MAROC
23/02/2019 12h:22 CET

Une mystérieuse créature vieille de 480 millions d'années enfin identifiée grâce à ses tripes retrouvées au Maroc

Des tissus mous fossilisés ont permis d'en savoir plus sur cet ancêtre des oursins.

Rich Mooi / California Academy of Science

SCIENCE - Des fossiles découverts au Maroc pourraient bien mettre un terme aux spéculations scientifiques autour d’une mystérieuse créature qui vivait sur terre il y a environ 480 millions d’années, bien avant l’apparition des dinosaures.

Une étude publiée début février dans la revue scientifique Geobios par une équipe de chercheurs français et marocains fait en effet la lumière sur cette créature, connue sous le nom de stylophore.

Cette nouvelle étude, basée sur les traces de tripes fossilisées de cet animal retrouvées au Maroc, a révélé qu’il s’agissait d’échinodermes, les ancêtres d’animaux que nous connaissons aujourd’hui tels que les oursins, les étoiles de mer, les crinoïdes ou encore les concombres de mer, rapporte le média spécialisé Live Science.

Cette découverte a été rendue possible grâce à “des preuves non équivoques de parties molles exceptionnellement préservées, à la fois dans l’appendice et dans le corps des stylophores”, a déclaré l’auteur principal de l’étude, Bertrand Lefebvre, chercheur CNRS au Laboratoire de géologie de Lyon (France).

Les stylophores, qui mesuraient entre 0,5 et 4 cm, étaient dotés d’un test (sorte de coquille) massif et aplati, avec des prolongements en forme de lames qui leur permettaient, tels des raquettes, de se mouvoir sur des fonds meubles, indique le CNRS sur son site.

GEOBIOS

Ces fossiles ont été découverts lors de fouilles menées en 2014 dans la formation de Fezouata, située au bord du désert du Sahara, dans le sud du Maroc, précise Live Science. Les fouilles ont permis la découverte de nombreux fossiles, dont environ 450 spécimens de stylophores, datant chacun d’il y a 478 millions d’années.

Mais les chercheurs ne se sont pas rendus compte immédiatement que certains fossiles comprenaient des tissus mous préservés. “Ce n’est que lorsque nous les avons déballés et regardés sous le microscope binoculaire, dans le laboratoire de Lyon, que nous avons pu voir les parties molles”, a déclaré Bertrand Lefebvre à Live Science. “Leur présence et leur identification ont été confirmées par des observations et des analyses au microscope électronique à balayage”, a-t-il précisé.

La découverte de ces tissus mous est sans précédent. Des fossiles de stylophores ont été découverts dans le monde entier depuis les années 1850, mais comme les tissus mous sont rarement fossilisés, les stylophores n’étaient connus que par leurs parties squelettiques dures et non par leurs viscères spongieux, précise Live Science.

Depuis 150 ans, les paléontologues avaient ainsi proposé diverses théories sur la formation des styolophores et sur les fonctionnalités de leur appendice, comparé par certain à une tige de nénuphar. 

Selon Peter Van Roy, paléobiologiste à l’Université de Gand en Belgique, qui n’a pas participé à l’étude, cet appendice aurait eu des fonctions similaires à celles d’un bras d’étoile de mer. Selon lui, il contenait un système vasculaire aquatique qui aurait aidé les créatures à bouger et à manger, tout comme les bras de l’étoile de mer.

Mais les stylophores n’ayant pas cinq bras comme les étoiles de mer, ils les auraient probablement perdus, ce qui signifie qu’ils étaient plus “avancés” que les autres échinodermes, selon le spécialiste.