MAROC
01/03/2019 11h:34 CET

Voici ce que subit le corps quand on exerce un emploi que l’on déteste

Un travail délétère peut rendre malade de multiples façons.

DANE_MARK VIA GETTY IMAGES
Lorsque le stress au travail a des conséquences néfastes, c’est notre corps qui en paie le prix.

SANTÉ - Nous avons tous de mauvais jours au travail. Néanmoins, une semaine tendue se traduit parfois par un stress sans fin qui nuit à votre santé. Voici les signes qui doivent vous alerter.

Trop d’Américains se retrouvent coincés dans des emplois toxiques, un problème qu’employeurs comme employés devraient prendre plus au sérieux. Jeffrey Pfeffer, professeur en comportement organisationnel à Stanford et auteur du livre Dying for a Paycheck (Mourir pour un salaire, non traduit), a constaté lors de ses recherches qu’un management de mauvaise qualité est à l’origine de 8% des frais de santé annuels aux États-Unis et de 120.000 décès supplémentaires chaque année.

Le corps sait parfois avant nous quand notre travail est source de stress. Il envoie alors des signaux pour nous signifier qu’on est sur la mauvaise pente.

Vous avez du mal à dormir

“On commence souvent par nous parler d’insomnies”, explique Monique Reynolds, psychologue clinicienne dans un centre pour l’anxiété et les changements comportementaux. “Les gens nous disent qu’ils n’arrivent pas à dormir, car leur esprit tourne à plein régime, ou qu’ils ont un sommeil fragile et se réveillent au milieu de la nuit en pensant à tout ce qu’ils doivent faire.”

Passer quelques mauvaises nuits n’a rien de bien méchant. Toutefois, si cela devient récurrent, c’est le signe que votre stress professionnel est probablement néfaste. “Si c’est bien lié au travail, alors quelque chose ne va vraiment pas”, ajoute-t-elle.

 

Vous avez des maux de tête

Lorsque vous vous mettez à voir votre lieu de travail comme un endroit dangereux, vos muscles se contractent pour vous empêcher de vous blesser, nous dit l’Association américaine de psychologie. Des raideurs chroniques dans le cou, les épaules et le crâne peuvent être associées à des migraines et des céphalées de tension.

“Le stress engendre des symptômes physiologiques qui se manifestent par des douleurs”, poursuit notre spécialiste.

Vous ressentez des douleurs musculaires

Lorsqu’on occupe un emploi toxique, on a souvent l’impression de se battre contre un tigre à son bureau. Notre cerveau perçoit une menace et inonde notre système d’adrénaline et d’autres hormones du stress.

“Dans ces situations, le système nerveux est sous tension constante. On se met à tout appréhender, pour être prêt à réagir face aux actions d’un chef ou d’un collègue désagréable.”

Si vous vous contentez de répondre aux e-mails, le dos voûté et la mâchoire contractée, c’est peut-être le signe que votre travail affecte votre équilibre.

Votre santé mentale en pâtit

Un stress élevé peut exacerber des pathologies mentales existantes. “Chez une personne anxieuse, un environnement délétère amplifiera le stress au point de dépasser le seuil clinique.”

Si vous avez l’impression que votre chef est toujours sur votre dos, votre santé mentale est en danger. En 2012, une analyse de 279 études a établi un lien entre la perception d’injustices dans l’entreprise et le nombre de signalements par les employés de problèmes de santé, comme l’hyperphagie et la dépression.

E. Kevin Kelloway, responsable de la chaire de recherche canadienne en psychologie de la santé au travail à l’université de Saint Mary, affirme qu’un traitement immérité peut amplifier le stress.

“L’injustice est un facteur de stress particulièrement nocif, car elle s’attaque à ce que nous sommes fondamentalement”, indique-t-il. “Si vous vous conduisez mal avec moi, c’est ma dignité en tant que personne que vous attaquez, en me montrant que je ne mérite pas d’être traité équitablement ou de la même façon que les autres.”

Vous tombez plus souvent malade

Si vous enchaînez les rhumes, il est temps de songer à la nature de vos sentiments envers votre poste. De nombreuses études démontrent qu’un stress chronique affecte le système immunitaire, ce qui nous rend plus susceptibles de contracter des maladies.

Vous n’éprouvez plus d’intérêt pour le sexe

Ce qu’on fait de notre temps reflète l’importance que l’on accorde aux choses. Quand vous apportez du travail à la maison, vos relations en subissent les conséquences. L’Association américaine de psychologie précise que, lorsque les femmes doivent jongler entre stress professionnel et obligations personnelles et financières, leur désir sexuel s’en trouve parfois amoindri. Pour les hommes, un stress chronique diminue la production de testostérone, et donc la libido.

“Pour ressentir de l’excitation, il faut être un minimum détendu”, souligne notre psychologue clinicienne. “Sans compter le manque de temps: les patients nous racontent souvent que c’est ce qui les empêche d’avoir des rapports.”

Vous êtes tout le temps fatigué

Vous êtes affligé par un profond épuisement qu’aucun week-end de repos ou sieste ne semble apaiser.

Selon E. Kevin Kelloway, “chaque personne réagit à sa façon à un environnement de travail toxique”, mais l’éreintement est un symptôme physique fréquent.

Un emploi néfaste peut créer un cycle qui nous vide de notre énergie, indique Jeffrey Pfeffer. “On se sent abattu d’avoir trop travaillé, ou on travaille trop parce qu’on se sent terrassé.”

Vous avez des troubles du système digestif

Indigestion, constipation et ballonnements sont autant de manifestations potentielles du stress. Celui-ci influe sur notre absorption alimentaire et modifie notre flore intestinale, ce qui se répercute sur notre humeur.

C’est la raison pour laquelle on a des maux de ventre quand on est bouleversé, signale E. Kevin Kelloway, qui a lui-même vécu cette situation. “Au bout de six mois, j’ai remarqué que j’avais mal à l’estomac chaque dimanche après-midi. J’ai su que ça avait un lien avec mon travail, non pas à cause du symptôme lui-même, mais de son timing. Ça commençait quand je me mettais à réfléchir aux tâches qui m’attendaient le lundi matin, et il me suffisait de quitter le bureau et de faire autre chose pour en être libéré.”

Votre appétit varie

Cerveau et appétit sont étroitement liés. En cas de fort stress, la réaction de lutte ou de fuite produit de l’adrénaline, qui signale à votre corps d’arrêter de digérer pour se concentrer exclusivement sur la survie face au danger perçu, selon l’Harvard Health Letter. En cas de stress prolongé, les glandes surrénales libèrent du cortisol, une hormone qui augmente la sensation de faim et vous vous retrouvez à sauter sur la nourriture pour vous réconforter.

Les aliments sucrés atténuent les réactions et émotions liées au stress, ce qui explique que ce soit souvent vers eux que l’on se tourne quand on se sent mal. Mais cette habitude est mauvaise pour la santé et doit être évitée.

Comment lutter contre cette situation

Faites des pauses. Quand votre corps s’est mis sur le qui-vive en raison de demandes excessives ou d’un chef tyrannique, il a besoin de souffler. “Quand on ne laisse pas notre système nerveux se détendre, il subit des dégâts sur le long terme”, soutient Monique Reynolds. Se retrouver entre amis en dehors du lieu de travail, méditer ou faire du sport aide à combattre les symptômes du stress.

Contrôlez vos perceptions négatives. L’un des principes de la thérapie cognitive est que notre façon de penser est susceptible d’influer sur nos émotions. “On ne peut pas tous quitter notre emploi, mais on peut se concentrer sur ce qu’on est en mesure de contrôler”, poursuit-t-elle. La pleine conscience peut nous aider à gérer les cogitations inutiles sur la manière dont s’est déroulée notre présentation, ou sur ce que nos collègues pensent de nous.

Partez. C’est peut-être le signe qu’il est temps de chercher ailleurs. Selon Jeffrey Pfeffer, des horaires à rallonge, l’absence d’autonomie, un planning flou ou une forte précarité économique font partie des facteurs qui contribuent à créer un environnement toxique au travail. Il faut alors que les employés trouvent la force de le quitter, plutôt que d’endurer. “Vous devez résoudre le problème de fond, et ne pas vous contenter de traiter les symptômes.”

Cet article, publié sur le HuffPost américain, a été traduit par Maëlle Gouret pour Fast ForWord.