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11/10/2015 07h:38 CET | Actualisé 11/10/2016 06h:12 CET

La France des couleurs ...

Depuis quelques années, on sait et l'on constate que le Front National ainsi que ceux qui s'en rapproche prennent de l'ampleur, gagnent du terrain, et que la parole raciste se banalise de plus en plus.

Sur les chaînes de télévision française, on parle d'immigration, on parle d'islam, et ce, de façon disproportionnée au détriment de tout le reste. A croire tous les problèmes des français sont dus à la présence des "autres" et à "l'islam". De belles diversions stratégiques pour ménager les attentions.

Les vrais problèmes des Français étant le chômage, le logement, le pouvoir d'achat, les partis populistes joue de plus en plus sur l'émotionnel. On commente tout et n'importe quoi, n'importe comment. L'analyse approfondie a laissé la place à l'instantanée, au vite et encore plus vite.

Exister dans une société multiculturelle c'est à mon sens tenter de gérer la question de la diversité d'un point de vue positif alors que tout porte à croire aujourd'hui que des courants populistes sont entrain d'essayer de traduire une philosophie de la multiralité qui soit négative, qui soit celle de la mise en danger de soi quand trop de "l'autre" est parmi nous.

Cela demande inévitablement de revenir à soi et de se poser la question : qu'est ce qui dans ma tradition, dans ma philosophie de vie, que je soit athée, agnostique, juif, chrétien, bouddhiste, hindou ou musulman me permet de me définir moi, et qui permet de définir qui est l'autre et aussi comment je dois traiter l'autre?

Il est regrettable que dans nos discussions sociales et politiques, nous soyons beaucoup plus dans la gestion électoraliste ou populaire de cette notion que dans un positionnement humaniste, religieux ou philosophique qui demande et qui exige de chacun un travail.

En entendant des propos récents sur la race blanche, sur une chaîne nationale [française], je me suis rappelée d'un évènement qui a eu lieu il y a plusieurs mois déjà.

Je travaille dans la protection de l'enfance. Je fais partie d'une équipe de professionnels issus d'origine diverses et variées avec un public qui l'est tout autant, d'où la richesse de notre travail.

Ce sont des enfants placés dans une maison protégée où ils vivent, et qui doivent cohabiter tous ensemble. Malgré leurs difficultés sociales et familiales, ils arrivent à se respecter et cohabitent assez bien.

Nous avions reçu un jeune garçon d'à peine 15 ans, Congolais, dont je tairais le nom par souci de confidentialité qui s'était très bien adapté à la vie du foyer.

Nous l'avions inscrit au collège, et il s'était socialisé de façon remarquable. Il jouait au foot, et j'avais remarqué son engouement pour la religion catholique qu'il pratiquait avec ferveur et dévotion. Les enfants du foyer respectaient ses croyances bien mieux que beaucoup d'adultes. Les repas étaient porteurs d'échanges intéressants, il arrivait régulièrement que les jeunes lui fassent découvrir des légumes, ou des fruits spécifiques à la France, et vice versa. Chacun se nourrissaient de l'autre, une curiosité intellectuelle s'était installée sur les us et coutumes des uns et des autres.

La mère du jeune était au Congo, gravement malade, et il n'avait aucune autre famille.

Un jour, il reçu un message du Congo, annonçant la mort de sa mère, décédée d'un cancer foudroyant. L'effet de cette annonce a été tout aussi foudroyante. Quoi de pire pour un enfant de 15 ans que d'apprendre le décès de sa mère, qui plus est à des milliers de kilomètres de lui ?

Nous avons eu beaucoup de jeunes qui ont perdu leurs parents et chacun réagit différemment. Beaucoup sont en colère, d'autres restent mutiques, mais je dois bien avouer que la réaction de ce jeune a forcé mon respect ce jour là.

Lui aurait pu hurler, taper contre les murs, se lamenter, lui qui a traversé tant de d'épreuves pour son jeune âge, lui qui a même traversé la Mer a géré la nouvelle de façon étonnement sereine. Sa spiritualité sans doute, qui donne un sens à la mort et à la vie. Son intelligence n'a pas compris, mais son coeur l'a reçu autrement, différemment. Comme dans le roman de Camus, "La Peste" où les protagonistes sont confrontés à la mort, et, qu'il y a un croyant pieux dans l'histoire qui encaisse la mort de la façon la plus digne qui soit, qui avec avec toute la douleur, pleure en silence. On peut l'observer très clairement aussi dans ou "Les frères Karamazov" de Dostoïevski avec le personnage d'Aliocha; sans sa spiritualité il ne comprend pas l'épreuve, sinon, elle n'est qu'injustice. Ce jeune m'a fait penser à tous ces héros de roman.

Connaissant son intérêt pour la religion et ne sachant que faire pour l'aider, je décide, avec son accord de rencontrer l'Abbé de la ville.

Nous partons, donc tous les deux, à sa rencontre.

L'Abbé nous reçoit, souriant, chaleureux, compatissant. Il n'a pas ouvert la bouche encore qu'il a déjà tout dit. Silencieux. Il ressemble à ces gens, qui, par leurs seules présences vous illumine et éclaire de leurs lumières ceux qui les rencontrent.

Il arrive parfois, l'epace d'un instant, ou même quelques secondes qu'on entende des choses alors qu'aucun son n'a été émis. On l'a vécu, tous, à des moments de notre vie, avec nos parents ou bien même avec des gens qu'on connaît à peine. Quelque chose se dégage avec force sans que cela ne soit dicible avec des mots, ça se ressent juste avec le coeur.

L'Abbé a ouvert la porte de l 'église, et comme s'il avait appuyé sur un bouton le coeur du jeune s'est ouvert d'un coup d'un seul.

Et comme rien n'arrive jamais par hasard, il se trouve que l'Abbé est Camerounais, lui aussi est arrivé d'Afrique. Ils se prennent dans les bras instantanément. Le jeune lui expose, en larmes, sa détresse, l'Abbé trouve les mots justes, pesés et calibrés, ce jour-là.

Il décide même d'organiser une messe le lendemain en l'honneur de la maman décédée au Congo afin que le deuil du jeune se fasse de la façon la moins difficile qui soit. A cette messe, il décide d'y inviter des gens, de toutes les couleurs, de toutes les origines, et de toutes les croyances.

Le jour de la messe arrive, dans une petite salle au fond de l'église, le jeune garçon de 15 ans est un tout petit garçon ce jour-là, il me serre la main fort, et tient une bougie à la main. Des personnes assises nous regardent, sans bruit, on entend juste les pleurs pudiques et timides du jeune garçon qui ne quitte pas du regard le fond de la salle.

Derrière moi musulmane d'origine algérienne, je vois mes collègues, d'origine tziganes, nord-africaines, d'autres personnes que je ne connais pas mais que je connaîtrais par la suite, qui sont de confessions juive, protestante et bien d'autres encore.

Ce jour-là, la France a montre ce qu'elle était. Un état digne qui reconnaît les diversités qui la composent. Un espace d'immigration où toutes les altérités se réunissent.

Ce jour-là aura été le début d'une très belle amitié entre le jeune et l'Abbé qui perdura je l'espère. Ils se voient très régulièrement et sont devenus très proches.

Ce jour là a fait mentir les personnes qui parlent de race, qui disent que la France se divise et démontré une chose, l'humanité n'a qu'une couleur, celle de l'amour.

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