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19/12/2017 05h:56 CET | Actualisé 19/12/2017 05h:56 CET

Homophobie: Stratégique erreur des militants

L'association Shams pour la dépénalisation de l'homosexualité en Tunisie continue à servir les homophobes par ses initiatives déconnectées des réalités malgré les conseils prodigués de changer de stratégie.

Facebook/Shams

L'association Shams pour la dépénalisation de l'homosexualité en Tunisie continue à servir les homophobes par ses initiatives déconnectées des réalités malgré les conseils prodigués de changer de stratégie. Celle-ci ne sert pas sa cause, mais les homophobes en satisfaisant leur souci premier de ne pas abolir le texte homophobe en vigueur.

Une stratégie contreproductive

Depuis sa création, Shams a choisi de tenir un discours qui n'a aucune efficacité étant sans résonance auprès des masses et sans crédibilité auprès des décideurs du pays. Parler, en effet, juste de respecter les droits humains et de l'application de la constitution c'est non seulement insuffisant, mais aussi contreproductif, car la constitution impose le respect des valeurs de l'islam qu'invoquent les homophobes, qui ne sont pas qu'islamistes, au demeurant.

Aussi, pour obtenir l'abolition de l'homophobie en Tunisie, il est impératif de rappeler que l'islam n'a jamais été homophobe contrairement à ce que colportent les homophobes pour tromper les gens. Ce qui a été largement démontré.

Or, Shams ne veut pas le faire malgré le fait de pouvoir compter sur des imams gays qui sont prêts à venir témoigner sur la question. Pourquoi une telle attitude? Y aurait-il un diktat de la part des soutiens occidentaux de Shams qui, au prétexte de laïcité, verseraient dans l'islamophobie?

Assurément, il y a surtout ce fait que la plupart des militants affichent leur rejet de l'islam. Certes, c'est leur droit, mais ils n'ont de légitimité à vouloir l'accoler à une lutte devant être humaniste et non idéologique. Car, concrètement, de tels militants agissent, aujourd'hui, moins pour l'abolition de l'homophobie en Tunisie que pour la laïcité. C'est ce qui fait du tort à la cause anti-homophobie et sert les intérêts de tous ceux qui veulent que rien ne change dans le pays en matière législative.

En effet, même l'intervention que l'on attend d'une cour constitutionnelle (loin d'être opérationnelle déjà) relève du voeu pieux. En effet, pour considérer l'article 230 anticonstitutionnel, la cour doit commencer par noter que l'homophobie n'est pas contraire aux valeurs de l'islam au respect de laquelle renvoie la constitution. Et c'est ce que nous disons! Pourquoi alors perdre du temps et risquer encore plus de victimes?

Une telle illusion chez les plus sincères des militants est en fait un appât que leur tendent les intégristes et les crypto-intégristes dans leurs rangs pour enterrer en beauté la cause anti-homophobie.

Les islamistes se sont engagés à voter un texte consensuel

Il n'est plus un secret pour personne que le parti Ennahdha table sur cette issue pour satisfaire ses plus intégristes membres, s'étant résolu, en la personne de son chef de file, à l'abolition de l'article 230 et s'y étant engagé si un projet de loi consensuel arrive au parlement.

Or, ce projet existe, mais Shams et les autres associations le refusent, car il y est question de l'islam ! Il est inadmissible que l'association dont la raison d'existence est supposée être l'abolition de l'homophobie n'ose même pas proposer le seul texte en mesure d'abolir la base légale de l'homophobie.

Au lieu de proposer ce projet, que fait donc Shams? Elle vient de lancer une web radio; ce qui est bien évidemment de bonne guerre pour faire entendre dans le pays un autre son de cloche sur la question. Mais si c'est pour parler dans le vide, cela ne fera que servir encore plus les homophobes et retarder la délivrance de la loi scélérate de la dictature et de la colonisation.

Cette web radio relève de l'accessoire qui ne saurait faire oublier le principal. Elle est certes utile, mais après l'abolition de l'homophobie pour défendre le vivre-ensemble et pas avant, sinon cela revient à mettre le boeuf devant la charrue. Surtout que cela va dans le sens des attentes des homophobes qui agissent dans le sens ci-dessus indiqué.

Bien pis, cela souligne surtout l'erreur flagrante de stratégie ici dénoncée, desservant leur cause et ne la servant en aucune façon. Sauf à bénéficier de financements d'officines occidentales qui ne sont pas nécessairement motivées par l'abolition de l'homophobie en Tunisie, mais par le business que la cause génère et donc qui ont intérêt que rien ne change en Tunisie. N'est-ce donc pas l'Occident qui soutient les islamistes et les a fait monter au pouvoir et y défend leur maintien?

Shams, ainsi que ses semblables, nous semble par conséquent avoir plus à coeur de militer pour la laïcité et non pour l'abolition de l'homophobie. Sinon comment expliquer qu'elle refuse d'évoquer le sésame en mesure d'obtenir l'abolition de l'homophobie en Tunisie et ailleurs en terre d'islam : le faux fondement religieux? Surtout qu'elle sait qu'on n'abolira pas l'homophobie contre l'islam en Tunisie et ce tant que la constitution y réfère.

L'abolition de l'homophobie se fera avec et non contre l'islam

On nous dit que l'association a vocation d'exclure la religion de ses préoccupations; or, est-ce possible quand c'est la constitution elle-même qui impose d'en parler en en faisant une référence incontournable? Ce qui veut dire que militer pour l'abolition de l'homophobie sans avoir affirmé au préalable la conformité d'une telle demande avec les valeurs de l'islam, c'est bien parler pour ne rien dire.

C'est aussi militer contre la cause anti-homophobie, car cela apporte de l'eau au moulin des homophobes qui peuvent soutenir, sans contestation, que demander l'abolition de l'homophobie, c'est agir contre l'islam. Pourquoi donc ne pas apporter la contradiction à un tel mensonge? Qui ne dit mot ne consent-il pas?

Pourquoi les militants se taisent sur un tel mensonge qui abuse les masses, déjà trompées sur leur religion? Pourquoi les laisser croire à tort que les gays, soutenus par l'Occident, sont islamophobes ou les jouets de milieux occidentaux qui ne seraient que motivés par le laïcisme, cette laïcité érigée en religion civile, quand ce n'est pas par l'islamophobie?

La radio de Shams est d'ailleurs financée par l'ambassade des Pays-Bas. Pourquoi l'ambassade ne finance pas également des actions démontrant que l'islam n'a jamais été homophobe, sa culture ayant même le mieux chanté l'homoérotisme? Pourquoi ne pas organiser des manifestations officielles en ce sens pour faire évoluer la cause gay au plus vite dans le pays au lieu d'user de stéréotypes trompeurs qui ne servent que les homophobes et les islamophobes, ces islamohomophobes?

Enfin, pourquoi la radio qui existe déjà ne parle-t-elle pas sur ses ondes de ce qui est seul en mesure de servir la cause qu'elle dit défendre? La radio osera-t-elle enfin faire usage de tous les ouvrages qui ont été publiés démontrant que l'islam n'est pas homophobe et donner la parole aux experts, dont des imams, qui aideront bien plus utilement à faire avancer la cause gay que la mauvaise stratégie actuelle, bien trop néfaste?

Si elle ne le fait pas, elle risque de cautionner le soupçon que commencent à avoir certains d'être noyautée, comme le sont pas mal de nos structures aujourd'hui, par des intégristes occultes, des infiltrés qui, au nom de la laïcité, agissent pour le maintien de l'homophobie en Tunisie.

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