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30/05/2018 12h:59 CET | Actualisé 30/05/2018 12h:59 CET

Youssef Chahed a-t-il fait le bon choix?

Youssef Chahed s’est trouvé devant un choix cornélien: claquer la porte en dénonçant tous les responsables de la crise (...) ou rester, malgré le désaveu de tous les protagonistes du processus de Carthage

AFP Contributor via Getty Images

Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, est sorti de son silence le soir du mardi 29 mai 2018, après la suspension du processus du pacte de Carthage.

Lâché par son parti Nidaa Tounes, auquel il a réaffirmé son attachement tout en disant que “Hafedh Caid Essebsi l’a détruit et a poussé plusieurs dirigeants vers la démission” et qu’il “perdu du terrain à l’ARP et (…) près d’un million de voix aux dernières élections municipales”, il ne dit rien des autres partenaires de ce pacte qui réclament son départ, ni du silence du Président de la République par rapport au conflit qui l’oppose à son fils, ni encore des conditions que pose Ennahda pour son maintien.

N’évoquer que la responsabilité de Hafedh Caïd Essebsi, directeur exécutif auto-proclamé de son parti, dans la crise qui paralyse le pays en occultant la responsabilité de tous les autres partenaires du “Pacte de Carthage”, est-il de nature à lui assurer les soutiens nécessaires pour continuer à gouverner et à envisager un avenir politique? Les partisans de Hafed Caïd Essebsi sont-ils les seuls à vouloir “faire tomber le gouvernement pour que la corruption reprenne ses quartiers”? Le bilan de son gouvernement qui “malgré une période relativement courte, a réalisé plusieurs réussites, notamment sur le plan sécuritaire, le retour des investissements et de la croissance économique”, suffit-il pour justifier son choix de rester alors qu’il est lâché par tout le monde, à l’exception d’Ennahda qui ne le soutient que pour apparaître comme le seul parti responsable sur lequel on peut compter pour garantir la stabilité nécessaire pour sortir le pays de la crise? Sur qui va-t-il s’appuyer pour éviter l’instabilité qui “peut coûter cher à la Tunisie”, et pour inviter “les partenaires sociaux à se réunir (…) pour dépasser les difficultés” et parvenir au consensus “requis (…) afin d’appliquer les réformes et de redonner espoir aux tunisiens”?

Après la fin en queue de poisson du processus du pacte de Carthage 2, Youssef Chahed s’est trouvé devant un choix cornélien: claquer la porte en dénonçant tous les responsables de la crise - y compris et surtout le Président de la République dont l’alliance avec Ghannouchi est à l’origine de tous les blocages -, sans savoir quel sera son avenir politique ; ou rester, malgré le désaveu de tous les protagonistes du processus de Carthage, à l’exception du mouvement Ennahda qui ne l’a soutenu qu’à le demande des parrains de “l’accord des vieux” et qui le lâchera aussitôt que ses intérêts l’exigeront.

Sa décision de se maintenir, pour ne pas fuir “les responsabilités qui sont les” siennes alors que le pays “est en train de négocier avec les institutions internationales”, le condamne à devenir l’otage d’Ennahda qui ne manquera pas de mettre à profit son isolement pour lui imposer ses conditions humiliantes (interdiction pour lui de se présenter aux prochaines élections, nomination de nouveaux conseillers à la Casbah aux ordres de Ghannouchi, voire un remaniement ministériel qui lui serait plus favorable). En faisant ce choix, il s’est condamné à disparaître du paysage politique aussitôt que Ghannouchi l’aura jeté comme il l’avait fait pour Ben Jaafar, Marzouki et bien d’autres. Il n’est pas sûr que ce soit là le meilleur choix, ni pour lui, ni pour le pays. Le seul gagnant dans cette tragicomédie est, encore une fois, Ghannouchi et son parti.

 

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