MAROC
29/03/2018 16h:03 CET

Vidéo de l'agression sexuelle au Maroc, une preuve à double tranchant pour la victime

“S’il n’y avait pas eu cette mobilisation sur Facebook après la diffusion de cette vidéo, on n’aurait pas bougé”.

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VIDÉO - “On ne sait pas ce qui explique la diffusion de cette vidéo après des mois. Le mobile soulève des questions: s’agit-il d’un chantage, d’une volonté de porter atteinte à la victime et/ou à d’autres? Ou cela cache-t-il autre chose encore?”, s’interroge l’avocat Abdelkarim Elmoussaoui. Pour ce dernier, interrogé par le HuffPost Maroc, la diffusion ce mardi 27 mars de la vidéo choc dévoilant une agression sexuelle devrait avoir un mobile. L’enquête des services compétents devra en découvrir la nature. 

Mais sur la vidéo et sa mise en ligne, l’avocat est clair: “C’est un acte criminel répréhensible qui porte atteinte à la victime et à sa famille”. “Dans notre société conservatrice, la victime d’un viol ou d’une agression sexuelle vit justement dans la crainte d’être reconnue comme telle”, ajoute l’avocat. Me Elmoussaoui précise que des familles de victimes se voient même contraintes de déménager à la recherche de l’anonymat, loin du voisinage qui les dévisage. “Dans ce genre d’affaire, tout le monde souffre: la victime, ses parents, ses sœurs et frères”, soutient-il, estimant qu’une vidéo de ce genre est moins une preuve au profit de la victime qu’une attaque contre sa vie privée.

L’avocate Aïcha Loukhmas relève, pour sa part, “un aspect positif” à la mise en ligne de cette vidéo. “Si le fait de filmer ce genre d’agression constitue une atteinte contre la dignité de la femme, c’est aussi là un moyen de réveiller la conscience de l’opinion publique face à ce crime grave que représente le viol”, plaide-t-elle dans une déclaration au HuffPost Maroc.

Pour Aïcha Loukhmas, le viol a toujours été l’un des crimes les plus récurrents dans la société marocaine. “Il y a une sorte de tolérance vis-à-vis de ce genre de crime et nombreux sont ceux qui en sont responsables mais ne font jamais l’objet de poursuites judiciaires”, précise-t-elle. Et de rappeler que si l’article 475 du code pénal permettant au violeur d’épouser sa victime pour éviter les poursuites a été abrogé, il est de fait encore appliqué. “La police propose toujours aux deux parties de se réconcilier par la voie du mariage. Et dans le cas où la victime tomberait enceinte suite au viol, elle n’a pas d’autre choix que celui-ci, pour, au moins que son fils ait un nom de famille. L’affaire est ainsi classée!”, fait remarquer Aïcha Loukhmas.

Pourtant, dans le code pénal, le viol est un crime passible d’au moins 5 ans de prison ferme. “Cette peine peut, parfois, atteindre 20 ans ou plus quand le viol est accompagné de violences physiques graves ou cause un handicap ou le décès de la victime”, ajoute l’avocate. Et de préciser que la justice n’accorde aucun traitement de faveur à la victime de viol. “Il arrive que celle-ci vienne déposer plainte et se retrouve poursuivie elle-même pour relations hors mariage. Sinon on lui demande des preuves de ce qu’elle avance, même si le viol a été commis dans un lieu public”, insiste Me Loukhmas. 

Cette dernière se dit convaincue que “s’il n’y avait pas eu cette mobilisation sur Facebook après la diffusion de cette vidéo, on n’aurait pas bougé”. Une preuve tangible mais à double tranchant: si elle atteste de l’agression de la jeune fille, elle porte aussi préjudice à celle-ci et à sa famille.       

Pour rappel, au lendemain de la diffusion de la vidéo, l’agresseur a été arrêté. Âgé de 21 ans, ce dernier, Y.L, habite dans la province de Rhamna. La victime présumée, K.M, est, elle, une mineure de 17 ans, a annoncé la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN). L’auteur de la vidéo et une troisième personne, complice pour ne pas avoir dénoncé ce crime, auraient également été arrêtés ce jeudi, rapportent nos confrères de Tel Quel et de Goud

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