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12/02/2019 09h:24 CET | Actualisé 12/02/2019 09h:29 CET

VAR en Ligue des champions: pourquoi après son encensement lors du Mondial, elle fait de plus en plus débat

L'assistance vidéo à l'arbitrage sera utilisée pour la première fois dans la compétition lors des 8e de finale.

Le HuffPost

FOOTBALL - Déjà utilisée dans la plupart des championnats européens majeurs, comme en France, en Espagne, en Allemagne et en Italie, l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) sera opérationnelle pour la première fois en Ligue des champions ce mardi 12 février, à l’occasion des huitièmes de finale aller.

Le principe sera le même que dans les championnats, avec quatre cas de figure connus (but, penalty, carton rouge, erreur d’identité) et un protocole qui ne prévoit d’intervenir qu’en cas “d’erreur claire et évidente ou d’incident non vu”.

Le 6 novembre dernier, après le match de poule entre Naples et le PSG (1-1), joueurs et dirigeants parisiens l’avaient vigoureusement réclamée. “On a besoin de la VAR, on a eu deux erreurs de l’arbitre”, avait pesté le président Nasser Al-Khelaïfi, tandis que le gardien Gianluigi Buffon avait renchéri: “L’arbitrage a eu un rôle important, on attend la VAR en Champions League parce qu’avec elle, c’est impossible d’avoir ces erreurs.”

Trois mois après ces déclarations, il y a de quoi être moins affirmatif avec les propos du champion du monde italien. En effet, depuis plusieurs semaines, il n’y a plus une journée de Ligue 1 qui ne se déroule sans une polémique liée à une utilisation litigieuse de la VAR: mauvaise décision après visionnage, absence incompréhensible de recours aux images, recours aux images jugés excessifs...

 

Les arbitres français sont-ils en train de perdre la tête après une entame de championnat puis une première partie de saison globalement maîtrisée dans leur utilisation de la VAR? Pour tenter d’apporter une explication, il faut faire machine arrière et s’attarder sur la Coupe du monde en Russie.

Introduite pour la première fois lors d’un Mondial, la VAR avait passé avec succès ce test tant attendu. Selon la Fifa, lors des 48 matches du premier tour, “335 incidents ont fait l’objet d’une vérification” par l’équipe d’assistance vidéo à l’arbitrage. Pour un taux de décisions correctes de 99,3% grâce à elle, contre 95% sans. Lors des matches à élimination directe (16), on avait presque fini par oublier la VAR, très peu sollicitée. Et puis, quand elle l’a été, ce fut notamment pour valider un penalty capital pour les Bleus contre la Croatie en finale, donc autant dire que cette nouvelle technologie avait belle presse dans l’Hexagone.

Une même action, trois interprétations

Arrivée ensuite un mois plus tard pour la première fois en Ligue 1, elle avait même fait une entrée en fanfare en permettant la validation d’un penalty accouchant du premier but de la saison, lors d’OM-Toulouse le 10 août.

Depuis, l’idylle est un peu moins rose. Des polémiques ont fini par éclater, notamment au mois de janvier. L’utilisation de la VAR lors de PSG-Rennes le 27 janvier, après une grosse faute d’un défenseur parisien, est encore dans toutes les têtes.

À la 33e minute, l’attaquant rennais M’Baye Niang, très en retard, avait violemment fauché la cheville droite de Thilo Kehrer. L’arbitre Karim Abed n’avait d’abord sorti qu’un simple carton jaune. Alerté par ses assistants vidéo sur la dangerosité du geste et après avoir visionné les images vidéo, il ne s’était pas déjugé, alors que la VAR avait notamment été conçue pour revenir sur ce genre d’actions où un carton rouge s’impose. Ce qui était clairement le cas dans cette situation.

“J’ai fait deux erreurs, avait reconnu après le match l’arbitre. Tout d’abord sur ma première décision en ne donnant qu’un avertissement, puis une seconde fois en visionnant les images. J’ai manqué de lucidité et de recul à chaud et j’aurai dû exclure le joueur rennais. Même si on travaille pour éviter une erreur, elle peut exister.”

Dans d’autres rencontres de L1, à la résonance médiatique moindre par rapport à celles impliquant le PSG, l’OM ou Lyon, des utilisations douteuses de la VAR existent bel et bien et font enrager les supporters de clubs qui se débattent parfois en bas de tableau.

Ainsi, cette séquence lors de trois matches successifs de janvier laisse quelque peu perplexe. Le 16 janvier, après visionnage des images par l’arbitre, un penalty est accordé aux Niçois en fin de match lors du derby à Monaco, alors que le joueur s’est pourtant laissé tomber dans la surface avant le contact avec le défenseur. Quatre jours plus tôt, lors de Guingamp - Saint-Étienne, un cas identique se produit dans la surface sans que l’arbitre et ceux derrière leurs écrans télé ne signalent quoi que ce soit. Enfin, le 20, la même “faute” est cette fois-ci sifflée lors d’Angers-Nantes, avant que le penalty ne soit cette fois-ci logiquement annulé par l’arbitre après recours à la VAR.

Début décembre, l’AS Saint-Étienne, sur Twitter, était allée jusqu’à publier un montage vidéo pointant du doigt des failles d’arbitrage liées à la VAR sur des actions impliquant ses joueurs.

Des polémiques aussi à l’étranger

Les controverses existent aussi à l’étranger. Ainsi, le 6 janvier en Liga, l’entraîneur du Real Madrid Santiago Solari s’était montré furieux après la décision de l’arbitre de ne pas siffler de penalty suite à un contact apparent entre le gardien de la Real Sociedad et l’attaquant madrilène Vinicius Jr alors que celui-ci filait au but. Suite à cette action, l’arbitre n’avait pas consulté l’équipe chargée de la VAR, qui ne lui avait pas non plus signalé la faute.

Le 20 janvier, un but du Barça contre Leganés semblait avoir été entaché d’une faute préalable de Luis Suarez, qui avait percuté le gardien adverse les crampons en avant. Cette faute n’avait pas été signalée par la VAR, car elle n’entrait pas selon dans la catégorie des erreurs manifestes. Le but a été validé.

D’autres utilisations de la VAR agacent aussi, quand par exemple les images viennent (logiquement) annuler tardivement un but inscrit alors que l’un des joueurs de l’action était hors-jeu au départ de l’action. Lors de Reims-Nice le 19 janvier, les locaux et leur public ont ainsi cru pendant deux bonnes minutes qu’ils venaient de faire le break à 2-0 avant que l’arbitre n’annule le but dans l’incrédulité générale. Un scénario d’autant plus cruel que les Rémois se verront rejoindre au score à la 99e minute sur un penalty... accordé par la VAR.

L’entraîneur du PSG Thomas Tuchel avait par ailleurs pesté le 2 décembre après un nul contre Bordeaux (2-2), pointant du doigt des visionnages de la VAR fantômes et abusifs: “On regarde (l’assistance vidéo) sur un but régulier (celui de Neymar sur l’ouverture du score, NDLR) pendant cinq minutes pour trouver quelque chose, et nous avons (ensuite) deux occasions de regarder des situations cruciales pour un penalty et on ne regarde pas... On doit regarder, non?”

Et quand ce n’est pas la décision liée à la VAR qui pose problème, c’est que celle-ci est en panne, comme ce fut le cas lors de Monaco-Strasbourg le 19 janvier, ce qui avait eu le don de passablement énerver Thierry Henry.

Bilan global favorable

“Depuis le début de la saison, sur un total de plus de 200 matches de Ligue 1 et de Coupe de la Ligue, le service VAR n’a été interrompu qu’à quatre reprises”, avait ensuite précisé le directeur technique de l’arbitrage Pascal Garibian.

Malgré la multiplication des cas de mauvaise utilisation de la VAR ces derniers temps, qui prennent souvent rapidement des proportions médiatiques importantes, il faut sérieusement contrebalancer ce tableau noirci.

Avec la multiplication des matches, environ 270 en France (L1 + Coupe de la Ligue) depuis l’introduction de la VAR, sans compter ceux des championnats européens l’utilisant, il y a inévitablement et statistiquement plus de chances de voir apparaître des erreurs.

Mais dans sa globalité, l’assistance vidéo à l’arbitrage affiche un bilan favorable. Le 8 janvier, les dirigeants de la Ligue de football professionnel (LFP) ont rappelé que “75% des erreurs constatées ont été corrigées par la VAR” lors de la première partie de saison en Ligue 1.

Appliqué pour la première saison en Liga, la VAR est intervenue à l’occasion de 190 matches de championnat sur 59 actions, dont 58 corrigées par la VAR, et sur 6,23% des buts marqués.

Partout en Europe, le bilan est globalement positif: “L’assistance vidéo a permis de diviser par trois le nombre d’erreur impactant le déroulement d’un match”, affirmait en octobre Pascal Garibian, le patron des arbitres français.

Parmi les bonnes utilisations de la VAR cette saison, on note par exemple ce carton jaune pour William Vainqueur lors de Guingamp-Monaco le 29 janvier (en Coupe de la Ligue), logiquement transformé en rouge après visionnage des images par l’arbitre.

Ou encore ces deux buts accordés au PSG à Monaco le 11 novembre grâce à la VAR, alors que les arbitres assistants avaient initialement levé leur drapeau pour hors-jeu. Juste avant la mi-temps, c’est cette fois-ci un but accordé aux Parisiens qui avait finalement été logiquement refusé grâce aux images pour... hors-jeu.

Après plus d’une moitié de saison et des centaines d’utilisation de la VAR, ce qui en ressort est le constat suivant: ce système d’aide à l’arbitrage ne parviendra jamais à éliminer 100% des erreurs, tout comme il ne mettra jamais tout le monde d’accord, certains se forgeant des avis différents sur une même action après le revisionnage des images. Finalement, comme avant l’arrivée de la VAR, tout reste et restera une question d’interprétation de l’arbitre de champ, seul homme à trancher définitivement sur le terrain

Cet article a été initialement publié par le HuffPost France.