MAROC
22/11/2018 18h:23 CET

Une pétition rejette la venue du prédicateur égyptien Omar Abdelkafi à Rabat

Les signataires mettent en avant son extrémisme.

Capture d'écran Youtube

RELIGION - Le prédicateur égyptien Omar Abdelkafi est attendu au théâtre national Mohammed V de Rabat ces 24 et 25 novembre, pour y donner des conférences sur les thèmes de l’humilité et du respect de soi et des autres. Mettant en avant son “extrémisme” et sa “misogynie”, des intellectuels marocains se sont insurgés de cette venue au travers d’une pétition, partagée le 21 novembre.

“Non à la haine et à l’extrémisme”. C’est le nom donné à la pétition, signée par 15 intellectuels marocains, auxquels se “sont ajoutés des centaines de signatures”, souligne au HuffPost Maroc Abdou Berrada, journaliste à la retraite et signataire de la pétition. A ses côtés, on retrouve Ahmed Aassid (écrivain), Fouad Abdelmoumni (défenseur des droits humains), Bichr Bennani (éditeur), Mohammed Madani (universitaire), Abdelaziz Nouaydi (avocat, universitaire) ou encore Aadil Essaadani (association Racines).

“A l’origine de cette pétition, il y a l’indignation d’un petit nombre d’amis sans attaches partisanes qui aiment leur pays”, ajoute-t-il. 

Extrémisme et misogynie

La pétition, à laquelle le HuffPost Maroc a pu accéder, donne les détails de cette prise de position. “Cheikh Abdelkafi est connu pour ses prêches extrémistes qui attisent la haine contre les autres religions du Livre. Il maintient que les chrétiens haïssent les musulmans et les traite de ‘mangeurs de cochons’”. 

Les signataires soulignent également son “admiration pour le criminel nazi Adolf Hitler” et mettent en avant un “prédicateur misogyne, connu pour ses nombreux prêches discriminatoires envers la femme musulmane”. 

“L’invitation de ce prédicateur extrémiste ne saurait se justifier en aucun cas. Avons-nous besoin d’inviter dans notre pays ce chantre de l’intolérance au moment où le Maroc s’apprête à recevoir des chefs d’Etat du monde entier et à quelques mois de la visite officielle du pape François? De quel droit se servira-t-on d’un théâtre financé par l’argent du contribuable marocain comme plateforme de prosélytisme islamiste dangereux?”, ajoutent les signataires. 

“Le plus grave est le fait d’inviter ce monsieur et de le programmer au théâtre national, parce cela implique directement le gouvernement marocain. Cela dément d’un seul coup tous les beaux discours royaux d’un Maroc patrie d’un islam tolérant”, souligne de son côté Abdou Berrada.

Les conférences sont maintenues

La pétition demande l’annulation de la venue du prédicateur, suivi par plus de 370.000 fidèles sur Facebook. Une venue organisée par l’association islamiste Al Joud.

“Le nom des signataires de la pétition est écrit en toutes lettres sur la première liste contrairement aux organisateurs de cette supercherie qui se cachent derrière une association totalement inconnue. Ces gens présentent des conférences comme étant ‘culturelles et littéraires’ alors qu’il ne s’agit de rien d’autre que d’appels à la haine contre les non-musulmans et les femmes”, ajoute l’ancien journaliste.

“Cette invitation constitue une insulte à nos concitoyens non-musulmans, un affront à la femme marocaine et un démenti catégorique de l’islam ouvert et tolérant dont nous nous présentons partout comme en étant les ardents défenseurs”, conclut la pétition. 

Un responsable de l’association islamiste Al Joud, qui organise l’évènement, a cependant indiqué à l’AFP que l’invitation était maintenue. “Selon cette source, il n’y a ‘rien de haineux’ dans les prêches de cheikh Abdelkafi, âgé de 67 ans”, précise l’agence de presse.

Premiers  signataires :

Ahmed Aassid (écrivain), Fouad Abdelmoumni (défenseur des droits humains), Bichr Bennani (éditeur), Abdou Berrada (journaliste), Omar Brouksy (universitaire, journaliste), Aicha Elbasri (auteure, ancienne porte-parole de l’ONU au Darfour), Abderrahim Jamaï (avocat, ancien bâtonnier), Abdellah Hammoudi (universitaire), Mohammed Madani (universitaire), Abdelaziz Nouaydi (avocat, universitaire), Aadil Essaadani (association Racines), Abdellatif Fathi (professeur), Mohamed Moutawakil (traducteur), Suleiman al Houari (poète), Driss Ksikes (écrivain).