MAGHREB
02/04/2019 13h:07 CET | Actualisé 02/04/2019 17h:29 CET

Violences sexuelles dans les zones de conflits : les survivantes sortent du silence

L’objectif ? Mettre des visages, des voix et des noms sur des chiffres en augmentation constante, ceux des violences sexuelles en zones de conflits.

SSRUP/Sipa Press

Elles se prénomment Tatiana, Angela, Vasfije, Nadia, Aline, Bernadette, Esperande, Guillaumette, Olha, Saran, Oumou, Yrina, Fulvia….

Elles viennent d’Irak, de Colombie, de RDC, de Lybie, du Kosovo, de Syrie, du Burundi, d’Ouganda, d’Ukraine, du Sud Soudan, de Bosnie, de Centrafrique, de Guinée, au total plus de 60 survivantes, 15 nations représentées, et autant de témoignages poignants pour enfin briser le silence.

L’objectif ? Mettre des visages, des voix et des noms sur des chiffres en augmentation constante, ceux des violences sexuelles en zones de conflits.

Toutes ces femmes courageuses ont répondu à l’invitation de la Grande-Duchesse de Luxembourg, une démarche inédite destinée à placer les survivantes au cœur du premier forum Stand Speak Rise Up !  (26-27 mars 2019).

Jamais elles n’avaient été si visibles, jamais colloque ne leur avait donné autant la parole. « La première chose que nous pouvons faire c’est la guerre à l’indifférence » a affirmé la Grande-Duchesse Maria Teresa avant d’enjoindre la communauté internationale à « intensifier ses efforts et à renforcer les moyens d’action pour mettre un terme à l’impunité des auteurs et commanditaires de ces crimes ».

SSRUP/Sipa Press
Le viol est la manière la plus humiliante de tuer une personne en la laissant en vieTatiana Mukanire, survivante de RDC

Dans la salle de conférences pleine à craquer, les survivantes prennent successivement la parole, racontent leur histoire, demandent des solutions surtout pas de pitié.

Maggy  arbore un sourire qui vous réchauffe d’emblée. Sa voix douce et déterminée, sa sincérité, son obstination à dénoncer les viols et à redonner leur dignité aux rescapées, vous galvanise. « Je suis comme ce colibri qui apporte de l’eau avec son bec pour éteindre le feu de la forêt. Il est petit mais il a sa valeur ».

Marguerite Barankitse est la fondatrice de l’ONG Maison Shalom au Burundi, sa tête est mise à prix par le pouvoir depuis 2015 et elle a du  trouver refuge dans un camp au Rwanda voisin. Là, elle s’occupe des populations, plus particulièrement des femmes et des enfants, fuyant le Burundi et les exactions des forces de sécurité de l’Etat.

Maggy est une réfugiée qui accueille les réfugiés au sein du centre communautaire Oasis of Peace. Résiliente, elle plaide pour une « humanité humanisée », souligne l’importance de l’écoute dans la prise en charge des victimes et de la recréation d’un cadre familial pour les plus jeunes, dont certaines n’ont que quelques mois.

Esperande Bigirimana, jeune Burundaise, vit désormais exilée en Afrique du Sud. Sans illusion, elle explique que dans la plupart des pays où ont lieu ces violences sexuelles, « la justice ne marche pas car elle n’est pas indépendante ».

Esperande, n’attend donc rien de ce côté là. Elle insiste en revanche sur la nécessité pour toutes de retrouver la dignité parce que « ça fait encore plus mal quand tu n’as même plus de quoi t’acheter un morceau de savon ».

Les survivantes ne doivent pas dépendre de la communauté pour se nourrir, elles ne doivent pas non plus se cacher pour mendier, cela passe par l’autonomisation financière.

Pas de compassion mais une aide à l’intégration socio-économique. « Nous devons faire de ces femmes nos égales », martèle Esperande qui a eu la chance de bénéficier d’un suivi psychologique et à choisi de témoigner pour les autres, même si la jeune femme reconnaît qu’elle ne guérira probablement jamais de son traumatisme.

Membre du Mouvement des survivant.e.s de violences sexuelles de RDC, Guillaumette Tsango a obtenu une bourse d’étude. Elle fait le même constat.  « A l’école j’étais sur un pied d’égalité avec les autres filles car personne ne savait que j’étais une survivante ».

SSRUP/Sipa Press
On est d’abord une victime, puis une survivante, puis une actrice du changement.

Toutes souhaitent mener la vie qu’elles auraient du avoir avant d’être brisées en mille morceaux, et « même mieux » ajoutent-elles. Comme Tatiana Mukanire, résiliente du Sud Kivu, cette région de RDC, véritable bijouterie à ciel ouvert où les milices violent et mutilent pour du minerai.

Soignée dans la clinique du Dr Mukwege, elle milite aujourd’hui pour la mise en place d’un Fonds mondial de réparations. Coordinatrice nationale du Mouvement des survivant.e.s, Tatiana est passée de l’état de victime à celui de survivante puis est devenue actrice du changement afin de venir en aide à ses « petites sœurs ».

Son bourreau, lui,  n’a pas été condamné. Iryna Dovhan, Ukrainienne, membre de SEMA, le Réseau mondial de victimes et survivantes pour mettre fin au viol de guerre, conclut : « S’il vous plaît, faisons quelque chose pour que ma petite fille ne connaisse pas cette violence-là ».

Les réparations sont essentielles pour permettre aux survivantes de se reconstruire et se réinsérer dans la société

En clôture de l’événement, Philip Grant, directeur de Trial International, une ONG suisse qui lutte contre l’impunité des crimes internationaux fait écho aux demandes des survivantes.

Il suggère de solliciter la Cour internationale de Justice de La Haye pour qu’elle rende un avis consultatif relatif aux obligations des Etats en matière de prévention, de répression et de réparation des crimes de violences sexuelles dans les conflits.

Une procédure publique et médiatisée qui définirait enfin ce que les Etats doivent entreprendre et ce qu’ils ne peuvent plus faire.

Maison Shalom

www.maisonshalom.org

Fondation Mukwege

www.mukwegefoundation.org

Trial International

www.trialinternational.org

Retrouvez les articles du HuffPost Maghreb sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Maghreb sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Maghreb sur notre page Instagram.