LES BLOGS
17/07/2018 10h:01 CET | Actualisé 17/07/2018 10h:01 CET

Vingt ans après le 12 juillet 1998, la France piétine sa marque footballistique

Dylan Martinez / Reuters

Avec Michel Platini et Zinedine Zidane, l’équipe de France (de football) pouvait s’enorgueillir de posséder deux joueurs d’exception capables d’orienter le cours du jeu, de l’aérer de passes transversales permettant à d’autres de trouver la bonne profondeur, de partir à l’assaut des cages adverses, de provoquer leurs vis-à-vis, de déstabiliser la magie de brésiliens soudainement médusés, de marquer l’esprit de nombreux spectateurs amoureux d’une patte footballistique.

Oublieuse de la singularité acquise, la nation fêtera démesurément le 15 juillet dernier la victoire du renoncement à l’identification sportive, cela au profit de l’exacerbation nationaliste, en vertu du réalisme désenchanté et cogito-tactique d’un coach qui, obnubilé par la déconvenue vécue en finale de l’“Euro 2016”, incitera l’ensemble de la troupe à chausser les crampons de la retenue contre nature.

Souvent pénible à regarder, elle se contentera de quelques fulgurances, notamment celles de son étoile montante, Kylian Mbappé, seul en mesure d’orchestrer le plaisir des yeux, de varier un système d’occupation insupportable (au deux sens du terme), surtout lors des trois premiers quarts d’heure du duel face à la Croatie. Les onze protagonistes de cette contrée de quatre millions d’habitants ont fait honneur à leur mentalité d’attaquants, grâce à une technique maîtrisée, à la volonté d’aller chercher le graal d’une coupe du monde mobilisant l’engouement d’un milliard et demi d’aficionados mais aussi l’intérêt de publicitaires dorénavant prêts à refaçonner l’image des nouveaux idolâtrés et à ce titre enclins à satisfaire les représentations d’un peuple en quête de symboles.

İl sortira donc des placards le drapeau bleu-blanc-rouge, le brandira pour agir et réagir en corps constitué sur des Champs-Élysées devenu l’artère de la focalisation tous azimuts, du participe présent de l’être-là avide de reconnaissances et de partages d’émotions.

Si au cœur de la théâtralisation en actes les supporters conquis exaltaient la gagne a minima, subsistait toutefois encore chez certains défenseurs du ballon dynamique le souvenir des prouesses du Roi Pelé, des déferlantes de l’Hollandais volant Johan Cruyff, des dribbles déroutant de Diego Maradona, la mémoire d’instants inouïs à savourer comme les antidotes aux calculs de l’entraîneur “petit-bras” signant au bas de chaque feuille de match le deuil de la folie créatrice. 

Contrairement à la joie éprouvée deux décennies auparavant, nous n’avons pas ressenti cette fois l’envie d’acheter (le lendemain de France-Croatie) le journal L’Équipe. İl se trouve d’ailleurs que la chaîne-TV du même nom diffusait le soir du 14 juillet 2018 (la veille de France-Croatie) la rencontre opposant (en finale de l’ “Euro 2000”) l’İtalie à la France.

Elle remontrait de la sorte des athlètes se dépensant sans réserve pendant 90 minutes, cherchant à remonter l’handicap d’un but, égalisant à l’extrême limite du temps imparti et réussissant à emporter la mise au début des prolongations. Ces gars là avaient du coffre, donnaient l’impression de courir plus vite que les jeunes alter-égos d’aujourd’hui, appartiennent à l’époque d’un football champagne que nous espérons revoir avant que s’éteigne l’ultime lumière.