ALGÉRIE
08/02/2019 13h:59 CET | Actualisé 09/02/2019 09h:14 CET

Wassyla Tamzali: "les ateliers sauvages, sont l’aboutissement d’un chemin intérieur en espérant que ça ait du sens pour les autres"

Cette “vie des ateliers”, Wassyla Tamzali, propriétaire des lieux, va la raconter autour d’un livre intitulé “le temps de préparer une autre question”.

HuffPost Algérie

“Les ateliers sauvages”, cet espace d’art contemporain, a été depuis leur création en 2016, un tremplin pour la culture. Un lieu fédérateur qui a réussi au long de ses trois années d’existence à créer une “communauté d’idées”, née des nombreuses résidences d’artistes, expositions, conférences, et bien d’autres rencontres.

Cette “vie des ateliers”, Wassyla Tamzali, propriétaire des lieux, va la raconter autour d’un livre intitulé “le temps de préparer une autre question”.

“Un livre qui brasserait l’art, Alger, la politique, les artistes, les amis. Un livre qui raconterait mon expérience aux Ateliers. Il faut que ce livre ressemble à une boîte fétichiste, comme celles où les gens conservent leur souvenir. C’est ainsi que je vois le livre sur les ateliers sauvages”, confie Mme Tamzali.

Cet ouvrage qui sortira éminemment a été présenté au public pour la première fois lors de l’exposition “123” montée à l’occasion de la nuit des idées.

“Pour la réalisation du livre sur les ateliers, je travaille avec Hicham Merouche qui s’occupe de son design. Pour l’annonce de sa parution, nous avons décidé de l’exposer en faisant un tirage particulier, des fragments de textes et de conversations sur la réalisation du livre avec Hicham qu’on a accroché au mur de cette pièce”, précise Wassyla Tamzali.

Le livre des ateliers s’ouvrira par une conversation entre Wassyla et Hicham sûr comment sera réalisé le livre. Elle explique que cette conversation va traverser tout le livre. Pour elle, ce livre sera comme une œuvre d’art contemporain. C’est tout le processus de la pensée qui mène au produit fini.

Un élan du cœur

L’aventure des ateliers sauvages commence par une exposition privée que Wassyla a organisée chez elle en 2015. Sa nièce l’artiste peintre Fella Tamzali Tahari, lui demande au détour d’une conversation “et si tu t’occupais de mes amis”.

Attentive à cette demande, Wassyla Tamzali va acheter des œuvres à deux de ses amis et mieux encore elle va organiser une exposition privée chez elle.

“Dans cette maison, j’ai exposé une soixantaine d’œuvres de cinq artistes, ami et connaissance de Fella. Pendant trois jours, il y avait en permanence plus d’une centaine de personnes. Ce que j’ai retenu de cet évènement est la réaction du public qui découvrait une autre peinture algérienne”.

Tout comme les invités de cette première exposition privée, Mme Tamzali découvrait ces jeunes artistes et particulièrement les conditions dans lesquelles ils pratiquaient leur art.

Ces artistes, au talent confirmé, manquaient de beaucoup de moyens pour s’épanouir dans leur art, déplorent Wassyla Tamzali.

“Pendant l’exposition chez moi, mon ami Slim Otmani, propose de me prêter un local à lui situé à Alger-Centre pour ce genre d’initiative et éventuellement me le vendre. L’idée ne m’a pas particulièrement interpellé mais je suis revenue vers lui plus tard car un artiste cherchait un espace pour une grande exposition”, se souvient-elle.

Lorsque Wassyla Tamzali découvre la structure pour la première fois, celle-ci ne payait pas de mine, et ne montrait pas spécialement son potentiel si ce n’est son emplacement stratégique au cœur d’Alger, au 43 rue Didouche Mourad.

Fermé depuis 12 ans, ce lieu était anonyme, recouvert de béton, de plâtre et de faux-plafond. Il était grand mais ne semblait pas avoir une identité particulière, mais Wassyla décide quand même de l’acheter, l’objectif  était de le mettre à la disposition des artistes pour qu’ils puissent travailler.

“Les chantiers de l’art”

Après l’achat de la structure, Wassyla entame de grands travaux, en faisant appel aux compétences de l’Architecte-designer Feriel Gasmi Issiakhem, le maitre d’oeuvre à la qualité rare de “savoir-faire”.

La première phase de sa réhabilitation pour en faire un espace d’art, a été de mettre à nu cette structure, en enlevant le plâtre qui habillait les murs et le faux-plafond. Avant d’entamer la suite des travaux, Wassyla décide d’organiser la première exposition des ateliers sauvages pour le grand public qu’elle baptise “les chantiers de l’art”.

“Pendant un mois, cinq artistes en résidence ont réalisé différentes œuvres contemporaines que nous avons exposées pendant une journée pour ensuite tout détruire et reprendre les travaux”, précise Mme Tamzali.

Cette première exposition d’installation et performance, a été pour les artistes participants, selon Wassyla Tamzali, un réel voyage initiatique pour eux car ça leur a donné la mesure de leur talent dans un grand espace”.

Depuis cette première exposition les ateliers sauvages ont été, pour les artistes, un lieu de création, et pour le grand public un espace de découverte de l’art contemporain, d’échanges et de réflexion.

“Tout ce que je fais aujourd’hui, je le fais comme l’aboutissement d’un chemin intérieur en espérant que ça ait du sens pour les autres. Je suis sortie du discours de réclamation qui critique les pouvoirs en place. Je préfère donner des contre-exemples, et les ateliers sauvages le démontrent pleinement”, assure Wassyla Tamzali.