TUNISIE
18/01/2019 16h:19 CET | Actualisé 18/01/2019 16h:21 CET

"Youssef Chahed perçoit la Tunisie comme une entreprise", selon la vice-présidente du Cercle des Economistes Arabes

Elle accuse les élites du pays d'être responsables de la crise actuelle.

Anadolu Agency via Getty Images

Certes, la grève générale du 17 janvier 2019 est la plus massive depuis la révolution. Près d’un million de salariés étaient appelés à manifester pour dénoncer la cherté de la vie et protester contre la politique économique austère, menée par le gouvernement Chahed. 

D’après certains, le scénario de la révolution tunisienne, première étincelle du printemps arabe, risque de se reproduire. “Les motifs qui ont mené au soulèvement de 2010 sont toujours là,” lance Héla Yousfi, Maître de conférences en management et organisation à l’Université Paris Dauphine et vice-présidente du Cercle des Economistes Arabes, sur les ondes de France Culture.

Les disparités régionales accrues, le taux de chômage élevé... bref, tous les ingrédients d’une nouvelle révolution sont réunis. Pour Yousfi, durant ces huit dernières années, les choses n’ont pas totalement évoluées. Le paysage socio-économique est resté figé depuis le départ de Ben Ali. Enfin à quelques détails près: “il y a eu une évolution au niveau des mobilisations de l’UGTT,” souligne-t-elle.

La spécialiste est revenue sur les différentes phases par lesquelles est passée la centrale syndicale. De son rôle primitif à défendre les droits des salariés et chômeurs à son implication dans la prise de décision, l’UGTT a connu une importante métamorphose notamment en ce qui concerne ses priorités et ses positions.  

En effet, la transition démocratique a provoqué un changement dans le positionnement de l’UGTT qui s’est fortement impliquée dans le dialogue national et la stabilité du climat politique, explique-t-elle.

A ses yeux, l’UGTT est en train de placer la souveraineté nationale avant l’augmentation salariale, et ce d’une manière assez frontale.

“Aujourd’hui, la question de la souveraineté nationale est essentielle car le pouvoir des bailleurs de fonds dans la politique gouvernementale est clairement dénoncé par la population,” poursuit-elle.

D’après elle, le recours à la décentralisation comme étant un remède aux disparités régionales n’est pas une solution assez efficace. Pour étayer ses propos, Yousfi estime que “la décentralisation est une revendication de justice territoriale pervertie par une des réformes structurelles libérales de la Banque Mondiale, c’est-à-dire une désengagement de l’Etat et une autonomie financière et administrative des régions. Sauf que ces régions n’ont pas les moyens financiers et humains pour être réellement autonomes.” Autrement dit, même avec une parfaite décentralisation, les problèmes socio-économiques des régions intérieures persistent. 

Par ailleurs, la vice-présidente du Cercle des Economistes Arabes a estimé que lors de son dernier discours, le chef du gouvernement Chahed perçoit la Tunisie comme une entreprise. “Chahed parle de la Tunisie, un pays, comme s’il parle d’une entreprise,” dit-elle. 

En fait, la manière de penser le budget d’un Etat diffère de celui d’une entreprise, argue Yousfi en soulignant la nécessité de mettre en avant les attentes locales de la population pour la prise de décision. 

La spécialiste a d’autre part pointé du doigt les élites politiques et économiques et les a accusés d’être les responsables de la crise actuelle. Ces derniers n’ont pas trouvé, selon elle, une stratégie claire pour relancer l’économie nationale.

Pour Yousfi, le gouvernement Chahed a choisi de se soumettre et se conformer aux injonctions économiques des bailleurs de fonds. “C’est son choix, ce n’est pas une tension”martèle-t-elle, et ce malgré l’espoir d’émancipation économique et politique qu’il a pu susciter auprès des Tunisiens.

 

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