ALGÉRIE
11/08/2019 11h:32 CET

Yémen: la coalition menée par Ryad frappe des séparatistes accusés de "coup d'Etat"

- via Getty Images

La coalition menée par l’Arabie saoudite qui soutient le président yéménite, a frappé dimanche des séparatistes s’étant emparé la veille du palais présidentiel dans la grande ville du sud Aden, le Yémen s’enfonçant dans une guerre de plus en plus complexe.

Les séparatistes luttant pour une indépendance du sud du Yémen ont pris samedi trois casernes et le palais présidentiel à Aden ―vide puisque le chef de l’Etat Abd Rabbo Mansour Hadi vit à Ryad―, le gouvernement du Yémen dénonçant un “coup d’Etat”. 

 

La prise du palais n’en demeure pas moins symbolique, Aden étant la capitale provisoire depuis que les Houthis, des rebelles issus du Nord, se sont emparés de vastes portions du territoire dont la capitale historique Sanaa. 

 

La coalition militaire menée par les Saoudiens a appelé le Conseil de transition du sud (STC) ―représentant les séparatistes sudistes― à “se retirer immédiatement et complètement des positions prises par la force” sous peine de nouvelles frappes. 

Depuis plus de cinq ans, la guerre au Yémen oppose des forces progouvernementales appuyés militairement par une coalition menée par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis aux rebelles Houthis soutenus par l’Iran. 

Mais depuis mercredi, des affrontements meurtriers ont éclaté au sein du camp anti-Houthis, opposant les séparatistes du Sud aux unités du gouvernement yéménite et culminant avec la prise du palais présidentiel à Aden. 

Les circonstances du déclenchement des hostilités restent confuses, mais des responsables séparatistes ont accusé le parti islamiste Al-Islah d’avoir tué un commandant de la force “Cordon de sécurité” qui soutient leur cause. Or, selon eux, Al-Islah a infiltré le gouvernement du président Hadi. 

Préserver l’unité” 

Selon des habitants, la situation était toutefois calme dimanche à Aden, premier jour de la fête musulmane de l’Aïd al-Adha, après des frappes contre les camps de Bader et Jabel Hadid tenus par les séparatistes. 

Dans un tweet, le vice-ministre saoudien de la Défense, Khaled ben Salmane, l’un des fils du roi, a réaffirmé le soutien de Ryad au “gouvernement légitime du Yémen” et a souligné la nécessité de “préserver l’unité et la stabilité” de ce pays.  

Le Yémen du Sud était un Etat indépendant jusqu’en 1990. Dans le sud, existe toujours un fort ressentiment contre les Yéménites originaires du Nord, accusés d’avoir imposé par la force l’unification du pays. 

Les affrontements meurtriers à Aden ont mis à nu des divisions entre les deux piliers de la coalition soutenant le gouvernement yéménite: l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. 

Le ministère yéménite des Affaires étrangères a accusé les Emirats d’être “responsables du coup d’Etat” des séparatistes à Aden. Ce pays a formé la force “Cordon de sécurité” directement impliquée dans la prise des casernes et du palais présidentiel. 

Nous demandons aux Emirats d’immédiatement cesser leur soutien matériel et militaire aux groupes qui se sont rebellés contre l’Etat”, a-t-il déclaré.  

La coalition a quant à elle appelé à une “réunion d’urgence” des parties en conflit en Arabie saoudite, soutien du président Hadi. 

Appels au dialogue 

Dimanche, le Conseil de transition du sud (STC) a indiqué qu’il se “félicite de l’invitation des frères d’Arabie saoudite” assurant être disposé au dialogue. 

Mais son vice-président Hani ben Breik a déclaré, dans le sermon de l’Aïd, que son organisme n’était pas “prêt à négocier sous la menace”.  

Le gouvernement yéménite a aussi dit soutenir la perspective d’une réunion dans le royaume saoudien. 

Les combats à Aden entre éléments séparatistes du “Cordon de sécurité” et troupes du gouvernement, ont fait au moins 18 morts -combattants et civils-, selon des médecins et des sources de sécurité. 

Le chef du Comité international de la Croix-Rouge au Yémen, Franz Rauchenstein, a appelé toutes les parties à tenir “les civils et les zones d’habitation” à l’écart des confrontations. 

Selon Médecins sans frontières (MSF), 119 blessés ont été soignées en moins de 24 heures dans un hôpital d’Aden que cette ONG dirige. 

La guerre au Yémen a déjà fait des dizaines de milliers de morts et engendré la pire crise humanitaire au monde selon l’ONU. 

Dans un communiqué relayé par son porte-parole, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a appelé à une cessation des hostilités à Aden et un dialogue entre les parties pour “traiter les sujets légitimes concernant tous les Yéménites”. 

Ce n’est pas la première fois que les séparatistes du Sud s’opposent aux unités loyales au président Hadi.En janvier 2018, des combats entre eux avaient fait au moins 38 morts. 

 

Le Yémen est à présent confronté au risque d’une “guerre civile dans la guerre civile”, a estimé le centre de réflexion sur les conflits International Crisis Group (ICG).