ALGÉRIE
11/12/2015 10h:30 CET | Actualisé 11/12/2015 11h:58 CET

Sid Ahmed El-Ksouri collectionne les vieilles radios et leur donne...du son

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Dans tout métier il y a ceux qui sont mus par l’aspect mercantile et ceux qui sont mus par la passion. Sid Ahmed El-Ksouri fait, sans hésitation, partie de la deuxième catégorie.

Propriétaire d’une petite boutique de réparation de radios et de téléviseurs anciens, nichée dans une ruelle discrète de la commune de Kouba. Sid Ahmed, 65 ans, passe quatre jours par semaine dans cet atelier.

Un petite échoppe où trônent de vieilles radios, aux caisses en bois noble, acquise au cours de 30 ans de pérégrination.

"Cette boutique appartenait à mon frère, son ouverture date de l’époque coloniale. Elle avait la même vocation qu’en 1957, la réparation de téléviseurs et de poste radio qu’on appellait à l’époque des TSF mais aussi la vente d’électroménagers".

À cette époque Sid Ahmed avait 7 ans, vif d’esprit, le métier de son frère exercait sur lui une vérit attraction. "Je me souviens que dans notre maison nous avions une cave où mon frère réparait les émetteurs radio des moudjahidines. Cette pièce renfermait bien des mystères pour l’enfant que j’étais".

Plongé dans la découverte et la passion des objets anciens depuis son plus jeune âge, Sid Ahmed a marché sur les mêmes pas professionnels que son aîné. "Mon frère était excellent dans son métier, il avait fait le lycée technique, ses compétences étaient reconnues de tous à l’époque. Ça coulait de source que j’étais voué au même métier. J’ai donc poursuivis des études d’électricité , ensuite j’ai fait un CAP par correspondance afin de perfectionner mon apprentissage".

Une fois le diplôme en poche, il devient alors apprenti chez son frère. Ensemble ils déménagent dans une boutique à Alger centre pour plus de être plus visible du public.

De la réparation à la collection

La collection de notre radiophile, environne les 80 radios restaurées et en état de marche pour la plupart. Les caressant du regard, il remonte le temps. Tout a commencé pour lui, en 1972.

Sid Ahmed tient une activité de réparation toujours dans la boutique de son frère, mais il est affectueusement lié à ces radios que les clients lui apportent. "Je n’étais pas indiffèrent à la valeur de ces objets, je me dis toujours que j’ai en main ce que d’autres ont possédé autrefois. Il m’incombait donc de faire en sorte que ces radios retrouvent l’usage de son et ce n’est qu’à l’écoute des premiers crachotements émis par la radio que je suis satisfait".

Sid Ahmed savait, pertinemment, que ces belles pièces de collection allaient disparaître un jour, car à cette époque les gens commençaient à acheter des transistors, et pour certains ces anciennes radios étaient des vestiges du passé. "Cette inquiétude qui s’infiltrait en moi a été à l’origine de cet intérêt rétrospectif que je porte pour ces appareils d’antan".

Ses clients estimaient parfois que le cout de la restauration était élevé, et qu’il valait mieux s’en défaire. C’est ainsi que Sid Ahmed a débuté sa collection de veilles radios. "En 1972 une cliente m’a apporté un tourne disque Schneider des années 60, pour le restaurer. Il fallait que certaines pièces soit remplacées. Comme le coût était important, elle a préféré me le vendre".

Une première acquisition qui allait ouvrir le champ à d’autres aussi prestigieuses les unes que les autres.

Des trouvailles, au fil des brocantes et parfois des endroits improbables

L’histoire liée à la radio la plus ancienne de la collection "El-Ksouri" est assez atypique. Il s’agit d’une radio Philips à lampes des années 26, retrouvée dans un état piteux dans un fossé. "Un tas de ferraille qui ne payait pas de mine", s’en souvient encore Sid Ahmed.

"Après l’avoir nettoyée, je me suis vite rendu compte que j’avais entre les mains un objet d’une valeur inestimable.» Ce chef-d’oeuvre en péril a trouvé refuge dans l’atelier d’un grand connaisseur en 2000. Sid Ahmed estime que c’est son flair qui l’a aiguillé ce jours-là. Il avait suivi son intuition qui ne l’a pas trahie. Il a fait la découverte un trésor inestimable.

Des trésors il n’en possède pas qu’un. Mais pour être en mesure de restaurer ces œuvres, tout collectionneur-restaurateur se doit d’avoir un stock de différentes pièces. "Mon stock est constitué de composants récupérés d’épaves de postes et des lampes, qui sont les pièces maitresses de la restauration". De taille et de formes différentes les lampes ont été jusqu’à l’année 50 la technologie de base des anciennes radios, apprend-on.

L’Art et la manière de dénicher la perle rare

Notre collectionneur ne manque pas de flair. "Si sa mission s’avère parfois difficile, dans certains cas, je recours à des procédés inattendus". Sa dernière trouvaille en témoigne. "Ma dernière acquisition remonte à à peine un mois, un gramophone tournedisque 78 tours, la marque le régional, trouvée dans une brocante à Tipaza. La pièce en question ne fonctionnait pas mais il était facile de la réparer. A ma grande surprise le propriétaire ne voulait pas le vendre, il m’explique que c’était illicite en islam".

Tout influencé qu’il était par les paroles de l’imam du lieu, il considérait que la tournedisque servait à diffuser des paroles impies. Il lui demande alors de le lui donner, mais ce commerçant s’obstinait à refuser.

Le seul recours qui restait à Sid Ahmed était la ruse. "Je lui demande d’aller voir l’imam et de lui demander s’il pouvait vendre son appareil à un acheteur qui allait l’utiliser pour écouter le Coran". "Plus tard dans la journée le brocanter, m’appelle, et sur un ton rassuré il me dit que je pouvais acheter le tourne disque». C’est pas pour autant que le commerçant perd son sens des affaires. Il fixe son prix cinquante mille dinars. Mais les talents de négociateur du collectionneur lui ont permis de l’acquérier à seulement dix mille dinars.

Des œuvres en quête de reconnaissance

"Ces radios ne demandent qu’à sortir de cette petite boutique, rencontrer un grand public, raconter leurs histoires qui appartiennent à un temps révolu", affirme Sid Ahmed qui ne manque pas de préciser que pour exposer une telle collection, des fonds importants sont nécéssaires.

"Les rares fois où j’ai exposé, j’ai observé que les gens manifestaient un grand intérêt à mes radios. Connaisseurs ou simples amateurs, la valeur de ces anciens objets ne les laissaient pas indifférents".

Le souhait de Sid Ahmed est d’organiser une rétrospective de la TSF, afin d’offrir au public une véritable expérience principalement pour un public jeune. "Les nouvelles générations sont submergées par les nouvelles technologies mais beaucoup ignorent l’histoire des balbutiements des technologies qu’ils tiennent entre leurs mains".

Ce souhait, ne peut désormais, être exhaussé qu’avec le soutien d’un sponsor.

Pour la petite histoire, Sid Ahmed rappelle que la radiodiffusion a connu le jour en Algérie en 1926. «Nous somme précurseurs dans ce domaine, et c’est à la maison Colin, concessionnaire d’appareils éléctriques situé à la rue Dumonturville prés de la place du théâtre que revient cette première découverte", atteste-t-il.

C’est dire que les radios qui trônent dans son magasin racontent chacune une petite histoire. Des petite histoires qui font la grande.