ALGÉRIE
11/08/2019 14h:23 CET | Actualisé 11/08/2019 14h:55 CET

“Ya essahafa ya echiyatine”: au “Hirak” les TV privées ont très mauvaise presse

“Ya essahafa ya echiyatine”,c’est devenu un des slogans qui revient désormais à chaque manifestation du vendredi. Il a même tendance à prendre de l’ampleur. Les Tv privées offshore en sont la principale cible.

Ghada Hamrouche pour le HuffPost Algérie

Ses journalistes et cameramen étant régulièrement chassés par les manifestants, une chaîne de TV privée - que l’on nommera pas - a loué un appartement au niveau supérieur d’un immeuble de la rue Didouche. Elle pouvait ainsi se mettre en l’abri de la vindicte des manifestants tout en pouvant filmer d’en haut les marches du vendredi et du mardi. Mais les manifestants ont vu les caméras d’en haut de l’immeuble et le “sahafa ya cheyatine” devient phénoménal quand ils arrivent à sa hauteur.

 

 Vendredi dernier, la chorale anti-presse était si forte que le cameraman s’est empressé de se retirer du balcon d’où il filmait.  Et “filmer” ne veut pas dire assurer une “couverture”. C’est une des raisons de la “mauvaise presse” qu’ont les Tv auprès des manifestants: ils filment les manifestations mais n’en parlent pas - ou très peu - dans leur bulletins d’informations. Largement associées à la campagne du cinquième mandat de Bouteflika, les TV privées se sont ralliées sans coup férir, “comme un seul homme” à la logique de son tombeur.

La couverture du hirak est devenue insignifiante et des débats, à sens unique, sont organisés pour dénoncer son “infiltration” ou pour signifier qu’il est “fini”. Une gestion de l’information qui est restée la même que sous Bouteflika, et qui continue de la même manière sans lui. 

La différence est que de très nombreux Algériens sortent dans la rue, filment eux-mêmes les manifestations et les diffusent sur les réseaux sociaux qui sont devenus de vrais contre-médias. Le décalage entre ceux que les Algériens vivent et observent et la couverture absente - ou déformée - qu’en font les TV offshore a aggravé le ressentiment à leur égard. Un universitaire très critique à leur égard en fait le constat: “les TV offshore apportent par leur pratique la preuve qu’elles font totalement partie du système de pouvoir. Elles sont dans la propagande, elles ne sont pas dans l’information”.