourd'hui, Pensacola Beach renaît après avoir était dévastée en 2004 par l'ouragan Ivan. Hôtels et maisons luxueuses se bâtissent en nombre.

Nous visitons un camping situé sur Pensacola beach ou Khadidja et Chérif passent habituellement leurs vacances d'été. Le camping est très bien aménagé. C'est un camping de luxe, classé cinq étoiles ! Les campings européens me semblent tout d'un coup pauvres et dénués de tout confort. Pensacola est une ville florissante comme la Floride qui est un Etat prospère grâce au tourisme et l'agriculture (la culture des agrumes). Il n'y a pas de taxes sur l'alimentation, et comme à San Diego, les riches retraités viennent acheter ou construire des maisons de rêve. Je mets la main dans l'eau de mer du golfe du Mexique. Elle est très chaude. Elle me rappelle Chenoua plage, au mois d'août.

Epilogue

Il faut souligner avec force que l'Amérique en général (La Californie en particulier) a des années d'avance sur les pays de la veille Europe. En effet, cette avance concerne la gestion de la vie quotidienne, la gestion de la ville, l'organisation de la société civile et l'organisation du travail. La Californie est un leader mondial dans le secteur éducatif et la recherche scientifique. Elle est aussi un leader dans l'industrie du cinéma, la télévision et le show business en général, la gestion du secteur tertiaire (tourisme et banques), les travaux publics, les biotechnologies, l'agriculture et l'aérospatial. La protection du consommateur et la protection de l'environnement sont une priorité majeure de l'Etat de Californie.

Ce qui est impressionnant aussi en Amérique, c'est le civisme du peuple américain, sa légendaire politesse, sa gentillesse, sa tolérance, son amour de la démocratie et de la liberté, sa chaleureuse hospitalité et sa grande compétence. L'Amérique reste/restera une formidable terre d'accueil, de tolérance et de liberté grâce aux luttes séculaires et aux immenses sacrifices du peuple américain. Si le sénateur Obama Barack est élu Président des Etats-Unis en novembre 2008, j'aurai une pensée émue pour l'une des figures emblématiques de la société civile américaine, la militante des droits civiques Rosa Parks, qui aura grandement contribué à cette victoire électorale.

Références

1) John Mac Quaid

"L'assaut de Katrina sur la Nouvelle Orléans" in la revue "L'Etat de la planète" n°29 septembre/Octobre 2006

2) Béatrice Toulon, Michel Guyon, Thomas Baurez et Thierry Cheze

"Irak : Hollywood contre Bush" in Studio n°239 , Octobre 2007

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