ALGÉRIE
03/08/2019 10h:15 CET | Actualisé 03/08/2019 14h:12 CET

Vendredi 24 : La “désobéissance civile” fait un retour controversé au sein du “Hirak”

L’idée de “désobéissance civile”, présente dans le mouvement populaire depuis ses débuts sans jamais percer, a fait un retour remarqué lors du 24eme vendredi de la contestation. Cette évocation de la “désobéissance civile”, révélatrice des tensions grandissantes entre le mouvement populaire et le chef de l’armée, est davantage un slogan “de réaction” qu’une démarche.

Ramzi Boudina / Reuters

Une stratégie de désobéissance civile suppose l’existence d’une ou de plusieurs organisations structurées capables de l’assumer et de l’encadrer. Ce qui n’est pas le cas de l’Algérie avec un mouvement populaire contestataire qui ne se reconnaît dans aucune organisation existante et qui refuse, en l’absence de signaux clairs d’une volonté de changement de la part du régime, de se doter d’une représentation. Le mouvement populaire n’oublie pas comment le régime est parvenu par le passé à circonscrire les contestations en “prenant en charge” ses représentants, le dernier exemple étant le mouvement des arouchs. Mais ce rejet, préventif, d’une représentation contraint de facto le mouvement à une démarche pacifique patiente, une démarche “démonstrative” qui limite les capacités du régime à s’engager, sans risque, dans une grande répression.

 

Une réplique

L’évocation, hier, de la “désobéissance civile”, est un  signe évident d’une exaspération grandissante d’une partie du mouvement populaire face à la volonté du régime d’en rester à son agenda présidentiel et son refus d’accéder à la revendication de la libération des détenus d’opinion. Le dernier discours du chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, qui a discrédité davantage le “panel” de Karim Younes pour avoir “osé” réclamer des gestes d’apaisement,, a été perçu comme message dur en direction des manifestants.

 

 Le “Rahou Jay, El 3issyane al-madani” est une réplique directe à ce discours, mais il n’est manifestement pas traduisible sur le terrain au vu de l’absence d’organisations structurées, disposant de suffisamment de crédit, pour le porter.

 

La faisabilité d’une désobéissance civile menée par un mouvement sans représentation - ce qui fait sa force et le rend difficilement malléable par le régime - est quasi-nulle. Une stratégie de désobéissance civile suppose un degré d’organisation qui n’existe pas actuellement en Algérie.Ce n’est pas la première fois que des appels à la désobéissance civile ou à la “grève générale” ont été lancé, à chaque fois, sans succès. Son “succès” de ce vendredi fait partie de la gouaille avec laquelle le mouvement populaire répond à chaque signal de durcissement du régime. 

 

Les vendredi contestataires festifs mieux que la désobéissance 

Mais les arguments opposés à cette stratégie de désobéissance civile restent forts. Le plus évident est qu’un tel mouvement pourrait causer du tort à la population elle-même qui pourrait se voir priver de services - déjà déficients- et donc provoquer un vrai mécontentement. L’autre argument contre la désobéissance civile est que malgré son pacifisme il risque de donner prétexte au régime de s’engager dans une répression encore plus forte contre le mouvement populaire.

 

 Le sociologue et politologue Lahouari Addi, le souligne dans un post sur Facebook, “ ce serait la meilleure manière de diviser le hirak et de le faire échouer. Les tenants de la ligne dure à l’EM (état-major) n’attendent que l’occasion pour intervenir avec brutalité sous le prétexte de rétablir l’autorité de l’Etat. La désobéissance civile pourrait entraîner la paralysie des services de l’Etat. Qui serait la principale victime? C’est la population. Ce serait donner l’occasion rêvée à la ligne dure du régime de prétendre défendre les citoyens contre les agitateurs…”

Pour lui, les patientes marches du vendredi doivent continuer, “ le hirak est en train de gagner la partie: Hirak 24, EM 0. Attention les supporteurs de l’EM veulent provoquer un envahissement de terrain pour arrêter le match.”  A la désobéissance civile aux contours indéfinis et non compris par tous, il oppose les vendredi festif et persifleur de la “silmiya”.