TUNISIE
22/07/2019 13h:18 CET | Actualisé 22/07/2019 13h:19 CET

Youssef Chahed a-t-il reconnu son parcours politique dans certains passages de la chanson "Guérilla" de Soolking?

Le chef du gouvernement a fait référence à "Guérilla" de Soolking...certains passages de la chanson de Soolking peuvent expliquer pourquoi...

Si le chef du gouvernement a tweeté qu’il “chante l’amour au milieu de cette guérilla” faisant référence au célèbre tube du rappeur algérien Soolking, présent dimanche sur la scène du Festival International de Carthage, sous le regard de Youssef Chahed lui-même, quels messages à travers certains passages de la chanson souhaitait-il faire passer?

Car si la chanson de Soolking n’est pas ce que l’on peut qualifier d’une chanson à texte, certains passages renvoient à une réalité qu’a vécu le chef du gouvernement depuis sa nomination.

Un refrain inspiré de...Che Guevara

Expliquant l’origine de son tube, Soolking affirme qu’au départ au lieu de “Guérilla”, il chantait “Maria” en référence à une amie “Marine” présente dans la voiture quand avec son groupe, il réalise l’instrumental de la chanson,

Rentrant chez lui, il décide de rédiger des couplets qui l’emmènent vers “un autre sujet que les filles”.

Il s’est donc inspiré du morceau “Hasta Siempre” de Carlos Puebla qui glorifiait le rôle joué par Ernesto Che Guevara dans la révolution cubaine, sachant que les paroles de la chanson ne contiennent à aucun moment le mot “Guérilla”.

 

Un amour inconditionnel à son pays: L’Algérie 

Avant de devenir une star en France, Soolking avait remporter l’émission “Incroyable talent” en Algérie et était vite devenue la coqueluche de tout un pays, d’abord avec son groupe Africa Jungle puis en solo.

Parti en France en 2014, et malgré les galères, il est invité dans l’émission “Planète Rap” sur Skyrock pour chanter “Guérilla”. Plus de 220 millions de vues, un titre qui cartonne. 

“Il y a eu une explosion du nombre de messages alors qu’il n’avait même pas fini son titre, j’ai compris qu’il se passait quelque chose”, raconte Fred Musa, l’animateur de l’émission au Parisien. “Il était déjà très identifié en Algérie, mais son succès est allé bien au-delà depuis”.

Amoureux de son pays à qui il fait référence dans toutes ses chansons, il devient même l’icône du mouvement de protestation algérien qui fait de sa chanson “Liberté”, un hymne.

“Pas de message politique”

Si “Guérilla” a cartonné, elle a aussi été critiquée pour de supposés messages politiques que celle-ci enverrait avec notamment des références à Kadhafi ou encore à une guerre des classes.

Interrogé par Libération, Soolking se défend et relativise toute dimension politique de son titre, rappelant une nouvelle fois que la chanson était initialement destinée à “sa pote Marine” et qu’elle devait s’appeler “Maria” et non “Guérilla”.

Quels messages politiques Youssef Chahed envoie-t-il avec la référence à cette chanson?

Si en tweetant “Je chante l’amour au milieu de cette guérilla”, le chef du gouvernement fait référence à la “guérilla” politique qui a lieu actuellement autour de la question de l’amendement de la loi électorale que le président de la République a refusé de signer et de promulguer.

Cela peut aussi faire référence à la “guerre” contre la corruption qu’il avait initié au début de son mandat avec l’arrestation de certaines personnalités publiques et de certains contrebandiers. 

Cependant d’autres passages de la chanson ont surement dû aussi parler au chef du gouvernement.

-J’reviens de très très loin, tellement loin presque de chez les morts

Les parties signataires de l’Accord de Carthage mettant en place un gouvernement d’Union nationale avaient laissé planer le doute quant à l’avenir du gouvernement Chahed en début d’année dernière, faisant même dire au porte-parole du Front populaire que “Youssef Chahed était fini politiquement”. Si Nidaa Tounes et Hafedh Caid Essebsi souhaitaient un remaniement “en profondeur” après les élections municipales, Ennahdha et Rached Ghannouchi étaient restés flous.

Au niveau du patronat, Samir Majoul avait demandé à ce qu’un gouvernement de compétences apolitiques dirigent le pays jusqu’aux prochaines élections de 2019. Quant à l’UGTT, son secrétaire-général Noureddine Taboubi, n’avait pas laissé planer le doute demandant un remaniement ministériel complet suite aux travaux de la commission créé pour fixer les nouvelles priorités du signataires de l’accord de Carthage, accord qui sera suspendu par le président de la République faute de consensus sur l’avenir de Youssef Chahed à la tête du gouvernement, après avoir tenu en haleine les Tunisiens pendant plusieurs mois.

La demande de son départ avait été faite par Hafedh Caid Essebsi mais refusée par certains signataires dont notamment Ennahdha. Réunis sous la houlette du fils du président de la République, l’idée d’une motion de censure contre le chef du gouvernement avait notamment été évoquée.

Menacé, il a pu tout de même rester à la tête du gouvernement, taclant au passage Hafedh Caid Essebsi .

-“Ma3lich, c’était écrit qu’on devait souffrir plus que les autres
Mais les autres et leurs fils ils nous ont tout pris”:

“Les dirigeants de Nidaa Tounes, et à leur tête Hafedh Caid Essebsi, ont détruit le parti. Cela est même devenu une menace pour les institutions publiques” avait-il affirmé lors d’une interview après la décision du gel de son adhésion à Nidaa Tounes.

“Nidaa Tounes ne ressemble plus au parti auquel j’avais adhéré. Ses dirigeants, et à leur tête Hafedh Caid Essebsi l’ont détruit et ont poussé plusieurs compétences à quitter le parti, qui n’a cessé d’enchaîner les défaites aux élections, aussi bien les législatives partielles de l’Allemagne, que les élections municipales” a-t-il déclaré, ajoutant que “les structures du parti se sont toutes effritées, et qu’il est grand temps de le réformer et lui rendre sa position sur la scène politique.

“Pourquoi je parle de Nidaa Tounes aujourd’hui? Parce que les tensions au sein du parti touchent désormais les institutions publiques et menacent le travail du gouvernement” a-t-il ajouté, pointant encore une fois du doigt les dirigeants actuels du parti, les qualifiant d’ “obstacle à la bonne marche du pays”.

S’il lorgnait la tête du parti à un moment donné, la guerre déclaré avec Hafedh Caid Essebsi l’empêcha de s’en emparer après moult rebondissements.

Par ailleurs, dans un contexte où certaines rumeurs parlent d’un état de santé fragile du Président de la République Béji Caid Essebsi après son hospitalisation en juin dernier et une mainmise de son fils et de ses conseillers sur le Palais de Carthage, ce passage de la chanson de Soolking pourrait être un autre message politique adressé par le chef du gouvernement concernant l’amendement de la loi électorale.

-J’suis plus là, si tu me cherches j’suis plus là:

Attaqué lors de cet épisode, le chef du gouvernement avait choisi de se terrer dans le silence, une posture qu’il a choisi d’adopter à chaque fois qu’il est ciblé.

Alors que tout le monde attendait sa réaction après les différentes réunions des signataires de l’Accord de Carthage sur une nouvelle feuille de route pour le gouvernement, il n’était sorti de son silence qu’après la suspension de l’accord soit près de 3 mois après les débuts des rumeurs sur son éventuelle éviction.

“J’ai préféré ne pas intervenir, mais lorsque les discussions du Document de Carthage 2 ont été suspendues, j’ai décidé de parler et de m’adresser aux Tunisiens” avait-il expliqué.

Idem lorsque le comité exécutif de Nidaa Tounes lui avait envoyé un questionnaire avant de geler son adhésion au parti. Il avait alors préféré le silence.

“Si tu me cherches j’suis plus là”!

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.