22/07/2019 11h:56 CET | Actualisé 22/07/2019 11h:56 CET

Voilà pourquoi la prochaine récession risque de nous être fatale

"Il suffit de voir quelques statistiques pour s'apercevoir que la crise a déjà élu domicile au Maroc."

Youssef Boudlal / Reuters

ÉCONOMIE - Un peu plus d’une décennie s’est écoulée depuis le début de la Grande Récession de 2008, plongeant l’économie mondiale dans un ralentissement économique majeur, comme il n’en avait eu depuis la Grande Dépression de 1929. Depuis, le monde a connu une reprise lente mais constante, mais les risques demeurent toutefois apparents à chaque tournant: crise mondiale de la dette, guerres commerciales entre grandes puissances et ralentissement économique de la Chine.

Certes, la prochaine crise économique est plus proche qu’on ne le pense, mais ce qui devrait vraiment nous inquiéter, c’est ce qui va en découler. Dans le contexte social, politique et technologique actuel, une crise économique prolongée, combinée à une inégalité croissante des revenus, pourrait bien dégénérer en un conflit géopolitique mondial majeur.

Risque financier

Il est vrai qu’il est difficile de prédire l’heure exacte de la prochaine récession, néanmoins il est beaucoup plus évident de prédire sa gravité. Cela est particulièrement le cas vu le niveau excessivement élevé de la dette mondiale, des bulles spéculatives et la sous-évaluation des risques du crédit. Ces considérations, associées à l’absence d’instruments politiques adéquats pour réguler le marché, laissent présager une crise beaucoup plus grave que n’importe quelle récession passée.

Et si les actions sont un baromètre du climat des affaires, alors les marchés sont dans leur petit nuage, déconnecté de toute réalité macroéconomique. En effet, les principaux indices mondiaux sont en hausse injustifiée par rapport à la situation de l’économie réelle. A cet égard, le S&P500 vient d’inscrire un nouveau pic historique à un peu plus de 3.000 points, progressant à +350% depuis le creux de 2009… Par ailleurs, non seulement les bulles n’ont pas disparu, mais elles se sont multipliées: crypto-monnaies, actions, obligations, immobilier… Gare alors à l’éclatement simultané de ces quatre bulles!

Risque économique

Une guerre commerciale mondiale est en ébullition. De vifs échanges verbaux et l’escalade des tarifs commerciaux entre le président Trump et les dirigeants des autres grandes économies du monde continuent de faire la une des journaux. La Chine est la dernière à rejoindre le Mexique, le Canada, l’UE et la Turquie dans un conflit commercial mondial ouvert avec le pays de l’Oncle Sam.

Or, lorsque l’on compare les gains potentiels d’une guerre commerciale aux pertes économiques, il est difficile de voir comment les grandes nations pourraient l’emporter. Une croissance économique plus lente, des échanges internationaux réduits, des prix à la consommation plus élevés alors et des bénéfices en chute des sociétés, ne seront que quelques conséquences qu’un conflit commercial mondial pourrait engendrer.

Aussi, et parmi les vulnérabilités les plus inquiétantes de l’économie mondiale, on identifie également l’importante dette créée par des années de politique monétaire ultra-accommodante des principales grandes banques centrales (USA, UE). Selon le FMI, le niveau de la dette mondiale par rapport au PIB représente environ 250%. Le ralentissement économique de la Chine, les réductions d’impôts aux États-Unis et la fragilité des marchés émergents ont été les principaux contributeurs au problème.

Ce défi serait considérablement aggravé si cette dette s’avérait être due par des emprunteurs d’une solvabilité douteuse. En effet, les prêts aux sociétés à risques ont considérablement augmenté sur des marchés tels qu’en Turquie et en Chine par exemple. Et le fait qu’une importante partie de cette dette soit libellée en dollars est particulièrement troublant. Il sera difficile pour ces entreprises de rembourser ces dettes si l’économie mondiale faiblissait tout en ayant un dollar aussi fort qu’aujourd’hui (le taux directeur de la Réserve Fédérale Américaine est passé de 0,25% à 2,5% en l’espace de 4 ans).

Crise sociétale

Beaucoup estiment que le rythme de la mondialisation s’est tellement accéléré au cours des dernières décennies qu’elle est devenue indomptable et intraitable face aux “petites” nations. Et la politique protectionniste du président Trump, et des pays qui l’ont suivi (Brésil, Hongrie…) n’a pas apaisé la situation. Par conséquent, cette nouvelle donne menace de bouleverser l’ordre mondial déjà établi depuis les Accords de Bretton Woods et par la même occasion de déstabiliser les défenseurs du Libre-Echange guidés par la Chine.

De plus, l’absence de réformes structurelles a eu pour conséquence l’augmentation des inégalités sociales. C’est d’autant plus inquiétant que de nombreux autres facteurs sont à l’origine de ces troubles, notamment des perturbations géopolitiques, des tensions diplomatiques, une crise migratoire sans précédent, la polarisation politique et la montée du populisme face à des électeurs de plus en plus frustrés. Tous sont des symptômes d’échec des politiques qui pourraient s’avérer des déclencheurs d’une crise sociétale future.

Quid du Maroc?

Chez nous, et Dieu merci, tout va bien! Des réformes structurelles en perte de vitesse, une classe politique aux abonnés absents, une jeunesse au chômage, des investisseurs en manque de confiance et un secteur immobilier en état de mort cérébrale.

Or, il suffit de voir quelques statistiques pour s’apercevoir que la crise a déjà élu domicile au Maroc. Un taux de chômage qui avoisine les 10%, un déficit budgétaire de l’ordre de 3,6% du PIB, une croissance molle de 2,7% et une aggravation du déficit commercial et donc des réserves en devises en baisse, qui ne couvre maintenant plus que 4,6 mois d’importations de biens et services. De même, l’appareil de production marocain est devenu inefficace avec des charges sociales bien plus lourdes pour être compétitifs à l’international et donc une consommation intérieure (principalement par la classe moyenne) qui devient le fer de lance de l’économie de tout un pays.

Mais heureusement que Bank Al-Maghrib cache sous son manteau bien des tours: à 2,25% le taux directeur, elle dispose encore d’une marge de manœuvre pour abaisser ses taux et ouvrir les robinets des crédits bancaires en faveur des secteurs tels que l’industrie et l’immobilier afin de faire tourner une roue de l’économie déjà bien enrayée. Encore faut-il qu’elle passe à l’action le moment venu.

Ce qu’il faut savoir c’est que la prochaine récession risque de surprendre là où on l’attend la moins. Ainsi, la musique pourrait jouer encore un peu, jusqu’à ce qu’elle s’arrête soudainement. Et les erreurs de la dernière décennie deviendront immédiatement évidentes.

Une réponse politique mondiale coordonnée sera nécessaire pour nous sortir du marasme de la crise. Espérons que nos décideurs sauront trouver les moyens pour afficher une unité exemplaire. Cependant, et à en juger par les politiques unilatérales isolationnistes de certains pays, il semble peu probable qu’on y voie le bout du tunnel dans un avenir très proche…