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13/03/2016 06h:37 CET | Actualisé 14/03/2017 06h:12 CET

La mobilité urbaine expliquée par le jetable

Signe ostentatoire de la grande mobilité des urbains, le gobelet de café ou de thé est quasiment devenu un phénomène de société qui a jeté la consommation de boissons chaudes dans la rue et sur les parcours urbains d'hommes, et parfois de femmes, toujours en mouvement.

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La plupart des algériens l'appellent tout simplement "jetable". Il s'agit du gobelet en carton ou en plastique, rempli de café ou de thé, qui est transporté par les passants, les automobilistes et même par les "statiques", à longueur de journée.

Uniforme ou coloré, petit pour le café serré et plus grand pour le thé à la menthe, il en existe même avec des couvercles, support publicitaire à des moments, le gobelet jetable est rentré dans les mœurs urbaines comme un attribut d'une citadinité mouvante et pressée et somme toute solitaire et non conviviale.

Aujourd'hui, il participe pleinement à cette mobilité qui est un élément constitutif de ces métropoles "modernes" que sont devenues nos grandes villes.

Signe ostentatoire de la grande mobilité des urbains, le gobelet de café ou de thé est quasiment devenu un phénomène de société qui a jeté la consommation de boissons chaudes dans la rue et sur les parcours urbains d'hommes, et parfois de femmes, toujours en mouvement.

Il serait peut être né avec la graduelle disparition des cafés où les clients prenaient le temps de s'attabler, parfois durant de longues heures, pour échanger autour d'un café servi dans une tasse ou dans un petit verre.

La réduction des espaces de commerce à réduit les cafés d'antan à de simples comptoirs où le client prend sa commande et sort la consommer en marchant ou en roulant en voiture. Le temps jadis réservé à la convivialité disparaît ou se retrouve transplanté vers les rues et les trottoirs ou dans la solitude de la voiture et du bureau.

Le gobelet est ainsi, avec le téléphone mobile et la voiture, l'autre indice d'une société qui passe son temps en mouvements pendulaires. Au même titre que les autres facteurs de la mobilité grandissante d'une population qui découvre les vastes espaces de la ville.

L'appartenance au quartier se dilue dans un mouvement qui porte promeneurs, travailleurs et étudiants d'un bout de la ville à un autre, pressés par le temps et par une quotidienneté errante presque sans limite.

Au delà de l'expansion de la ville, c'est la spécialisation des quartiers qui fait déplacer les urbains d'un lieu à un autre pour une activité spécifique. Faire des achats précis, aller dans des administrations ou des espaces commerciaux demande du temps et l'appréciation des distances ne se mesure plus en données kilométriques mais en temps de déplacement.

Le gobelet devient alors un allié du temps - prendre le temps de siroter- contre la distance, voire même pour la distance. Le citadin qui se déplace, taraudé par le temps qu'il passe dans les transports et les encombrements, se donne l'illusion de la stabilité conviviale, fut il tout seul avec son jetable.

En même temps qu'un compagnon de route, le gobelet est synonyme de l'individuation des modes de vie qui supposent plus d'autonomie et d'indépendance dans les pratiques de mobilité. Il est le symbole de cette forme d'instabilité qui fait qu'il est jeté la où il se vide.

Il est laissé comme un indice du passage d'un "métro-individu" qui lui-même est jeté dans la ville dont il est obligé de se confronter aux limites et aux fonctions.

La ville n'est plus un lieu mais une suite d'espaces aux fonctions différentes et complémentaires où l'homme est déraciné. Le gobelet est alors l'élément qui quelque part lui permet de retrouver son chemin, comme le Petit Poucet qui sème ses petites pierres pour retrouver son chemin.