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12/12/2015 08h:07 CET | Actualisé 12/12/2016 06h:12 CET

Une histoire de gel (Chronique)

J'achète mon pain et mon lait chez Akli. Il ouvre très tôt , Akli. A cinq heures du matin le rideau de son magasin fait : Rrr...ââ.

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J'achète mon pain et mon lait chez Akli. Il ouvre très tôt , Akli.

A cinq heures du matin le rideau de son magasin fait : Rrr...ââ.

La lumière surgit du dedans et se jette sur le trottoir avertissant de l'arrivée imminente des croissants chauds.

Akli est un commerçant futé. Ce n'est pas pour rien qu'il est debout aux aurores.

Il sait que son épicerie occupe une position stratégique dans la Cité: le trottoir qui la longe est le passage obligé pour tous ceux qui sortent de la mosquée après la prière du Fadjr.

Encore un peu somnolents, les bons croyants entrent , en quittant le lieu du culte, dans une zône d'ombre, y font quelques pas et puis "hop!", la boutique éclairée d'Akli les attire comme des papillons.

Se forme alors une colonne que se fait un immense plaisir d'accueillir notre petit bonhomme d'épicier.

Vue de loin, cette colonne grisâtre et silencieuse, me rappelle invariablement cette queue que font les soldats vaincus pour déposer leurs armes.

En général , je passe chez Akli après cette fournée de clients espérant qu'on m'aura laissé un pain sans sel.

Il est évident que j'ai alors en face de moi un Algérien béat.

Pour le taquiner un peu je lui dis:"Alors Akli , tu as fait le plein de bénédictions?" , ce que je fais suivre tout de suite d'un compliment, au demeurant sincère, d'être aussi matinal.

"Tu es le Saint Patron du quartier", lui ai-je dit un jour. D'habitude je ne passe qu'une seule fois chez le Saint Patron. C'est pourquoi ce jour là il fut étonné de me revoir.

"Tu as oublié quelque chose?" qu'il me fait.

"Oui, que je lui réponds. Mon fils m'envoie chercher du gel pour sa tignasse."

Là dessus, Akli pose sa main bien à plat sur son comptoir et semble soudain parti ailleurs. "Viens que je te dise", qu'il me fait encore.

Et le voilà qui tombe à bras raccourcis sur la jeunesse d'aujourd'hui. Et le voilà qui me raconte que, lui, aux premiers temps de son débarquement à Alger, il évitait de se faire parfumer chez le coiffeur de peur d'avoir à payer un supplément qui aurait alourdi la facture pour son père.

En remettant son gel à mon fils je n'ai pas vraiment eu le sentiment d'avoir été ruiné par mon rejeton.

Mais une idée saugrenue m'est venue. Je me suis retrouvé à me poser cette question idiote de savoir si, à Dieu ne plaise, mon benjamin décidait un jour de brûler la mer, oublierait-il ou pas, d'enduire de gel sa tignasse avant d'embarquer sur sa felouque ?

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