MAROC
18/10/2019 10h:02 CET

Catalogne: journée explosive à Barcelone après quatre nuits de violences

Ce vendredi doit être le point d'orgue de la mobilisation des indépendantistes catalans qui secouent Barcelone depuis les lourdes condamnations de plusieurs de leurs dirigeants.

JON NAZCA / REUTERS
Vendredi explosif à Barcelone après quatre nuits de violences (ici un militants devant des barricades en feu à Barcelone le 17 octobre) 

CATALOGNE - “Marche de la liberté.” Barcelone se prépare à vivre vingt-quatre heures explosives ce vendredi 18 octobre, au cinquième jour de la mobilisation des indépendantistes catalans contre la condamnation de leurs dirigeants par la justice espagnole.

En ce jour de “grève générale”, les “marches de la liberté” parties de toute la région doivent converger à Barcelone où une manifestation massive est prévue dans ce qui s’annonce comme le point d’orgue de la semaine. Des dizaines de milliers de séparatistes protestent depuis ce lundi contre les lourdes peines de neuf à treize ans de prison infligées à leurs leaders pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017. 

Et à en croire les images de la nuit de jeudi à vendredi, les esprits sont très loin d’être calmés. Selon les journalistes de l’AFP sur place, des centaines de jeunes, criant “Indépendance”, ont monté des barricades enflammées dans le centre chic de la grande métropole catalane et lancé des cocktails molotov sur les forces de l’ordre qui pour leur part ont tiré des balles en mousse sur les manifestants.

Quatre nuits de violence

Plus tôt dans la soirée jeudi, une manifestation, à l’appel des militants radicaux des Comités de Défense de la République (CDR), avait réuni environ 13.000 personnes après une manifestation étudiante ayant rassemblé 25.000 personnes dans l’après-midi. “Les actions que nous menons depuis plusieurs jours sont dues à l’impuissance que nous ressentons car l’Etat espagnol persiste dans son refus (de l’indépendance) et ses menaces et l’Europe dans son silence”, a expliqué à l’AFP un jeune homme de 23 ans présent dans le cortège.

Nées de la frustration d’une partie de la base indépendantiste, deux ans après l’échec de la tentative de sécession de 2017, ces violences marquent un tournant pour le mouvement séparatiste qui s’est toujours targué d’être non-violent.

Mardi et mercredi, la ville avait déjà vécu de véritables scènes de guérilla urbaine entre manifestants et policiers après de premiers heurts lundi lors du blocus de l’aéroport par des milliers de personnes.

Selon le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska, 97 personnes ont été arrêtées en Catalogne et 194 policiers blessés depuis le début des manifestations lundi. Sur la seule journée de mercredi, 96 personnes ont été blessées selon les services de secours, dont 58 à Barcelone.

Le gouvernement madrilène sous pression

À moins d’un mois des prochaines élections législatives, cette semaine de violences catalanes prend forcément un tour politique. Outre le conseiller municipal Manuel Valls qui demande le départ du président de la région, les critiques se concentrent sur le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sanchez et sur les dirigeants indépendantistes. 

Le premier d’entre eux, le président de la communauté autonome catalane Quim Torra, qui a fini par condamner les violences mercredi soir, a justement tenu un discours de défi à l’Etat espagnol devant le parlement régional.

De leur côté, la droite et le centre exigent du gouvernement socialiste qu’il prenne des mesures exceptionnelles pour rétablir l’ordre public. Le chef du gouvernement Pedro Sanchez est “dépassé par les événements”, a dénoncé jeudi Ana Pastor, une dirigeante du Parti Populaire (PP, droite) qui réclame la reprise en mains par l’Etat de la sécurité, qui dépend en Catalogne du gouvernement régional.

Alors que s’annonce une journée particulièrement compliquée ce vendredi, comme le montrent les images ci-dessous, de colonnes de manifestants qui affluaient cette semaine vers la capitale catalane, le gouvernement central, comme le président de la région sont plus que jamais attendus au tournant.

Cet article a été initialement publié par Le HuffPost France.