MAROC
21/03/2018 11h:30 CET

Voici pourquoi Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur

Ce n’est pas cette année que le taux directeur va changer.

Abdellatif Jouahri

CONJONCTURE - Ce n’est pas cette année que le taux directeur va changer. Réduit de 2,5% à 2,25% en début 2016, cet indicateur monétaire fixé par Bank Al-Maghrib (BAM) n’a pas bougé depuis deux ans et risque bien de maintenir son niveau durant les prochains trimestres. C’est ce que vient d’annoncer Abdellatif Jouahri, gouverneur de BAM, qui est revenu, ce 20 mars, sur les tendances générales de l’économie nationale suite à la réunion trimestrielle tenue le matin même par le Conseil de la banque centrale.

Une campagne agricole moyenne malgré les pluies abondantes

Cette décision a été motivée par les projections à moyen terme (8 prochains trimestres) de BAM, notamment les trajectoires de la croissance et de l’inflation. Le Conseil a en effet noté que cette dernière devrait augmenter en 2018 après une décélération enregistrée l’année précédente. 

Portée par le relèvement des tarifs réglementés, l’inflation atteindrait ainsi 1,8% en 2018 avant de revenir à 1,5% en 2019 alors qu’elle n’était que de 0,7% en 2017. Rien de bien méchant affirme Jouahri qui rappelle que les conséquences de la flexibilisation du régime de change ont été prises en compte et ne représentent que 40 points de base supplémentaires dans l’augmentation des prix.

Côté croissance, et malgré les pluies abondantes qu’a connues le Maroc ces dernières semaines, les prévisions de BAM tablent sur une production céréalière tournant autour de 80 millions de quintaux, soit 15 millions de quintaux de moins que ce qui a été récolté lors de la campagne précédente. “Nos estimations ont été arrêtées au 10 mars 2018 et ont été établies sur la base des données pluviométriques, mais également de la situation du couvert végétal et des surfaces emblavées”, précise Jouahri.

Régime de change: “On ne donnera aucune date”  

Cela se traduira par une progression de la valeur ajoutée agricole de 2,3% en 2018 qui reculera à 1,8% en 2019 sous l’hypothèse d’une campagne agricole moyenne. En parallèle, les activités non agricoles poursuivront leur reprise avec un taux de 3,2% en 2018 et de 3,6% en 2019 ce qui amènera la croissance nationale globale à 3,3% en 2018 et 3,5% en 2019.

Rapportées à la demande, ces évolutions reflètent principalement une légère accélération de l’investissement et une poursuite de la dynamique de la consommation des ménages en interne alors qu’à l’extérieur, les exportations nettes devraient afficher une contribution négative en 2018 et quasi nulle en 2019.

Autre sujet important évoqué par le Gouverneur: la réforme du régime de change. Le Conseil de la banque centrale a en effet évalué, lors de sa réunion, l’état d’avancement de sa mise en œuvre. Comme à son accoutumée, Jouahri s’est montré rassurant et a insisté sur les bonnes conditions dans lesquelles se déroule cette réforme ainsi que la réaction positive des marchés. 

Le Gouverneur s’est toutefois refusé à la moindre communication concernant les prochaines étapes. “Nous ne donnerons aucune indication sur le calendrier. On nous l’a assez fait regretter la dernière fois qu’on avait évoqué une date”.

La manne des dons du Golfe tarit en 2018

À noter que trois événements majeurs viendront impacter à moyen terme les comptes extérieurs. Le premier concerne la vente de Saham Group de l’ensemble de son activité assurance au Sud-Africain Sanlam. Cette cession historique s’est répercutée par un accroissement des IDE dont l’afflux serait équivalent à 4,4% du PIB en 2018. Il devra retrouver son niveau normal de 3,5% en 2019.

L’année en cours connaîtra également la dernière tranche des dons émanant des pays du Golfe avec un reliquat de 7 milliards de dirhams. “Sauf une bonne surprise qui consistera en un renouvellement de l’accord, il n’y aura plus aucun don du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à comptabiliser en 2019”, prévient Abdellatif Jouahri. 

La fin de cette manne coïncide avec une augmentation sensible de la facture énergétique qui s’est envolée à 69,7 milliards de dirhams en 2017, soit une hausse de 27,4%, la première depuis cinq ans. L’addition sera encore plus salée en 2018 vu que le prix du Brent devrait poursuivre son trend haussier pour s’établir à 63,7 dollars par baril. Rappelons en ce sens que chaque dollar de plus dans le prix du baril alourdit la facture énergétique marocaine de 800 millions de dirhams supplémentaires.