ALGÉRIE
08/11/2019 18h:55 CET | Actualisé 08/11/2019 19h:03 CET

Vendredi 38 : Sétif, ville du 8mai 1945, capitale de la liberté

Ghada Hamrouche pour le HuffPost Algérie
Vendredi 38 à Sétif

14 heures, un petit 10° et des averses éparses. Les Sétifiens, ceux qui ne sont pas à la mosquée attendent que l’imam Boudoukha de la Mosquée Al Atik termine la prière du vendredi. La prière dure jusqu’à 14h30. La procession commence aux cris de Allah Akbar. Elle vient de la rue de Constantine, à pas soutenus pour prendre la direction du  siège de la wilaya où une foule nombreuse attendait déjà.

L’habitué de la manifestation à Alger n’est pas dépaysé. Entre le mall de Sétif  devenu un centre névralgique de la ville, et le siège de la wilaya les manifestants marquent une longue pause. Elle annonce le ton de ce vendredi 38. “Olé Ola Bouteflika Mat Olé ola Khla khams bnat”(Bouteflika est mort et a laissé cinq filles) scandent en choeur les manifestants..Mordante ironie pour redire un non franc aux élections et faire un sort aux cinq candidats.

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Les 5 candidats parodiés par les manifestants sétifiens

Alger n’est pas l’Algérie? Certes. Mais les Algériens sont les mêmes partout et ils résistent. A Sétif,  capitale du soulèvement du 8 mai 1945, les pancartes le disent: “Même si les magistrats se sont rendus le peuple résiste”. De la détermination à en revendre.

Ghada Hamrouche pour le HuffPost Algérie
Manifestation du vendredi 38 à Sétif

15H. Minute de silence à la mémoire des trois soldats tombés sous les balles assassines des terroristes à Damous  wilaya de Tipaza. On.enchaîne avec l’hymne national et le “djeich-cha”ab khawa khawa”. On marque que l’armée nationale est celle du peuple, on ne confond pas avec le commandement impliqué en politique.

Ghada Hamrouche pour le HuffPost Algérie
Minute de silence en hommage aux trois soldats tombés sous les balles assassines des terroristes à al Damous

La manifestation remonte l’avenue pour longer le secteur militaire de Sétif relevant de la 5e région militaire avec les “les généraux à la poubelle we el djazaïr teddi el istiklal”.

Les manifestants arrivent sur les hauteurs vers le quartier de Laararssa. Ils longent la longue avenue et gagnent en nombre au fil de leur progression.

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Vendredi 38 à Sétif

Arrivés au quartier Tandja ( Tanger), les ruelles devient très étroites et les manifestants interpellent les habitants de ce quartier connu pour être frondeur avec les “wina rakouma ya tandja wine rakoum”. Sur le refrain téméraire de “Adouna ga3 lel habs we al cha3ab mahouch habes” (mettez-nous tous en prison, le peuple ne s’arrêtera pas), un vieux bonhomme, drapé dans un emblème national et coiffé par un autre, danse  face à cette procession.

De vieilles dames, en robe sétifiennes, sortent sur les perrons et lancent leur zgharites (youyou) tout en s’excusant, petits sourires au lèvres auprès de ceux qui veulent les prendre en photos ou les filmer. “Nous ne portons pas nos mlayates et hidjabs on ne veut pas qu’on nous voit partout comme ça”, s’excusent-elles.  Ici à Tandja, elles sont chez elles et maîtresses du quartier où les odeurs de Mfermssa (chakhchouka) et l’encens embaume l’air glacial en cette veillée du Mawlid Ennabaoui al Charif. 

La procession continue pour arriver à nouveau à la rue de Constantine. On remonte  vers la wilaya. Un parcours de plus de 7 kms franchi à pas soutenus par un temps glacial. Devant le siège de la wilaya de Sétif, nouvel arrêt et on chante en choeur “la Tebboune la Bensalah al nidham tayeh tayeh” ( Ni Teboune ni Bensalah, le régime tombera à coup sûr).

Ghada Hamrouche pour le HuffPost Algérie
Drapeau amzigh sur les épaules face aux policiers

Une dame drapée du drapeau amazigh défie les policiers “al rajel idji yedih” (Venez me l’arracher si vous le pouvez) pendant qu’on entend au loin chanter la Liberté de Soolking dans cette ville antre de la liberté.