MAROC
13/05/2019 15h:10 CET | Actualisé 13/05/2019 15h:16 CET

Villa au Maroc et blanchiment d'argent: Les époux Balkany devant la justice française

Le couple possède une luxueuse villa à Marrakech achetée grâce à un montage financier impliquant un riche homme d'affaires saoudien.

STEPHANE DE SAKUTIN via Getty Images

JUSTICE - C’est un procès très attendu qui s’est ouvert ce lundi 13 mai à Paris, devant la 32e chambre correctionnelle. Le couple Patrick et Isabelle Balkany, soupçonnés d’avoir masqué plus de 13 millions d’euros d’avoirs au fisc, doit rendre des comptes à la justice. Le maire de Levallois-Perret a répondu présent mais sa femme, Isabelle, qui est également sa première adjointe, était absente en raison d’une hospitalisation suite à une tentative de suicide, le 1er mai dernier. 

C’est sous le crépitement des flashs et accompagné de ses avocats qu’est arrivé Patrick Balkany, ce lundi matin au tribunal. Très affaiblie, Isabelle Balkany est toujours à l’hôpital, selon l’avocat Pierre-Olivier Sur. Elle avait tenté de mettre fin à ses jours en ingurgitant des médicaments, après avoir posté un long message sur Facebook où elle exprimait sa lassitude devant une “instruction exclusivement à charge”. Les avocats devraient demander le renvoi de l’affaire, précise l’AFP. 

Les juges d’instruction avaient commencé à enquêter sur les Balknay en 2013, après des révélations d’un de leurs proches. Aujourd’hui, le couple est accusé de “blanchiment à grande échelle” entre 2007 et 2017, et d’avoir dissimulé au fisc français des revenus et un patrimoine “occultes” à hauteur “au minimum” de 13 millions d’euros, en particulier deux propriétés cachées derrière d’improbables montages financiers. Patrick Balkany a été mis en examen pour corruption passive, fraude fiscale, blanchiment de corruption, fraude fiscale aggravée. Son épouse est pour sa part poursuivie pour blanchiment de fraude fiscale. 

Villas, millions et sociétés offshore...

Parmi les propriétés possédées par le couple, Dar Gyucy, un luxueux riad à Marrakech acquis avec la complicité de leur fils, Alexandre Balkany. “Il aurait entre autres signé deux faux bails en 2011 et 2014 pour cette propriété gérée par une société immobilière marocaine -qui a acquis la villa pour 5,8 millions d’euros en 2010 (soit plus de 61 millions de dirhams)-, permettant à ses parents d’y séjourner en tant qu’invités mais de manière quasi permanente”, rapportait le journal France Soir.

Le 13 août 2015, la justice française avait ordonné la saisie de la propriété de Marrakech qui aurait fait l’objet d’un financement opaque de près de 3 millions d’euros via des sociétés-écrans. Après plusieurs enquêtes, il a été établi que le prix de vente officiel de la villa, 2,75 millions d’euros, avait été payé par l’homme d’affaires saoudien Mohamed Al Jaber au moment où celui-ci négociait un super-projet immobilier à Levallois, ce qui constituerait donc un acte de corruption, indique l’AFP. Ce dernier devra répondre de “corruption active” devant la justice. 

Par ailleurs, 2,5 millions d’euros de “dessous de table” ont été réglés via le compte singapourien d’une autre société panaméenne. Cet argent provient, selon les enquêteurs, d’une commission versée à Patrick Balkany par un industriel belge, George Forrest, contre son aide pour un contrat minier en Namibie, poursuit la même source. Des accusations que réfute Patrick Balkany.

Les investigations de la justice n’ont pas pu retracer l’origine de tous les fonds, cependant les juges estiment que Patrick Balkany a été ”à la tête d’un véritable réseau de sociétés offshore” mis en place dès la fin des années 1980. Il avait admis, en 2016, avoir détenu des avoirs non déclarés en Suisse qui correspondent à un héritage. L’enquête a aussi mis en lumière de fortes sommes en liquide utilisées par le couple, dont plus de 87.000 euros payés dans une agence de voyage, souligne l’AFP. 

Ils ne seront toutefois pas les seuls à être entendus par la justice. Jean-Pierre Aubry et l’ancien avocat Arnaud Claude devront ainsi comparaitre pour leur “rôle central” dans le montage autour du riad de Marrakech. Le fils Balkany comparaîtra pour avoir cherché à “couvrir” ses parents en signant des baux de location fictifs pour cette même villa. Enfin, l’État français, le fisc et les associations anticorruption Sherpa et Anticor occuperont les bancs des parties civiles.