TUNISIE
30/03/2019 14h:43 CET

Voici la pire maladie mortelle jamais découverte

Batrachochytrium dendrobatidis (BD) est un champignon qui a presque décimé les grenouilles, touchant de nombreuses espèces sur tous les continents.

Le HuffPost

SCIENCE - Imaginez qu’en moins de 50 ans, tous les mammifères à sabots ou à nageoires disparaissent, à cause d’une seule maladie mortelle, mondiale. Science-fiction? Certes, mais c’est pourtant ce qui est arrivé aux grenouilles depuis les années 70.

Ou plus exactement aux amphibiens (grenouilles, crapauds, salamandres, etc.), dont 6,5% de la population a été touchée. Ce chiffre peut sembler faible, mais reporté aux mammifères, ce serait comme si l’ensemble des espèces à sabots et à nageoires étaient ciblées.

Par qui? Batrachochytrium dendrobatidis (appelons le BD), un petit champignon aquatique. Le parasite vit sur la peau des amphibiens et la dévore.

BD est connu des scientifiques depuis 1998. Les chercheurs savaient que c’était un tueur de masse. Mais une nouvelle étude, publiée dans Science ce vendredi 29 mars, montre l’étendue de cette maladie mortelle.

Depuis son apparition dans les années 70, il a contribué au déclin de 501 espèces d’amphibiens. 90 sont aujourd’hui présumées disparues et 124 autres ont perdu plus de 90% de leurs représentants. Cela fait du Batrachochytrium dendrobatidis la maladie mortelle la plus virulente jamais observée.

 

Comment en est-on arrivé là? BD est apparu en Asie, mais il a très vite touché les grenouilles de tous les continents. Comment? Grâce à nous, à la mondialisation et au commerce international, qui a explosé ces dernières décennies, rapporte The Atlantic.

Une épidémie en baisse... trompeuse ?

Selon les travaux des chercheurs, BD a surtout été observé dans les Amériques et en Océanie. À l’inverse, il est très peu présent en Asie. Deux hypothèses: soit nous n’étudions pas assez bien les amphibiens asiatiques, soit c’est une mutation de BD, lors d’un de ses premiers voyages à l’international, qui l’a rendu si mortel.

SCHEELE & AL./SCIENCE
La carte des espèces touchées répertoriées par les chercheurs (n). La taille des barres indique le nombre d'espèces, la couleur la sévérité de la pandémie.

Dans les premières décennies, les scientifiques ne comprenaient pas pourquoi les populations d’amphibiens chutaient, parfois sans aucune altération de leur habitat.

Les espèces avec un corps assez large, les plus associées au milieu aquatique et assez localisées (c’est à dire spécifique à des zones géographiques) étaient les plus touchées par cette faucheuse inconnue.

Quand BD est découvert, il a déjà eu le temps de faire un carnage chez les amphibiens, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous (la flèche noire pointe la date de la découverte du champignon aquatique).

SCHEELE & AL./SCIENCE

Et maintenant? Les chercheurs estiment que le déclin s’atténue ces dernières années. Cela pourrait être dû au fait que le parasite et son hôte ont trouvé un moyen de co-exister. Et ce serait donc une bonne nouvelle.

Mais les auteurs de l’étude notent que seules 20% des espèces touchées montrent des signes d’amélioration. Il y a également le risque que BD prenne pied dans des zones encore épargnées et remplies d’amphibiens, comme en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Que faire pour endiguer ce phénomène? Depuis que BD a été découvert, des chercheurs ont mis en place des techniques visant à préserver certaines espèces, rapporte The Atlantic. Programmes d’élevage en captivité, manipulation du parasite, élevage de grenouilles résistantes, déménagement d’espèces entières...

Mais la décision la plus simple et efficace, ce serait évidemment de limiter les échanges commerciaux de vie sauvage. Elle aurait également l’avantage de diminuer les risques de l’émergence d’une autre pandémie mortelle.

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