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07/11/2019 11h:03 CET | Actualisé 07/11/2019 21h:04 CET

Villes intelligentes: une alternative au processus d'urbanisation en pleine expansion en Afrique

"Le modèle des smart cities dites 'classiques' est-il transférable en Afrique?"

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Abidjan de nuit.

SMART CITIES - Une chose est sûre: l’Afrique du 21e siècle sera urbaine. C’est déjà largement le cas. Au moment où le continent doit faire des choix pour son développement et le rayonnement de ses centres urbains, les “smart cities” ou villes intelligentes sont habituellement présentées comme la solution face à la montée de l’urbanisation. Mais le modèle des smart cities dites “classiques” est-il transférable en Afrique? Si la réponse est oui, il est toutefois impératif de redéfinir et d’adapter le concept aux réalités africaines.

D’ici 2100, l’Afrique verra sa population passer de 1,2 milliard d’habitants (17% de la population mondiale) à 4,4 milliards (40% de la population mondiale), selon les Nations Unies. Une croissance démographique qui va de pair avec une urbanisation rapide et anarchique, posant avec acuité la question de l’aménagement des espaces. Les pays africains en sont actuellement aux prémices de leur processus d’urbanisation.

Bien que l’Afrique ait été la région la moins urbanisée du monde en 2015 - seulement 40% de la population de l’Afrique subsaharienne vivait dans des villes - elle est maintenant la deuxième région la plus urbanisée du monde après l’Asie. Certains démographes prévoient que d’ici 2020, l’Afrique sera en tête. Compte tenu de cette croissance rapide, il est plus que jamais nécessaire d’intégrer les villes intelligentes dans les politiques nationales d’urbanisation.

La sécurité publique est la pierre angulaire du concept de smart city. La logique est simple: sans sécurité, il n’y a pas de développement économique ni d’offre touristique possible. En outre, les villes intelligentes doivent également être en mesure de fournir aux citoyens des solutions pour faciliter la mobilité, réduire la consommation d’énergie, optimiser la gestion des déchets et l’assainissement, aider à construire des institutions publiques vertes, et enfin offrir un large éventail de choix de matériaux pour plus d’efficacité énergétique et environnementale. Telles sont les caractéristiques classiques de la ville intelligente pour s’adapter aux réalités locales.

Il existe toutefois des villes intelligentes en Afrique, ou du moins des espaces urbains dotés d’une technologie de pointe proposant ce type de services. À l’image de Konza Technology City (KTC), dans la banlieue de Nairobi, également appelé “Silicon Savannah”. En effet, KTC a vocation d’accueillir un campus universitaire de 1.500 étudiants, des industries de fabrication de matériaux d’assemblage, des hôtels et des zones résidentielles. Afin d’accompagner le développement de la smart city, le pays a mis en place une autorité locale dédiée pour faire de la nouvelle ville un hub d’externalisation des d’affaires, du développement de logiciels, de centres de données et de centres de reprise après sinistre. 

C’est également le cas avec Casablanca, la première ville africaine à faire partie du réseau de 25 villes intelligentes sélectionnées depuis 2015 par l’IEEE (Institute of Electrical and Electronics Engineers), la plus grande association mondiale de professionnels du numérique et de l’informatique. En effet, la capitale économique marocaine a déjà entamé l’instauration d’un réseau d’informations au niveau de la ville par la collecte des données des usagers via des capteurs, des applications, à l’aide d’un système de vidéosurveillance urbain, qualifié d’intelligent et optimisé, comprenant 760 caméras de surveillance connectées par 220 kilomètres de fibre optique.

Les villes africaines s’orientent progressivement vers des initiatives de villes intelligentes pour améliorer la performance et la qualité de leurs services urbains. L’objectif est de transformer l’état actuel des villes africaines afin d’en tirer des avantages significatifs. Le leap-frog constitue l’un des maîtres mots pour qualifier l’Afrique d’aujourd’hui où les métropoles technologiquement en retard surpassent celles qui étaient à la pointe auparavant. La Banque mondiale a même identifié plus de 100 centres technologiques en Afrique, dont la vallée de Yabacon - située dans la banlieue de Lagos, au Nigéria, comme étant la plus développée.

Une vingtaine de pays ont par ailleurs rejoint “l’Alliance Smart Africa” pour inscrire la technologie dans leurs plans nationaux de développement. L’Union africaine a également fait de l’adoption intelligente des villes l’un des principes de son Agenda 2063. Cependant, comme cela a été discuté lors du Sommet Transform Africa qui s’est tenu en mai dernier à Kigali, pour que les secteurs clés de l’économie puissent se transformer, il faudra un engagement de la part des citoyens, des collectivités, des gouvernements, des secteurs privé et public, car la technologie ne peut résoudre, à elle seule, tous les problèmes du monde.