MAROC
18/09/2018 12h:22 CET

#ZankaDialna, le mouvement pour l'appropriation de l'espace public au Maroc par les femmes

"Pour toutes les femmes qui y ont été agressées, harcelées et qui se sentent obligées de presser le pas dans la rue"

Houds Outa

SOCIÉTÉ - Ce samedi 15 septembre, les rues de Rabat ont accueilli un spectacle rare, et qui pourtant ne devrait pas l’être. Une trentaine de femmes, marchant tête haute, le regard fier et la démarche sereine, le long du boulevard Mohammed V, dans le silence et le calme. Ici, pas de t-shirts à message ou de slogans féministes, juste des femmes qui réapprennent à investir l’espace, sans presser le pas ni baisser les yeux. 

Houda Outa

C’est dans le cadre #ZankaDialna, une initiative citoyenne et spontanée, née en juin dernier d’un ras le bol de la situation des femmes dans la société marocaine, suite à l’inquiétante augmentation des cas de harcèlements, viols et insultes envers les femmes, que Lamia, Lisa, Zahra, Sanaa et les autres ont décidé d’investir le boulevard pendant plus d’une heure, pour une performance silencieuse visant à aider les femmes à se réapproprier l’espace public. 

“Nous sommes sorties dans la rue pour faire passer un message. Nous avons fait cela pour toutes les femmes qui y ont été agressées, harcelées et qui aujourd’hui évitent de marcher dans la rue. Elles baissent la tête et essaient de se faire le plus discrètes possible pour ne pas attirer les regards. Comme si elles n’avaient rien à faire dehors”, déclare l’une des fondatrices du mouvement.  

Houda Outa

“Quand on y pense, les femmes passent en réalité plus de temps dans la rue. Ce sont elles qui accompagnent les enfants à l’école, au sport, font les courses, vont au travail, au pressing, s’occupent de leurs parents... Il est navrant qu’elles ne se sentent pas à leur place dans la rue!”, se désole l’une des participantes.   

Encadrées par les artistes chorégraphes et spécialistes de l’improvisation Lisa Dali et Salima Moumni, le petit groupe s’est réunit au Hiba-Lab, point de départ de cette réflexion autour de l’espace public, avant de faire le chemin jusqu’à la gare de Rabat Ville, en passant par le Parlement.

Houda Outa

“Unies dans un même mouvement et un même regard, l’idée était simplement de sortir toutes ensemble, de rester tranquille, en paix, en sécurité dans nos rues. Il n’y avait rien de très compliqué, chacune de nous avait une raison de participer à cette initiative”, nous explique Lisa Dali, chorégraphe.

“Nous ne voulons pas passer pour des hystériques qui crient dans la rue, nous voulons simplement vivre en paix, dans nos foyers comme à l’extérieur”, souligne l’une des fondatrices du mouvement.

Houda Outa

“Une fois par mois, nous organisions des rencontres de dialogue baptisées ‘Pas-rôles de femmes’ et nous n’avions pas encore sélectionné le thème à débattre. Certaines participantes du groupes avaient assisté à une rencontre au Hiba-Lab organisée par l’aaatelier, qui traitée des femmes dans l’espace. L’une des participantes a proposé le thème de la réappropriation de la rue en sécurité! C’est ainsi que le mouvement #ZankaDialna est né comme par magie”, se souvient Lamia Kadiri, l’une des fondatrices du mouvement. “Nous voulons simplement sensibiliser, en douceur, au respect de la femme comme être humain”.

Une guerre silencieuse contre l’obscurantisme et la brutalité de nos rues, qui n’a pas laissé les passant indifférents. “Les gens ont compris qu’il se passait quelque chose, beaucoup ont filmé ou se sont arrêtés pour regarder. Nous avions toutes des appréhensions avant l’expérience, mais à la fin, nous étions toutes très fières de nous. Il y avait des youyous, des applaudissements et un beau sentiment d’accomplissement”.    

Une expériences qui pourrait bien se répéter prochainement dans d’autres villes du royaume.