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28/04/2019 11h:38 CET | Actualisé 28/04/2019 11h:38 CET

Zelensky et le post-politique

"Non, il ne s’agit pas d’une série Netflix."

Xinhua News Agency via Getty Images
L'acteur et candidat à la présidence ukrainienne Volodymyr Zelensky célèbre sa victoire avec des membres de son équipe et des sympathisants à son siège de campagne à Kiev, en Ukraine, le 21 avril 2019.

POLITIQUE - Sans aucune expérience politique à son actif, Volodymyr Zelensky, l’un des comédiens les plus populaires d’Ukraine, remporte largement la présidentielle avec 73% des suffrages au second tour.

Cet inconnu du sérail politique ukrainien promet de casser le système de l’ère Porochenko et de raviver l’interaction avec la Russie, avec comme première tâche: libérer les prisonniers ukrainiens au Kremlin. Une campagne présidentielle houleuse a eu lieu, entre accusations et diffamations, Zelensky était inlassablement soupçonné de maintenir un lien direct avec l’oligarque Ihor Kolomoïsky, milliardaire rival de Petro Porochenko vivant aujourd’hui entre Tel Aviv et Genève.

Mais où devrait-on dorénavant placer l’actualité se rapportant au président ukrainien? Dans la presse politique ou les magazines people? Dans les rubriques internationales ou les pages “actu des stars”?

Ce n’est pas la première fois qu’un outsider de l’arène politique investit la présidence d’un pays: Trump et Ronald Reagan aux Etats Unis, Joseph Estrada aux Philippines avec plus de 100 rôles joués, ou encore Jimmy Morales, élu président du Guatemala avec plus de 60 films à son actif. En 1980, Coluche s’est aussi lancé dans la course présidentielle en France, s’accaparant dès les premiers jours de sa campagne (avortée) 16% des intentions de vote, et le soutien d’intellectuels et de penseurs comme Bourdieu, Deleuze et Guattari...

Non, il ne s’agit pas d’une série Netflix.

En effet, ce qui se passe est simplement la caricature de la méfiance structurelle et généralisée des citoyens envers les classes politiques traditionnelles et ses techniciens du pouvoir. Le vote est au delà du rituel des urnes, il se transforme en un véritable acte de défiance politique.

L’élection de Zelensky est symptomatique d’un modèle politique sclérosé et étouffé, s’affranchissant de plus en plus de la conception aristotélicienne de la politique et du pouvoir et dans le besoin urgent de se réinventer. Le tout nourri par le penchant humain grandissant pour le sensationnel et la dramaturgie.

Au moment où les idées ont quitté la scène, serions-nous arrivés à l’ère du post-politique, ou le président est apolitique, incolore, et lauréat de l’Oscar?

Les histoires les plus fascinantes sont celles de ces hommes et femmes ordinaires, qui tout d’un coup deviennent extraordinaires. Mais cette fois, est-ce la fiction qui rattrape le réel, ou est-ce le réel qui rattrape la fiction?