MAROC
26/07/2019 19h:54 CET | Actualisé 27/07/2019 13h:13 CET

Une féministe franco-marocaine victime de cyberharcèlement

Pour avoir dénoncé "le sexisme" du Tour de France.

Fatima-Zahra Benomar/Facebook

DROITS DES FEMMES - Fatima-Ezzahra Benomar est une Franco-Marocaine féministe. Il y a quelques jours, elle s’est saisie de ses réseaux sociaux pour dénoncer ce qu’elle estime être “les pratiques sexistes du Tour de France”, notamment à la remise des trophées aux vainqueurs. Dans une vidéo au média Konbini news, elle raconte le cyberharcèlement dont elle a été victime après son action. 

Une avalanche d’insultes s’est abattue sur elle. “Retourne au bled si ça ne te plait pas”, “on se voit à la chicha de la Courneuve vendredi soir. Ramène tes copines comme la dernière fois, gourmande”, “dégage Fatima, retourne au bled et arrête de nous faire chier avec tes idées débiles. Ici c’est la France, aime-la ou quitte-la”. D’autres lui lancent: “retourne au bled et va foutre ton burkini en plein cagnard et laisse les traditions françaises tranquilles” ou encore: “une Marocaine qui voudrait que l’on vive comme au bled”... Ce sont quelques unes des insultes dans le flot des injures racistes et islamophobes qu’a reçues Fatima-Ezzahra Benomar, pour avoir dénoncé, le 23 juillet, “les pratiques sexistes” lors de la cérémonie de remise de prix du Tour de France, notamment les “podium-girls”. 

Tradition de chaque fin d’étape du Tour, la cérémonie consiste à remettre au vainqueur son trophée sur un podium où deux jeunes femmes l’aident à enfiler son maillot avant de lui faire une bise sur la joue, devant les caméras. Accompagnée par quelques militantes féministes allemandes, Benomar s’est alors rendue devant le siège d’Amaury Sport Organisation, organisateur du Tour, pour déposer une pétition qui a déjà obtenu près de 28.000 signatures, précise France Inter. “Des hôtesses ont été engagées pendant des décennies. Le vent a tourné et nous devrions rompre avec cette tradition sexiste”, peut-on lire dans la pétition. Refoulée à l’entrée de l’immeuble, elle a poursuivi son action sur les réseaux sociaux.

Dès lors, si certains ont salué son action, beaucoup d’internautes alliés de la fachosphère se sont laissés aller à des insultes à caractère raciste, en partie à cause de ses origines marocaines. “Clairement, c’est plus difficile d’être militante féministe quand on s’appelle Fatima, parce que justement on va subir la double stigmatisation, en tant que femme et en tant que femme d’origine immigrée”, explique-t-elle dans la vidéo de Konbini news

“Quoi qu’il en soit, c’est une suite du CQFD (code qu’il faut défendre): donc elle est marocaine, donc on imagine qu’elle est musulmane, donc on imagine qu’elle est islamiste, donc on imagine qu’elle veut importer la charia en France. Tout ça devient très irrationnel, absurde, d’autant que ni dans le discours que j’ai tenu pendant l’action, ni dans la tenue que j’aurais eu, ni dans le comportement ou les revendications que j’ai portées, rien ne justifierait le sens de ces attaques”, poursuit-elle. 

Après les attaques sur Twitter et la modification de sa page Wikipédia où “p...” a été inscrit dans le champs de ses activités, c’est sur d’autres terrains qu’elle subit à nouveau la haine raciste. Dans un post publié sur son compte Facebook, elle raconte son intervention sur la chaîne française LCI, où elle a fondu en larmes après une question du présentateur. 

“Je viens de fondre en larmes en direct de LCI car le mec m’a demandé, dans le cadre d’une ITW (interview) liée au Tour de France, quelle était ma position sur le burkini. Ma gorge s’est serrée, vu que ça fait quand même trois jours qu’on me renvoie systématiquement à mes origines, et je n’ai plus maîtrisé ce qui a suivi. Je le regrette, il aurait fallut arriver à contre-argumenter plutôt que de réagir ainsi. C’était nerveux, j’accuse sans doute le coup. Mais ça m’embête beaucoup de n’avoir pas su défendre sereinement mes positions”, écrit-elle. 

Face à ses détracteurs, la jeune femme a fini par déposer une plainte auprès de la police du 11e arrondissement de la ville de Paris. Affaire à suivre...