MAGHREB
18/04/2019 14h:44 CET | Actualisé 18/04/2019 14h:59 CET

Victimes de violences cherchent hébergement désespérément

Face à la violence, se débrouiller pour y échapper ou prendre le risque de revenir au cercle de la violence.

Pietro Costanzo / EyeEm via Getty Images

DROITS DES FEMMES - Elles fuient les violences, mais peinent à trouver aujourd’hui un logement au moment de prendre la décision de ne plus en être victimes. De leur détresse, la Fédération des ligues des droits des femmes (FLDDF) a fait une cause commune auprès d’organismes et d’autres associations de défense des droits des femmes, dans le cadre d’un projet baptisé “Nt3elmo w n3ewlo 3la rasna” (“Apprenons et comptons sur nous-même”).

“Il y a un sérieux problème d’hébergement qui se pose et l’État n’assume pas sa responsabilité”, déclare au HuffPost Maroc, Saïda Belhdid, chargée de ce projet au sein de la FLDDF. Pour cette dernière, les associations font souvent cavalier seul lorsqu’il s’agit de traiter ce genre de situation. “Les femmes victimes de violence ont un besoin économique, elles viennent nous voir pour nous dire qu’elles n’ont pas où aller. Nous avons alors mis à leur disposition un centre d’hébergement, mais les moyens au fil du temps commencent à manquer terriblement”, affirme-t-elle. 

A la FLDDF, ce manque de moyens n’a pas été sans conséquences sur les services rendus. “Nous disposions, depuis 2006, d’un centre spacieux d’hébergement, Tilila, à Casablanca, qui avait été financé par une association suisse pendant dix ans. Nous avons été par la suite contraints d’y renoncer lorsque ce financement s’est arrêté”, regrette Saïda Belhdid. Mais l’association n’a pas laissé tomber ce service d’hébergement, elle l’a reconduit dans un espace, cette fois-ci, plus restreint. “Nous avons dû déménager à Mohammedia en mars 2017 dans un centre, dont la capacité d’accueil est deux fois plus réduite: 10 femmes au lieu de 20”, souligne la militante. 

La durée de l’hébergement est également depuis limitée à deux mois au maximum au lieu de six dans l’ancien local. Le prix du loyer et des charges en eau et électricité est payé par l’Union européenne (UE), précise Belhdid. Mais après ce passage par le centre d’hébergement, les bénéficiaires doivent se débrouiller ou “revenir au cercle de la violence”, se désole cette militante, soulignant l’importance que revêt désormais l’autonomisation de ces femmes.   

C’est à ce stade qu’intervient le projet “Nt3elmo w n3ewlo 3la rasna”. Visant “le renforcement des capacités des organisations locales de la société civile pour un accompagnement global des femmes victimes de violences”, ce projet est co-financé par l’UE et réunit les associations Quartiers du monde et le réseau LDDF-INJAD contre la violence de genre. Ce projet cherche à améliorer les conditions de vie et l’autonomisation socio-économique de ces femmes dans les régions du grand Casablanca-Settat et de Tanger-Tétouan-Al-Hoceima. “Il porte sur trois axes complémentaires articulés autour d’une synergie”, précise Saïda Belhdid, et consiste à mettre en place un modèle d’accompagnement à l’autonomisation socio-économique des femmes, des actions de renforcement du pouvoir d’agir des femmes, et deux plateformes régionales d’organisation de la société civile, indique un communiqué de la FLDDF.

Pour faire connaitre ce projet et surtout lancer un SOS au profit de ces femmes victimes de violences sans toit, les partenaires organisent, ce jeudi 18 avril, une visite au centre Tilila dans le but d’attirer l’attention sur ce problème de l’hébergement et rappeler au gouvernement la nécessité de soutenir financièrement ces associations. “Avec l’UE et l’ONU femmes, nous avons décidé de faire de cette visite un appel à mobilisation en y invitant les premiers concernés, notamment l’Entraide nationale, qui représente le ministère de la Famille dans la gestion de ce genre de centres et la préfecture”, affirme-t-elle. L’occasion de soulever le problème, mais aussi de faire connaitre celles qui en souffrent au quotidien. 

Les partenaires veulent à tout prix faire bouger l’État marocain sur le sujet. Et pour cause, rappelle la FLDDF dans son communiqué, ce dernier avait ratifié en 1993 la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW/CEDEF).  “Depuis, de nombreuses mesures législatives, administratives et institutionnelles ont été promulguées, et interagissent pour soutenir l’accès des femmes à leurs droits fondamentaux”, reconnait l’association. Et d’estimer que ces mesures devraient s’accompagner de la mise en oeuvre de “la chaîne de prise en charge des femmes victimes de violences, ainsi que l’offre d’hébergement en cas de danger”. Ce service doit être amélioré, insiste l’association, “afin de donner la possibilité de quitter le cercle de violence aux femmes qui subissent des violences dans la sphère privée”.