TUNISIE
24/07/2018 12h:00 CET | Actualisé 24/07/2018 12h:02 CET

Une étude affirme qu'il existe 25.000 "esclaves modernes" en Tunisie, l’Instance nationale de la lutte contre la traite des personnes dément

Le rapport estime à 25.000 personnes, le nombre de tunisiens vivant une forme “d’esclavage moderne”, soit près de 2,18 personnes sur 1000 en terme de proportion.

NurPhoto via Getty Images

La Tunisie fait partie des pays où l’esclavage moderne est le moins présent en Afrique selon le “Global Slavery Index 2018” établi par la Walk Free Foundation, une organisation mondiale qui lutte contre l’esclavage moderne publié jeudi.

Basé sur 3 critères, à savoir la prévalence, la vulnérabilité et les réponses du gouvernement, le rapport classe la Tunisie à la 126ème place en terme de prévalence parmi 167 pays étudiés.

Une bien belle place puisque cela veut dire que la Tunisie est un des pays africains les moins touchés par l’existence de formes d’esclavage moderne en terme de proportion.

Le rapport estime à 25.000 personnes, le nombre de tunisiens vivant une forme “d’esclavage moderne”, soit près de 2,18 personnes sur 1000 en terme de proportion.

“L’esclavage moderne couvre un ensemble de concepts juridiques spécifiques, y compris le travail forcé, la servitude pour dettes, le mariage forcé, l’esclavage et les pratiques assimilables à l’esclavage, et la traite des êtres humains.

Bien que l’esclavage moderne ne soit pas défini dans la loi, il est utilisé comme un terme générique qui attire l’attention sur les points communs entre ces concepts juridiques. Essentiellement, il s’agit de situations d’exploitation qu’une personne ne peut refuser ou laisser en raison de menaces, de violence, de coercition, de tromperie et / ou d’abus de pouvoir. Par exemple, leur passeport peut leur être retiré s’ils se trouvent dans un pays étranger, ils peuvent être victimes de violence ou être menacés de violence, ou leur famille peut être menacée” explique le rapport.

Les 10 pays où il existe une forte prévalence de l’esclavage moderne sont: 

  1. La Corée du Nord

  2. L’Erythrée

  3. Le Burundi 

  4. La République Centrafricaine

  5. L’Afghanistan 

  6. La Mauritanie 

  7. Le Soudan du Sud

  8. Le Pakistan 

  9. Le Cambodge

  10. L’Iran  

Global slavery index

Selon le “Global Slavery Index”, en terme de vulnérabilité 39,2% des tunisiens sont vulnérables à l’esclavage moderne. Pour arriver à ce chiffre, l’index a mesuré et pondéré 35 variables dont la corruption, l’indice d’inégalité de genre, la capacité d’emprunter de l’argent, l’accès à l’eau potable ou encore la présence de filets de sécurité sociale. 

Concernant la réponse face à l’esclavage moderne, le “Global Slavery Index” donne la note de B au gouvernement tunisien sur une échelle allant de AAA à D, le triple A était le meilleur score, et le D le pire score.

La réponse des gouvernements à l’esclavage moderne est axé sur 5 critères à savoir:  

  • L’identification et le soutien aux survivants de l’esclavage moderne pour en sortir et rester en dehors 
  • Les mécanismes de justice pénale fonctionnent efficacement pour prévenir l’esclavage moderne
  • La coordination au niveau national et régional 
  • Les facteurs de risque, tels que les attitudes, les systèmes sociaux et les institutions qui permettent l’esclavage moderne sont abordés par le gouvernement
  • Le gouvernement et les entreprises cessent de s’approvisionner en biens et services produits par le travail forcé

La Tunisie est le deuxième pays africain où la prévalence de l’esclavage moderne est la moins présente derrière l’île Maurice. La Tunisie devance légèrement le Maroc et l’Algérie.

Au niveau continental, 9.240.000 personnes sont en situation d’esclavage moderne affirme le rapport, avec un pourcentage de vulnérabilité de 62% sur l’ensemble du continent, un chiffre qui démontre la précarité qui touche l’Afrique dans son ensemble.

Contacté par Shems Fm, le journaliste Malek Khaldi, membre de l’Instance nationale de la lutte contre la traite des personnes a affirmé que le chiffre de 25.000 personnes vivant une forme “d’esclavage moderne” en Tunisie “ne reflète pas la réalité”. 

“C’est chiffre énorme. Dans les pays où ces pratiques sont les plus courantes, on ne trouve pas un tel chiffre comme aux États-Unis par exemple. La Libye, où il existe des marchés aux esclaves, n’atteint pas ce chiffre de 25.000 personnes vivant une forme d’esclavage moderne” estime-t-il.

 

Pour lui, la Walk Free Foundation s’est appuyée sur des indicateurs ”étranges comme la non alimentation en eau des habitants, le travail précaire ou encore l’accès aux crédits. Pour eux, une personnes qui n’a pas accès aux crédits est réputée en situation d’esclavage moderne”.

“Avec les critères qui ont été choisi, c’est normal qu’on atteigne un tel chiffre (...) mais nous avons nos propres critères basés sur la loi de 2016 contre la traite des personnes en Tunisie et qui répondent aux critères internationaux communément utilisés” a-t-il expliqué.

Revenant sur les cas d’esclavages aujourd’hui en Tunisie, Malek Khaldi affirme qu’un seul cas apparenté a été établi, il y a deux ans: “Il s’agit d’un cas qui est proche de l’esclavage, un cas de servage”.

“Nous n’avons pas de cas d’esclavage répertoriés en Tunisie. Nous avons des cas de traites de personnes (...) d’exploitations sexuelles, d’exploitations économiques, ou domestiques” a-t-il ajouté évoquant le chiffre de 740 cas de traites de personnes en 2017.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.