TUNISIE
12/04/2019 14h:35 CET | Actualisé 12/04/2019 21h:31 CET

"Wa mina el hobbi mè fachel" de Faten Fazaâ: Quand l'authenticité du dialecte épouse celle de la vie

Interview avec Faten Fazaâ.

couverture roman

“Wa mina el hobbi mè fachel” ( ومن الحب ما فشل ) de Faten Fazaâ , c’est 155 pages pour raconter des bouts de vie. Les personnages sont les enfants de ce pays, les héritiers de sa culture, de ses lois profanes et religieuses. Un héritage écrasant pour certains et imbriqué pour d’autres.

Derrière ces destins si ordinaires -tellement répandus- il y a des vécus et des complexités uniques à chacun. Faten Fazaâ le raconte de manière si simple, dépouillé du politiquement correct, si authentique et si fine. L’acuité des récits tourmentés contraste avec la beauté du verbe. 

Après le succès de son premier roman devenu best-seller en librairies “Asrar Aailiya”(Secrets de famille), l’écrivaine récidive avec un nouveau succès. Publié fin mars, le deuxième roman de Faten Fazaâ connait la même trajectoire que le premier.

Alors que son premier roman est autobiographique, celui là est une fiction, pas si imaginaire. “Je me suis inspirée des histoires de personnes qui m’entourent”, confie-t-elle au HuffPost Tunisie. 

Faten Fazaâ peint des images de l’époque “où les histoires d’amour sont de plus en plus complexes, tributaires de l’offre et la demande. Les femmes de plus en plus automnes et les hommes de plus en plus réfractaires à l’idée de l’engagement. Les réseaux sociaux ont facilité les contacts mais les ont fragilisé aussi. On ne patiente plus pour supporter les travers de l’autre, on est en quête permanente de la satisfaction totale, du bonheur, on ne veut plus avoir l’impression de perdre son temps, du coup on passe plus facilement d’une personne à une autre”, explique-t-elle. 

Dans son roman, il s’agit en effet de beaucoup d’amour, de soif d’un amour pur et sans contrepartie. Il s’agit aussi de tiraillements entre ce qu’on est et ce qu’on veut être et ce que la société veut que l’on soit.

Elle y évoque l’homosexualité, les mères célibataires, la trahison, la maternité, la solitude, la précarité, la violence...tout ce qui rend la vie si savoureuse et amère. 

“J’y ai mis mon vécu qui était parfois très difficile, j’y ai mis aussi mon empathie envers les autres, mon hypersensibilité et mon franc-parler”, dit-elle.

Faten Fazaâ n’écrit pas seulement pour le plaisir de l’écriture mais pour changer les choses et elle l’assume: “Je tends à orienter le lecteur, à l’éclairer. J’use de la pédagogie que j’ai exercée en travaillant comme pédagogue sociale auprès des enfants immigrés en Allemagne. Dans ce pays, on investit beaucoup sur l’humain. J’aspire à la même chose en Tunisie, je veux qu’on arrête avec les préjugés, les violences, qu’on respecte la différence, qu’on respire la liberté”, souligne-t-elle. 

Avec son dialecte fluide et orné de poésie, l’écrivaine puise aussi dans la richesse et la vivacité du dialecte tunisien. “Il y a des passages spontanés et d’autres très travaillés, ça s’apparente à la sculpture d’un diamant. Il faut de la délicatesse parce que l’écriture en dialecte n’est pas facile”, confie-t-elle. 

Fille de l’écrivain et chroniqueur Taher Fazaâ, Faten dit avoir appris de son père. Elle ne nie pas sa contribution dans son succès: “Si mon père n’avait pas une maison d’édition, je n’aurais jamais publié mes livres. J’ai vécu aussi dans un environnement où le savoir avait beaucoup de place”, confie-t-elle. Elle reprend aussitôt: “Le reste, c’est mon oeuvre, mon travail et ma personnalité”. 

Faten Fazaâ travaille sur un autre roman, qui s’intitulera “Homma el awtan” (حمى الاوطان). Elle n’écarte pas une adaptation cinématographique de ses romans, mais à condition d’avoir son mot à dire sur le choix des acteurs principaux. “Assez de la marginalisation des écrivains”, lance-t-elle. 

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