MAROC
19/02/2019 10h:43 CET

"Wa Drari", ou l'histoire de deux enfants de Safi qui ont hissé le rap marocain en haut de l'affiche

Le documentaire a réuni plus de 2 millions de téléspectateurs sur 2M.

Shayfeen/Facebook

MUSIQUE - Depuis quelques mois, les rédactions françaises s’arrachent les interviews d’un groupe de rap marocain, Shayfeen. Ce 17 février, 2M leur a consacré un documentaire réalisé par Fatim Zahra Bencherki, et diffusé dans le cadre de la série documentaire “Les Marocains du futur”, diffusée dans la case “Des Histoires et des Hommes”. Shobee et Small X ont réuni plus de 2 millions de téléspectateurs devant “Wa Drari”, titre issu du nom de leur collectif. 

Aujourd’hui, ils ont presque atteint leurs rêves. Mais quand ils regardent en arrière, rien n’a été facile. “Je veux donner de l’espoir. Dans ma vie, il n’y avait pas d’espoir”, lance ainsi Shobee. Dans ce documentaire, les mots sont crus, le duo brut de décoffrage. “Wa Drari” raconte l’histoire sans fard de ces deux enfants qui avaient des rêves, malgré tout. Le regard tourné vers l’avenir et les maux relégués au passé. Abdessamad et Chouaïb. Small X et Shobee, comme on ne les a jamais vus.

Pendant 8 mois, la réalisatrice du documentaire, Fatim Zahra Bencherki, a suivi les deux rappeurs marocains entre concerts, succès, moments de doute, incompréhension. Dans leur intimité, chez leur famille, dans leurs disputes.“Wa Drari” part ainsi à la rencontre des proches de Small X, de leur équipe, de MADD, étoile montante du rap marocain et frère de Shobee. “Avant de mourir, mon père m’a dit que mon petit-frère voulait faire du rap, et que je devais l’aider”, raconte le rappeur.

Au travers de l’épopée Shayfeen, Fatim Zahra nous raconte aussi cette jeunesse marocaine tourmentée. Qui aurait cru que ces deux gamins de Safi deviendraient les porte-drapeaux du rap marocain? La tante de Small X le dit très bien. “J’avais si peur qu’il devienne un enfant de rue”, confie-t-elle toute émue face à la réussite de son neveu. “On n’avait pas le droit à l’erreur”, ajoute Shobee.

“Je n’avais pas envie de tomber dans une fresque de société très large. Il était plus intéressant de creuser les personnages, le vécu qu’il y a derrière Shayfeen. À travers eux, il y a beaucoup de choses qui s’expriment, explique la réalisatrice au HuffPost Maroc. Ils ont vécu plusieurs phases du rap marocain. Ils vivent dans des quartiers qui représentent parfois les contradictions de la société marocaine, celle de l’ascenseur social cassé. Au niveau de la jeunesse ils réunissent et fédèrent tellement de jeunes que ce sont des personnages très intéressants pour un documentaire”.

En 2006, Abdessamad et Chouaib se rencontrent et forment leur groupe de rap. Ils donnent tout pour réussir, quitte à dormir dehors et ne plus manger. Ils n’ont qu’un seul but et ce n’est pas celui d’avoir la vie bling-bling des rappeurs que l’on connaît. Eux veulent le succès tout en partageant leur passion. Faire de leur vie la seule chose qui les anime: rapper. “La plus belle des preuves (de la réussite, ndlr), c’est quand t’es sur scène et que les gens chantent ce que tu écrivais dans ta chambre”, confie Small X. “Le partage est dans leur caractère. Ce sont deux personnes sincères et authentiques et dans le documentaire, ça ne trompe pas”, ajoute la réalisatrice.

13 ans plus tard, les voilà ici. Ils sont partis de rien, ils ont presque tout. “On est en train d’écrire l’histoire”, dit Shobee à son public pendant un concert. Shayfeen, ils l’ont fait “Ensemble, c’est tout”. “Tout au long du film, je pensais aux jeunes qui avaient des rêves, des passions et qui se demandent s’ils peuvent les réaliser. Tout ce que j’ai choisi de mettre en valeur c’est pour ces jeunes là. Ce qui est beau c’est qu’aujourd’hui, après la diffusion du documentaire, beaucoup de jeunes ont été sensibles à ce message d’espoir. C’est la philosophie de Shayfeen’, conclut Fatim Zahra Bencherki.

Le documentaire, produit par 2M et Ali’N Productions, est disponible en replay sur 2M.