MAROC
09/07/2018 18h:31 CET

Une Iranienne condamnée à 4 ans de prison et 80 coups de fouet pour avoir… dansé!

Libérée sous caution, elle a été contrainte de s'excuser sur la chaîne de télévision gouvernementale.

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DROIT DES FEMMES - Depuis le mois de juin, de nombreuses femmes iraniennes se sont filmées en train de danser dans l’espace public et parfois même sans porter le hijab. Un geste contraire à l’interdiction stricte de danser devant des hommes qui ne sont pas des membres de leur famille. Plusieurs d’entre elles ont été arrêtées par la police, écopant parfois d’une lourde sanction.

4 ans de prison et 80 coups de fouet

Être une femme et vouloir être libre ne fait pas bon ménage en Iran. Maedeh Hojabri, une jeune adolescente iranienne vivant à Téhéran, en a payé le prix. Âgée de 17 ans, sa vie a bien failli basculer pour une histoire de quelques déhanchés partagés sur les réseaux sociaux.

La jeune femme avait l’habitude de se filmer en train de danser sur de la pop rythmée, dans des vidéos où elle apparaissait sans voile, rouge aux lèvres, tatouage apparent, pantalon taille basse et haut sexy, avant de les partager sur son compte Instagram où la suivent plusieurs dizaines de milliers d’abonnés.

En tout, elle a partagé une centaine de vidéos. Un affront, selon les autorités iraniennes qui ont arrêté la jeune femme et qui l’ont condamnée à 4 ans de prison et 80 coups de fouet, pour un geste qu’ils considèrent anti-islamique.

“Partout dans le monde, des jeunes filles de 17 et 18 ans sont arrêtées et emprisonnées pour leur danse, leur joie et leur beauté, accusées de propager la prostitution... Parce que ce n’est pas crédible pour eux!”.

“La jeune danseuse Maedeh Hojabri a été arrêtée en Iran. Elle avait l’habitude d’enregistrer des vidéos de danse dans sa chambre et de les partager sur son compte Instagram qui compte 600.000 abonnés”.

Forcée de s’excuser à la télévision

En Iran, la danse est interdite et les femmes ont depuis toujours l’obligation de couvrir leur corps, excepté le visage et les mains. Après quelques jours passés en prison, la police affirme que Maedeh Hojabri a été libérée sous caution et son compte Instagram a été supprimé. Peu de temps après sa libération, elle a dû s’expliquer sur la chaîne télévisée du gouvernement.

Elle apparaît sur fond noir, le visage flouté et très difficilement reconnaissable. En pleurs, la jeune Iranienne explique pourquoi elle produisait ces vidéos, et jure que “ce n’était pas pour attirer l’attention”. “J’avais des abonnés et ces vidéos étaient pour eux”, poursuit-elle, “je n’avais aucune intention d’encourager les autres à faire de même… J’ai travaillé seule, je n’ai reçu aucune formation. Je fais seulement de la gymnastique”.

D’autres victimes détenues pour des chefs d’accusations similaires

Malheureusement, Maedeh Hojabri n’est pas la première à être victime des autorités iraniennes. Selon le site d’informations locales Shabooneh, ces dernières semaines, trois autres personnes auraient été détenues pour des chefs d’accusations similaires avant d’être libérées sous caution.

De même que le 6 juillet dernier, une chaîne de télévision iranienne a diffusé le témoignage de plusieurs jeunes femmes avouant avoir été arrêtées pour avoir publié des vidéos d’elles en train de danser sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram.

L’ensemble des personnes arrêtées, au motif d’une utilisation “immorale” des réseaux sociaux, a été forcé de participer à un stage éducatif et également contraint de formuler des excuses sur la chaîne de télévision du gouvernement.

De nombreux Iraniens soutiennent les victimes

Pour de nombreux Iraniens, cette sentence est injuste et cruelle. Pour venir en aide à la cause féminine et soutenir Maedeh Hojabri, plusieurs femmes iraniennes mais aussi du reste du monde ont publié des vidéos de danse.

“Solidarité avec la danseuse adolescente Maedeh Hojabri. Les femmes iraniennes téléchargent leurs propres vidéos de danse. Maedeh Hojabri qui a été arrêtée et forcée de s’excuser à la télévision parce qu’elle a posté des vidéos d’elle en train de danser”.

“Les femmes iraniennes qui agissent pour le ‘mercredi blanc’ (le mouvement de lutte des femmes iraniennes pour le droit de ne pas porter de voile, ndlr) sont toujours en action pour leur liberté! Des femmes iraniennes partagent des vidéos de danse sur les réseaux sociaux après l’arrestation de Maedeh Hozhabri, 18 ans, qui avait partagé des vidéos d’elle en train de danser”.