MAROC
08/06/2019 16h:55 CET

Une ONG dénonce la discrimination envers les migrants marocains détenus en Espagne

En 2018, un tiers des migrants internés dans les centres de détention pour étrangers étaient des Marocains.

AFP Contributor via Getty Images

IMMIGRATION - Le Service jésuite des migrants-Espagne (SJM-E) alerte sur les cas de “discrimination d’origine” envers les Marocains entrés illégalement sur le territoire espagnol. Dans son rapport annuel sur les centres de détention pour étrangers (CIE) présenté jeudi 6 juin, l’ONG dénonce le traitement différencié accordé aux personnes d’origine maghrébine qui se présentent au poste de police à leur arrivée dans le pays.

Plus des deux tiers (68%) du total des personnes internées dans les CIE en 2018 étaient d’origine marocaine (35,66%) et algérienne (31,99%). Au contraire, le SJM constate depuis août que les personnes d’origine subsaharienne ou asiatique ne sont plus internées au CIE car dès leur arrivée, elles sont envoyées dans des centres d’accueil temporaire pour étrangers (CATE) où elles ont accès à des aides humanitaires, contrairement aux Maghrébins qui sont envoyés dans les CIE où ils peuvent plus facilement être expulsés dans leur pays.

“Déjà dans cette phase de détention initiale de 72 heures, il y a des indications de traitement discriminatoire à l’égard des personnes d’origine maghrébine”, souligne le SJM-E qui a envoyé plusieurs équipes enquêter dans cinq des huit CIE opérant en Espagne, à Madrid, Barcelone, Valence, Algésiras et Tarifa. Pour le SJM-E, “les lieux d’accueil humanitaire doivent être destinés aux personnes en situation de vulnérabilité, quelle que soit leur nationalité”.

La rapport révèle également que 7.855 personnes - 7.676 hommes et 179 femmes - ont été envoyées dans les CIE en 2018, année au cours de laquelle l’Espagne a enregistré un nombre record d’arrivées irrégulières, atteignant près de 65.000, rapporte l’agence de presse espagnole Europa Press. Le nombre de détenus dans ces centres est légèrement inférieur à celui de 2017, où ils étaient 8.814 à être passés dans les CIE.

Au cours d’une conférence de presse, la coordinatrice du SJM, Maria del Carmen de la Fuente, a affirmé que l’internement dans ces centres était utilisé dans le cadre de la “gestion et du contrôle” des frontières et comme “un outil” permettant d’effectuer le retour des migrants venant de la frontière sud vers leur pays d’origine, en particulier ceux d’origine maghrébine, indique la même source.

“Nous continuons d’exiger la fermeture de l’ensemble des CIE et le développement de solutions de substitution à la détention”, a-t-elle indiqué, estimant que les CIE “sont des lieux de souffrance inutile, où les droits sont violés”. L’ONG condamne notamment les mauvaises conditions d’accueil des migrants dans ces centres, les traitements dégradants et humiliants, les lacunes en matière d’assistance juridique et sanitaire et la difficulté d’accès aux demandes d’asile.