ALGÉRIE
09/11/2019 10h:31 CET

"Wardi" ouvre le 10ème FICA à Alger : L'espoir d'un certain retour

Wardi/scènes du film
Wardi ou le rêve droit du retour

La 10ème édition du Festival international du cinéma d’Alger (FICA) a été officiellement lancée, jeudi 7 novembre au soir, à la salle Ibn Zeydoun, à l’Office Riad El Feth, à Alger, avec le film d’animation “Wardi” ou “El Bordj” (The Tower) du norvégien Mats Grorud. Wardi, 11 ans, vit dans le camp palestinien de Bordj Al Barajineh au Liban, n’a aucune idée du pays de ses parents. Ses arrières-grands parents ont été obligés de quitter leurs terres, en Galilée, chassés par les israéliens en 1948. C’était la “nakba” (désastre). Sidi, l’arrière grand-père de Wardi, a gardé la clef de la maison, comme pour maintenir vivace l’espoir d’un retrour. Arrivé à un âge avancé, il confie la clef à Wardi, comme un devoir de transmission.  “Prends en soin”, lui dit-il. “Sidi m’a donné la clef, je crois qu’il a perdu l’espoir ”, s’inquitète Wardi en parlant avec sa grand mère. “On est rien si on ne connait pas son passé”, a soutenu Sidi. L’arrière grand père raconte qu’en quittant la terre, il a pris des graines d’un arbre fruitier. Au camp, les habitations deviennent de plus en plus hautes. S’étendre en horizontal est plus compliqué. “Les tours grimpent toujours plus haut. A chaque nouvelle génération, un autre étage. On veut se rapprocher de Dieu, mais pas comme ça”, s’indigne un commerçant du camp. Plusieurs décès ont été enregistrés ces dernières années en raison de l’effondrement des constructions dans les camps palestiniens, la surface des camps étant limitée.

 

Quatre générations dans un camp palestinien

 

Quatre générations se sont déjà succédées au camp de Bordj Al Barajineh où vivent plus de 25.000 palestiniens et rien ne semble changer au fil du temps. Curieuse, Wardi va questionner les membres de sa famille sur l’attitude du grand-parent, sur le sens du retour, sur l’espoir, sur la terre quittée de force...Elle tente de remonter le temps en essayant de comprendre avec l’inocence de l’enfance. Dans les dialogues, un curieuse phrase se glisse. “Détestez-vous ces gens là ?”, interroge Wardi à propos des israéliens. “Non. Ils nous ont tué et nous les avons tué”, répond presque avec légerté une tante de Wardi. La question est-elle réglée pour autant ? Plus de cinq millions de palestiniens vivent dans les camps de réfugiés, 71 ans après la « nakba ». Mats Grorud a vécu plus d’une année dans le camp de Bordj Al Barajineh, non loin de l’aéroport de Beyrouth, avant d’élaborer son film, saisissant par son réalisme qui se déroule comme un conte. Le réalisateur s’est appuyé également sur les souvenirs de sa mère qui a travaillé dans l’humanitaire au camp de Bordj Al Barajineh durant la guerre civile libanaise. Le cinéaste se montre prudent dans le traitement du sujet en explorant l’idée de la souffrance humaine dans les camps, le déchirement né de l’éloignement de la terre et de l’incertitude par rapport au futur. Il a fait en sorte que l’histoire soit racontée d’une manière ordinaire, sans engagement militant ni grands slogans. “L’exploration” du ciel, comme montré plusieurs fois dans le film avec les montée incessantes de Wardi vers la terrasse où son grand père a planté des fleurs, exprime cette douleur d’absence de la terre. D’où l’autre titre du film, “La tour”. Les pigeons qui volent au dessus de la terrasse symbolisent la liberté. Un camp de réfugié dans un pays étranger est également une prison à ciel ouvert. “J’avais beaucoup d’appréhensions avant la sortie du films. En Palestine, la projection a suscité des débats et beaucoup d’émotion. Le feed-back était positif. Parfois, les palestiniens sont découragés, mais il y a toujours l’espoir d’un retour vers leur terre d’origine . Les palestiniens me disent qu’ils ne veulent pas rester assis et pleurer leur sort. Ils croient à la nécessité de continuer de vivre malgré leur situation pénible et malgré la pauvreté», a souligné Mats Grorud, lors du débat qui a suivi la projection. “Wardi” Le FICA, se déroule jusqu’au 16 novembre 2019, rend hommage et a une pensée aux cinéastes et producteurs disparus cette années comme Moussa Haddad (Algérie), Néjib Ayed (Tunisie), Mohamed Hondo (Mauritanie), Jocelyne Saab (Liban), Agnès Varda (France). Le jury long métrage est présidé par le français Pierre Henri-Deleau et composé de Amina Haddad-Bedjaoui (Algérie), Luciana Castellina (Italie), Thomas Sotinel (France) et Gueorgui Balabanov(Bulgarie). Huit film sont en compétition dans la section longs métrages.