TUNISIE
20/09/2019 16h:05 CET

Youssef Chahed évoque sa peur du modèle social porté par le projet de Kais Saied et appelle Zbidi à l'union

A propos de Zbidi: “Je l’appelle à se mettre autour d’une table pour entrer dans la course aux législatives en rang uni. Cette famille politique doit être représentée au parlement"

Le chef du gouvernement et candidat malheureux au premier tour de l’élection présidentielle Youssef Chahed était l’invité, vendredi, de la radio Mosaïque FM. Il en a profité pour revenir sur plusieurs sujets. Voici ce qu’il faut retenir. 

Tout la classe politique a été sanctionnée 

“La sanction a eu lieu contre toute la classe politique, celle au pouvoir mais aussi l’opposition (...) Les partis qualifiés comme faisant partie du ‘système’ n’ont pas dépassé les 30%” a affirmé Youssef Chahed estimant que le discours politique était très loin des préoccupations des citoyens à cause des tensions politiques: “Cela a fait en sorte que le citoyen aille sanctionner ce système politique” dit-il.

“Nous sommes des êtres humains, nous avons réussi certaines choses et avons échoué dans d’autres comme par exemple avec les jeunes pour lesquels nous n’avons pas su présenter de vision, de projet. Idem au niveau social, où nos priorités ont dû changer à cause de la lutte contre le terrorisme, et nous n’avons pas fait suffisamment de choses” analyse-t-il déplorant également une diabolisation contre le système en place.

“Il y a eu aussi une diabolisation du système de grande ampleur sous couvert électoral de la part de certains médias (...) On n’a pas dit de moi que j’allais truquer les élections? Que j’étais un dictateur? Que j’utilisais l’argent de l’Etat? Je suis arrivé 5ème. Est-ce qu’il y a quelqu’un qui utilise les moyens de l’Etat et arrive 5ème?!” fustige-t-il avant de poursuivre: “Cette diabolisation a été mauvaise. Punissez Youssef Chahed et son gouvernement, mais ne punissez pas la Tunisie, l’Etat tunisien en envoyant le pays vers l’inconnu”.

L’appel à Abdelkrim Zbidi

 

Afin de palier aux résultats du premier tour de l’élection présidentielle, le président du parti Tahya Tounes appelle à l’unification de la famille politique moderniste appelant notamment le ministre de la Défense Abdelkrim Zbidi, arrivé 4ème lors du premier tour, à la table des discussions.

“Il y a des discussions. Je considère que ce qui s’est passé n’est pas bon pour tous les Tunisiens et l’est encore moins pour notre famille politique (...) Nous sommes allés à l’élection en rang dispersé. Nous devons tous prendre nos responsabilités” analyse Chahed avant de lancer son appel: “J’appelle Abdelkrim Zbidi, malgré les propos dangereux qu’il a tenu à mon encontre que je vais faire semblant de ne pas avoir écouté, de venir s’installer avec nous autour d’une table pour oublier nos différends afin de sauver notre pays, de nous unir”.

“Tout le monde est le bienvenu mais aujourd’hui je l’appelle lui personnellement pour montrer que mon égo personnel m’est indifférent par rapport à l’intérêt du pays” a-t-il clarifié.

Cet appel est utile selon lui afin que la famille progressiste puisse continuer d’avoir un poids dans la futur assemblée: “Je l’appelle à se mettre autour d’une table pour entrer dans la course aux législatives en rang uni. Cette famille politique doit être représentée au parlement. Il ne faut pas que les voix soient dispersées comme ça a pu être le cas lors de la présidentielle. Nous avons une chance de pouvoir aller aux législatives tous ensemble pour sauver la Tunisie et pour avoir un bloc parlementaire qui puisse équilibrer les choses (...) Cela passe par le fait de laisser nos égos de côté”.

Le modèle social proposé par les personnes autour de Kais Saied fait peur

 

Interrogé sur Kais Saied, arrivé en tête du premier tour du scrutin présidentielle, Youssef Chahed affirme ne pas avoir de réserves sur la personnes mais plutôt sur son entourage.

“Nous ne connaissons pas le candidat Kais Saied. Comme tout le monde, nous avons vu la personne, nous considérons que c’est un homme de droit, de confiance mais nous ne connaissons pas son entourage” décrit-il affirmant voir autour de lui des personnes qui attisent certaines craintes sur le modèle social tunisien.

“Quand je vois des gens qui le soutiennent qui ont une vision différente du terrorisme de la notre, qui veulent enlever l’état d’urgence pour qu’il ne soit plus utilisé pour arrêter les terroristes. Si ces gens là gagnent et font sortir les 300 terroristes arrêtés grâce à la loi sur l’état d’urgence, moi ça me fait peur, car ça va changer le modèle social tunisien” déclare-t-il.

“Ces gens-là ont aussi une tendance à aller vers le clash vis-à-vis de l’étranger, notamment par rapport à l’Union Européenne. S’ils mettent en danger les relations maintenant, comment vont-ils exporter l’huile d’olive? Comment vont-ils ramener 4 à 5 millions de touristes?” s’interroge Youssef Chahed avant de continuer: “Cette tendance se traduit aussi vis-à-vis des bailleurs de fonds, qui aident la Tunisie. Là, moi, ça me fait peur car comment vont-ils payer les salaires ou les retraites l’année prochaine?”.

“Ce modèle me fait peur pour l’avenir de mon pays (...) Mais heureusement qu’il y a un espoir avec les élections législatives, parce que le pouvoir est au Bardo et à la Kasbah” dit-il.

Youssef Chahed contredit Slim Riahi

Interrogé sur les propos tenus par Slim Riahi sur la chaine El Hiwar Ettounsi, qui avait accusé Youssef Chahed de plusieurs maux, celui-ci dément a peu près tout les propos de l’ancien président de l’UPL.

Pour le chef du gouvernement, il n’y a jamais eu de pacte avec Slim Riahi pour lever son interdiction de voyage, niant lui avoir envoyé un message de la sorte.

Ennhahda? Un héritage de Béji Caid Essebsi

Concernant ses liens avec le parti Ennahdha, dont on dit qu’il aurait pu être l’oiseau rare pour ces élections ou un allié stratégique, Youssef Chahed affirme qu’il n’existe aucun “plan stratégique” avec Ennahdha affirmant que celle-ci est un héritage qu’il a obtenu de Béji Caid Essebsi lors de son arrivée au pouvoir.

Il a en outre estimé qu’Ennahdha est une composante essentielle de la scène politique et parlementaire tunisienne et que par conséquent, il est impossible pour tout gouvernement de pouvoir exister et exercer ses prérogatives sans lui.

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