TUNISIE
10/05/2019 16h:04 CET

Vue d'Italie: La candidature de l'arrière petit-fils de Mussolini aux européennes ne suscite pas d'inquiétudes

L'analyse de Gianni Del Vecchio, journaliste et directeur adjoint du HuffPost Italie.

ALBERTO PIZZOLI via Getty Images

Caio Giulio Cesare Mussolini, l’arrière petit-fils de Benito Mussolini, est candidat d’un petit parti d’extrême droite, Fratelli d’Italia pour les élections européennes.

En vue de ces élections, l’arrière petit-fils du fondateur du fascisme, est le représentant du parti post-fasciste sur la liste de la circonscription du Sud de l’Italie et commence à alimenter les discussions sur les réseaux sociaux italiens et internationaux, avec déjà plusieurs articles qui lui sont consacrés dans la presse internationale.

Qui est Caio Giulio Cesare Mussolini?

Celui qui se décrit avant tout comme “un homme venu du privé, désigné grâce à ses compétences”, “patriote mais pas du tout fasciste”, et victime d’un état civil “difficile à porter”, d’après le journal Le Monde, est né en Argentine, le pays d’accueil de son grand-père, Vittorio Mussolini, deuxième fils de Benito Mussolini, lorsqu’il fuit l’Europe en 1945 après la défaite de l’Italie et ses alliés durant la Seconde Guerre mondiale.

Il a grandi entre l’Italie et le Venezuela, et s’est ensuite engagé dans la marine italienne en tant que sous-marinier. Suite à cela, Caio Giulio Cesare est aujourd’hui en poste à Dubaï en tant que manager dans une filiale du groupe d’armement Leonardo (anciennement Finmeccanica) avec Livourne et Abou Dhabi comme ports d’attache .

Contrairement à sa cousine, Alessandra Mussolini, parlementaire, actrice, mannequin et chanteuse, Caio Mussolini lui a toujours préféré rester discret et à l’écart du grand public et du paysage politique italien. Cousine qu’il pourrait d’ailleurs retrouver à Bruxelles, en cas d’élection, puisqu’elle est eurodéputée depuis 2014, après avoir été sénatrice et députée nationale, désormais candidate sous les couleurs de Silvio Berlusconi.

En cas d’élection, Caio ferait d’une de ses priorités la suppression du Parlement européen à Strasbourg, qu’il décrit comme un “gaspillage d’argent”. 

Un héritage lourd à porter

Malgré une personnalité discrète due à un héritage de patronyme lourd, l’arrière petit-fils de Mussolini n’a jamais songé à changer son nom de famille malgré que ce soit un état civil “difficile à porter” selon ses mots. Celui qui se décrit comme “pas du tout fasciste” fait tout de même partie d’un parti post-fasciste et la campagne organisée autour de sa candidature est plus qu’ambigüe.

L’officialisation de son entrée en politique s’est faite par une photo prise en compagnie de Giorgia Meloni, la cheffe du parti, devant lePalazzo della Civiltà, un bâtiment emblématique de l’architecture fasciste.

D’après le Monde, la stratégie qui consiste à mettre en situation le récent homme politique de 50 ans avec des jeux d’allusions et de sous-entendus liés à l’ADN et l’idéologie du parti politique n’est pas anodine et serait un grand classique des mouvements d’extrême droite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

Dans une atmosphère politique italienne, où la résurgence de l’extrême droite et du fascisme est plus que d’actualité avec l’apparition de Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur et chef de la Ligue, Giorgia Meloni a compris qu’il faudrait un tour de force à Fratelli d’Italia pour exister dans la campagne européenne. Avec l’arrière petit-fils du père de l’extrême-droite et du fascisme italien dans les rangs, Fratelli d’Italia possède une belle occasion de contester et remettre en cause la suprématie de Salvini sur l’extrême droite italienne.

Cependant, selon Gianni Del Vecchio, journaliste et directeur adjoint du HuffPost Italie, le phénomène Mussolini n’est pas à prendre au sérieux et ne suscite pas d’inquiétudes: “Il a eu quelques semaines de popularité en Italie, pas plus, sur son nom de famille lorsque la liste de Fratelli d’Italia a été présentée à la presse. À ce jour, aucun média ne couvre sa campagne. C’est un phénomène médiatique qui n’est pas réel” commente-t-il.

Selon lui, “Mussolini a été utilisé par Fratelli d’Italia. Aucun doute à ce sujet. Giorgia Meloni, leader du FDI, souhaite envoyer un message à des électeurs nostalgiques et fascistes afin de voler des électeurs du parti de Salvini” ne voyant aucune chance que ce dernier siège au parlement européen: Fratelli d’Italia est un petit parti souverainiste, qui se situe aux environs de 4 à 5% d’intentions de votes. S’il n’atteint pas les 4%, il ne sera pas au Parlement européen en raison de la loi électorale italienne. Lors du dernier sondage, le parti était au mieux à 4,7%,. Dans le meilleur des cas, il n’aura que 4 sièges” explique Gianni Del Vecchio réfutant le danger que pourrait représenter une telle candidature pour la démocratie italienne de l’arrière petit-fils de Mussolini et de sa cousine Alessandra: “Alessandra Mussolini est une politicienne italienne chevronnée. Au même titre que Caio Giulio Cesare, elle a été utilisée par le parti de Berlusconi pour attirer les votes fascistes. Les deux ne représentent pas un réel danger pour la démocratie italienne. Salvini et ses liens avec le mouvement d’extrême droite sont plus dangereux. Un exemple parfait de ce que je dis: Salvini a publié un livre d’interviews avec AltaForte, un éditeur lié à CasaPound, un mouvement d’extrême droite inspiré de l’idéologie fasciste. Ce fait a généré un plus grand débat ici en Italie” que leur candidature.

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