MAROC
28/03/2018 12h:25 CET | Actualisé 28/03/2018 12h:30 CET

La table ronde "Femmes et religion" à laquelle devait participer Asma Lamrabet se tient... sans Asma Lamrabet

Depuis sa démission, l'essayiste progressiste préfère se faire discrète sur la scène publique et médiatique.

FEMMES - La table ronde à laquelle Asma Lamrabet devait participer, ce mardi 27 mars à Rabat, aurait pu se transformer en meeting de soutien, tant le public était venu nombreux. Mais c’était sans compter l’absence inopinée de l’essayiste progressiste.

Avant le coup d’envoi de l’événement, une foule attend devant l’Institut Cervantes de Rabat où devait se tenir cette table ronde sur le thème “Femmes et religion”, et qui devait réunir Asma Lamrabet la théologienne espagnole Maria Angeles Lopez Romero. Une foule prévisible, au vu de l’engouement qu’a suscité cet événement sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Si Facebook n’est pas toujours une source fiable pour prévoir le nombre de personne présentes à un événement, la page annonçait tout de même plus de 450 personnes prévoyant de venir... et 3500 intéressées! Des chiffres impressionnants compte tenu de la modeste taille de la salle de conférence de l’Institut espagnol de Rabat, avec ses quelque 150 places assises.

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Salle comble

Dans la salle, toujours pleine malgré le désistement de dernière minute, un jeu de chaises musicales s’opère. Le directeur de l’Institut prend la place de Hakima Lebbar, psychanalyste, galeriste et militante des droits de la femme, qui devait animer le débat, pendant que cette dernière prend celle d’Asma Lamrabet.

“Vous comprendrez qu’aujourd’hui, elle ne pouvait pas être là vu les circonstances de sa démission de la Rabita”, explique la militante à la salle. “Du fait de sa prise de position pour l’égalité en héritage, elle a subi d’énormes pressions,  elle n’était donc pas disponible aujourd’hui pour participer à ce débat”, poursuit Hakima Lebbar.   

Même son de cloche du côté de l’institut, dont les organisateurs affirment qu’Asma Lamrabet a choisi d’annuler sa présence compte tenu de sa “situation actuelle”. “Nous l’avons invitée bien avant tout cela, je l’ai invitée moi-même car je la connais bien”, déclare au Huffpost Maroc une responsable du Cervantes. 

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Levée de boucliers

À quelques reprises au cours de la conférence, Hakima Lebbar s’est désolée de l’absence de la théologienne, mais aussi de sa récente démission. “En ayant Asma Lamrabet à la Rabita Mohammadia, nous étions très contents car elle créait un lien entre la société civile et la Rabita”, dit-elle, répondant à une question posée dans l’assistance sur la fameuse pétition qui a valu à Asma Lamrabet de démissionner.

“Depuis que cette pétition circule, il y a eu une levée de boucliers”, continue la militante. “Peut-être était-ce trop tôt, mais il y a eu une résistance qui s’est exprimée et il va falloir les affronter au fur et à mesure. Cela nous donne aussi un peu la température, de voir que la résistance est forte, qu’elle est là et que nous devrons y faire face”.

Si Asma Lamrabet préfère désormais se faire discrète sur la scène publique et médiatique, elle s’est cependant exprimée une première fois lundi 26 mars dans un communiqué, pour expliquer sa démission. La médecin, biologiste et essayiste y confirme que ce sont bien ses propos en faveur de l’égalité dans l’héritage qui l’ont contrainte à démissionner lundi 19 mars, après avoir suscité la controverse au sein de l’instance religieuse. Remerciant “tous ceux et celles” qui l’ont soutenue lors de l’annonce de sa démission, Asma Lamrabet affirme qu’elle poursuivra “sereinement et librement” son engagement.