MAROC
31/10/2018 16h:04 CET

Washington presse Riyad de mettre fin à la guerre au Yemen

Le secrétaire d'État à la défense impose un ultimatum de 30 jours pour mener des négociations.

The Independent

INTERNATIONAL -  Les autorités américaines ont demandé, mardi soir, à la coalition menée par l’Arabie saoudite de stopper ses bombardements au Yemen et de mener des négociations sous trente jours pour mettre fin à la guerre. Une fermeté inattendue qui intervient après le scandale de l’affaire Khashoggi et qui marque un tournant dans les relations entre Washington et Riyad, fidèles alliés. 

L’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi semble ainsi secouer la conscience de la communauté internationale et alerter sur les agissements de l’Arabie saoudite au Yemen qu’elle bombarde, y causant ainsi la plus grosse catastrophe humanitaire en cours, selon les Nations unies. 

Depuis, l’administration de Donald Trump est sous pression du Congrès américain pour prendre ses distances avec l’Arabie saoudite. “Nous voulons voir tout le monde autour d’une table de négociations sur la base d’un cessez-le-feu”, a déclaré Jim Mattis, secrétaire américain à la défense, au cours d’une conférence à Washington mardi 30 octobre. “Nous devons faire ça d’ici 30 jours (...) et je pense que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont prêts”, a ajouté le chef du Pentagone qui a rencontré plusieurs dirigeants arabes le week-end dernier en marge du “Dialogue de Manama”, une conférence sur la sécurité organisée à Bahrein, indique l’AFP

Même son de cloche chez le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo qui a demandé, mardi soir, à la coalition menée par l’Arabie saoudite d’arrêter les bombardements dans les zones habitées du Yémen. Il a par ailleurs ordonné aux rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, de ne plus lancer de missiles contre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Paris sort de son silence 

Invitée mardi matin sur la chaine d’informations française BMF-TV, la ministre française des armées, Florence Parly, a changé de ton et rompu avec la position jusque-là ambiguë de la France sur ce conflit. L’intervention de la coalition régionale menée par l’Arabie saoudite contre les rebelles houthistes au Yémen était “sans issue”, a-t-elle déclarée. “Il est plus que temps [qu’elle cesse]”.

Ces déclarations de la chef des armées interviennent quelques jours après celles du président français Emmanuel Macron qui avait rappelé que Paris avait “demandé des gages et de la clarté sur le conflit au Yémen, où nous sommes très attachés aux règles humanitaires”, précise Le Monde. Pour Florence Parly, il est évident que cette “crise humanitaire comme on n’en a jamais vue” est voulu par le prince héritier Mohammed Ben Salman. 

Pour rappel, la guerre au Yémen oppose des forces pro-gouvernementales aux Houthis, des rebelles soutenus par l’Iran et qui se sont emparés en 2014 et 2015 de vastes régions du pays, dont la capitale Sanaa. En mars 2015, une coalition sous commandement saoudien est intervenue militairement au Yémen en soutien aux forces pro-gouvernementales. Le conflit a fait quelque 10.000 morts, toujours selon les chiffres de  l’ONU et provoqué une famine sans précédent qui décime la population. 

Une catastrophe humanitaire sans précédent 

“La situation humanitaire au Yémen est la pire au monde: 75% de la population, soit 22 millions de personnes, a besoin d’une aide et de protection, dont 8,4 millions sont en situation d’insécurité alimentaire grave et dépendent d’un apport en nourriture urgent” avait déclaré Mark Lowcock, le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les affaires humanitaires dans une note interne du 18 octobre consultée par l’AFP. 

Le 27 octobre dernier, la photo d’une fillette squelettique allongée sur un lit d’hôpital faisait la “une” du New York Times. Le corps rachitique et le regard absent, Amal Hussain, 7 ans, est, selon l’ONG britannique Save the Children, l’un des cinq millions d’enfants yéménites victimes de la famine provoquée par la guerre. En publiant dans un reportage cette photo, parmi d’autres tout aussi difficile à regarder, le New York Times suscite une prise de conscience jusque-là inédite dans les médias depuis le début du conflit. 

“Les images que nous avons publiées sur la situation au Yémen peuvent être aussi troublantes que ce que nous avons utilisé auparavant. Mais il y a une raison pour laquelle nous avons pris cette décision”, a tweeté le média américain.

“Ces images révèlent l’horreur qu’est le Yémen aujourd’hui. Vous pouvez choisir de détourner le regard. Mais nous avons estimé que cette décision vous appartenait”, peut-on lire dans la tribune qui accompagne l’article et explique la démarche du journal. “L’assassinat d’un seul homme a davantage attiré l’attention de la planète que la catastrophe en cours au Yémen”, ont déploré le journaliste Eric Nagourney et Michael Slackman, rédacteur en chef des pages internationales du New York Times.